Viii essais utopiques libertaires de grande dimension


Les résistances plus individuelles face au fascisme



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2.Les résistances plus individuelles face au fascisme


Dès l'origine le fascisme est combattu de manière plus individualiste de diverses manières.
Bien des militants résistent ou se battent contre des fascistes ou des tenants du nouveau régime, en Italie ou dans l'exil, particulièrement en France ou aux États Unis. Les attentats, les bombes contre des personnes ou des biens, les agressions armées… sont très nombreux373.
Certains, dans la tradition des tyrannicides et de la propagande par le fait, se proposent de tuer le tyran pour déstabiliser le régime. En milieu libertaire on peut rappeler quelques noms importants :

- Gino LUCETTI (1900-1943) le 11 septembre 1926 lance une bombe Piazza Porta Pia à Rome. Il récolte les travaux forcés. Dans la région de Carrare un bataillon LUCETTI fait partie de la résistance.

- Anteo ZAMBONI (1911-1926) le 21 octobre 1926 à Bologne tire sur le Duce. Il est immédiatement lynché par la foule et les chemises noires.

- Michele SCHIRRU (1899-1931), sarde naturalisé étatsunien, est arrêté le 3 février 1931 et tente de se suicider en blessant quelques agents. Il est jugé et aussitôt fusillé pour intention de tuer MUSSOLINI. Un groupe d'anarchistes italiens porte son nom pendant la guerre d'Espagne, et un bataillon de partisans durant le second conflit mondial.

- Angelino Pellegrino SBARDELLOTTO (1907-1932) est arrêté le 4 juin 1932, et admet sa volonté de tuer le Duce. Lui aussi est rapidement jugé et exécuté, comme SCHIRRU.

3.La résistance collective face à la montée du fascisme


Lors de la montée du fascisme dans les années 1910-1920, les libertaires participent à une forme auto-organisée, spontanée parfois, de résistance.

Par exemple à Rome, le typographe anarchiste Eolo VARAGNOLI est un des organisateurs des Nuclei libertari di categoria, mouvement de résistance que l'UAI va essayer de généraliser dans toute l'Italie.

Mais ce sont surtout les Arditi del Popolo, sortes de faisceaux ouvriers et populaires de résistance, qui résistent parfois militairement aux chemises noires mussoliniennes. Il s’agit de la première importante résistance populaire armée contre les fascismes374. L’Italie connaît donc bien, avant l’Espagne de 1936, un embryon de guerre civile antifasciste, et d’armement du peuple, mi spontané, mi-organisé.

Mais cette résistance est surtout un des aspects de la lutte de classe (en tout cas de liens entre les classes populaires et classes moyennes antifascistes), alors que la Résistance ultérieure apparaît plutôt comme un mouvement nettement plus interclassiste dès l'origine. C’est là une des grandes originalités des militants déterminés des premières années 1920. Ainsi leur hymne rappelle « Siam del popolo gli arditi, contadini ed operai - Les Arditi sont membres du peuple, composés de paysans et d’ouvriers ». « E in mezzo alla tempesta ricostruisse un fronte proletario contro il fascismo - Au milieu de la tempête se reconstruit un front prolétaire contre le fascisme ».


Les Arditi del Popolo sont créés officiellement le 27/06/1921 et se dotent du journal L’Avanguardia sociale, bientôt concurrencé par L’ardito del popolo de septembre 1921 à octobre 1922375. Ils se diffusent assez rapidement, et disposent de 144 sections reconnues en 1921 pour peut être 20 000 membres.

Argo SECONDARI376, président du Directoire des Arditi est jugé « anarchisant » par la police, et c’est vrai qu’il milite avec les anarchistes pour l’autonomie organisationnelle du mouvement377. Avec l’autre animateur romain Attilio PAOLINELLI il appartient à cette frange libertaire, individualiste, volontiers « interventisti » au moment du conflit mondial. SECONDARI a été décoré durant la Première Guerre mondiale et a été un élément essentiel dans les premiers Arditi, ces corps francs semi autonomes qui jouxtaient l’armée officielle italienne. Cette première création combattante (dite parfois « arditisme de tranchée ») est alors peu ouvrière ni même libertaire.

Attilio PAOLINELLI (1882-1962) fut effectivement interventionniste. Très actif dans la résistance antifasciste (il est inquiété pour les « fatti di Pietralata » en 1920 et jugé comme dangereux subversif), il tente plus tard (en 1927) de mener un projet de fuite concernant MALATESTA et il est à cause de cela condamné à 5 ans de confino. En 1932, avec sa compagne Adalgisa, il est un des rares anarchistes à participer aux funérailles de MALATESTA.

Le mouvement est donc autant lié à la tradition militaire issue de la première guerre mondiale, qu’aux pratiques d’actions directes de la gauche extra-parlementaire378. Il est lié aux mouvements d’anciens combattants (ce que réfute apparemment Giorgio ROCHAT379), voire aux légionnaires (Federazione dei Legionari) et nationalistes dannunziens380 et se rattache aux interventionnistes de gauche381 du début du conflit, toutes raisons qui rendent leur étude problématique, tant au niveau sociologique qu'à celui idéologique. Il est parfois donné comme simple scission de l’Associazione Nazionale Arditi d’Italia382. Ses liens avec la Lega Proletaria, du PSI et PCI, sont notables dans certaines localités. Il est donc difficile de s’y reconnaître, et les ressemblances avec les premiers faisceaux mussoliniens sont parfois évidentes. Cela peut expliquer l’oubli relatif dont ils sont l’objet383. L'historiographie les concernant a d'ailleurs largement évolué384.

C’est peut-être l’antibolchevisme qui les rattache à d’autres courants subversifs (et pas tous préfascistes, loin de là) des années troubles de 1919-1922385. Mouvement pluraliste, fortement antiétatique et souvent d’initiatives spontanées, les Arditi sont de ce fait sous-évalués par les partis traditionnels ou par le nouveau PCI, sectaire et visant à symboliser à lui seul l’antifascisme militant (d’où les reproches anti-sectaires d’un GRAMSCI par exemple et les critiques de LÉNINE).

Pourtant d’authentiques révolutionnaires, et notamment des anarchistes sont mêlés à ces péripéties, comme le responsable de la Chambre du Travail Edoardo MALUSARDI ou le malatestien Vincenzo BALDAZZI386. À Piombino, Ilio BARONI est un des responsables des Arditi locaux, comme le sont A. DEL SOLE à Orte près de Viterbo, G. TENAGLIA à Trento... Umberto MARZOCCHI à La Spezia, Antonio CIERI à Parme, Raffaele SCHIAVINA et Ilario MARGARITA (surnommé BARRICATA) à Turin, Augusto CONSANI et le «capitaine» Arnaldo MENICAGLI à Livourne, Virgilio GOZZOLI à Pistoia, Giuseppe LESSI à Piombino, Comasco COMASCHI à Cascina di Pisa, Pietro RANIERI (1902-1936) à Tavernelle, Vincenzo SANTARELLI à Rome et le jeune Emilio CANZI à Plaisance appartiennent à la mouvance libertaire… Vincenzo SANTARELLI dirige une des trois compagnies des Arditi (la Dannata). À Rome l'expérience anarchiste est méconnue, bien que les Nuclei Libertari «Arditi Anarchici» qui forment un bataillon Arditi Anarchici en 1922 sont bien présents. Arnaldo MENICAGLI se retrouve en 1927-1928 comme animateur du groupe anarchiste clandestin de Cecina Gli Scarponi. En 1921, CANZI, ancien officier (sergent major), est instructeur et chef des Arditi de la ville. D’autre part, l’expérience libertaire et de résistance du CDP – Comitato di Difesa Proletaria - Comité de défense prolétaire, est également cité pour lier les anarchistes aux Arditi. Il y a pour eux une suite logique. En Sardaigne les Arditi sont surtout présents à Iglesias, vieux foyer anarchiste en milieu mineur (le Groupe Santo Caserio aurait eu plusieurs centaines de membres) : c'est l'anarchiste Francesco CADDEDU qui est un des principaux animateurs locaux et qui participe au commandement du mouvement.


On peut semble-t-il affirmer que Les Arditi du peuple sont plutôt majoritairement d’essence libertaire, de « matrice libertaire évidente » écrit Giorgio SACCHETTI387, mais évidemment pas anarchistes globalement. L’historien reprend en fait une formule d’Argo SECONDARI qui, en s’assumant vrai « rebelle », « subversif dans le sens le plus large du mot », présente son mouvement comme « un repaire anarchiste par excellence »388. On retrouve des positions communes : promotion de l’action directe, antiétatisme, refus du militarisme comme institution et parfois un réel anti-autoritarisme et une forte autonomie des groupes locaux.

Mais les critiques contre la mystique militaire et la hiérarchisation du mouvement se font profondément entendre en milieu anarchiste, notamment au sein de l’UAI.

Les anarchistes de toute mouvance mais surtout l’UAI (et l’USI) sont également en Italie les seuls politiques389 qui les soutiennent cependant jusqu’au bout (même GRAMSCI se rallie aux positions du PCI), et ce n’est qu’en désespoir de cause qu’ils créent finalement leur propre mouvement, en 1921, face à la Marche sur Rome : les Arditi anarchici. Quasiment tous les autres mouvements se sont montrés réticents ou ont privilégié tristement leur propre organisation.

Enfin, comme le rappelle Giorgio SACCHETTI, il y a un net parallèle à faire entre les secteurs importants de l’arditisme et les régions de forte implantation anarchiste et de forte présence de l’USI et du syndicalisme révolutionnaire ; dans un autre texte il parle même de «surprenante coïncidence»390.


Comme rappelé ci-dessus, le mot « Arditi » (qu’on peut traduire par franc-tireur) renvoie aux Arditi di Guerra, sortes de milices paramilitaires engagées dans le conflit mondial. Argo SECONDARI y a même été un lieutenant décoré. Comme le note Marco ROSSI, son engagement ultérieur à la tête des Arditi del Popolo est donc très logique. En effet il avait en janvier 1919 rallié l’Associazione degli Arditi d’italia, et en dirigeait la branche romaine. Une tendance de gauche, refusant de jouer au service d’ordre au profit des industriels comme le font désormais les « fascistes », lance le slogan « Arditi, non gendarmi » (Franc-tireur, pas flic). Le groupe d’Argo lors des mouvements dit de « rivolta del carovita » (révolte contre les prix élevés) prend d’assaut le fort de Pietrala (juillet 1919) pour obtenir des armes. Lors de l’insurrection d’Ancône en juin 1920 les arditi locaux se mêlent aux libertaires qui sont dominants dans la ville.

Avant (ou au même moment) les Arditi, des mouvements assez unitaires vont les préfigurer, comme les Escadrons d’Action Antifascistes (PSI, anarchistes, syndicalistes-révolutionnaires…) qui dominent à Livourne et qui d’ailleurs garantissent la sécurité du Congrès du PSI en 1921. Le Comité de Défense Prolétaire de la ville, qui comprend l’Union Anarchiste et l’USI, permet de développer une résistance aux fascistes qui obligent ceux ci à faire appel à l’armée pour investir la ville en août 1922391.

Pour donner un autre exemple, à Turin, les Guardie rosse (Gardes rouges) intègrent communistes et anarchistes. À Imola, les anarchistes sont aussi très nombreux dans les Gardes rouges de la ville. Des mouvements paramilitaires similaires se maintiennent ailleurs, comme les Arditi rossi (Trieste) ou les Figli di nessuno - Les fils de personne (Gènes et Vercelli).

En juillet 1919 Pietralata connaît une tentative de mutinerie pour s’emparer des armes, menée par républicains de gauche, ex-arditi di guerra et libertaires.

L’expérience de Fiume en août-octobre 1919, où une sorte de « Commune Soviétique » a déjà réuni des anarchistes et les hommes de D’ANNUNZIO, sert également de référence.
Le mouvement des Arditi est donc assez fort dans les hauts lieux de l’anarchisme (surtout l’anarcho-communisme, avec l’UAI – Union Anarchiste Italienne) ou du syndicalisme révolutionnaire italien (l’anarcho-syndicaliste USI – Union Syndicale Italienne, mais peu l’UIL – Union Italienne du Travail sauf à Parme avec l’influence du leader Alceste DE AMBRIS) : Toscane (rôle de Virgilio GOZZOLI sur Pistoia), Ligurie notamment. Livourne semble un des hauts lieux de cette résistance392 et Pise, d'après les papiers de police, semble être numériquement un des plus forts lieux de regroupements. Dans cette ville, L'Avvenire anarchico a bénéficié d'un large écho. SACCHETTI met lui aussi en évidence cette « surprenante coïncidence ». Le nombre de sections et de membres recensés de l’été 1921 donne la hiérarchie suivante : Latium, Toscane, Ombrie, Vénétie, Lombardie, Marches. Curieusement la Ligurie ou la Sicile libertaires viennent après. Dans les Pouilles, la présence de la résistance anarchiste reste notable, la police notant l'existence active sur Bari de la Federazione Anarchica Pugliese, avec au moins 28 groupes reconnus.

En été 1921, l’insurrection antifasciste de Sarzana prouve la validité du volontarisme anarchiste. À Carrare, en juin de violents affrontements opposent les libertaires aux squadristi. Le succès de Viterbo aux portes de Rome, contre des squadristi provenant de Pérouges, est une autre victoire initiale qui stimule les énergies.

Dans l’Italie de 1922, bien des barricades s’élèvent pour contrer les Chemises noires : celles de Parme en août sont parmi les plus célèbres, et les anarchistes et anarcho-syndicalistes y sont bien présents, notamment Antonio CIERI à la tête des Arditi dans le secteur Naviglio. Après 5 jours de combat les fascistes d'Italo BALBO reculent. Belle réussite… Antonio CIERI, né en 1898, fidèle à ses combats meurt en Espagne sur le front de Huesca le 08/04/1937. Son bras droit, Alberto PUZZARINI né en 1902 est assassiné par les fascistes en 1923393. En fin de l’année, c’est Turin qui connaît de durs affrontements, avec la mort du syndicaliste anarchiste Pietro FERRERO.

En 1921 et 1922 parmi les plus belles résistances ouvrières on peut citer Piombino qui ne tombe sous la coupe fasciste qu’après un 3° assaut en juin 1922. Les deux autres de juillet 1921 et d’avril 1922 ont été de durs échecs pour les squadristi. Sestri Ponente, autre « bunker » de l’USI comme Piombino, arrive à reconquérir à plusieurs reprises sa Chambre du Travail. La résistance USI avec les Arditi est très forte également à Bari, Terni, Modène et Iglésias en Sardaigne. Le cas de Bari est assez exemplaire, les travailleurs du port et les militants repoussent violemment les assauts fascistes. Dans les Abbruzzes, les Chambres du Travail USI de Popoli et de Giulianova, parmi les plus anciennes et les plus combattantes, subissent une très dure répression. L’USI apparaît donc à plusieurs reprises comme une des principales ossatures des Arditi del Popolo. Il faut dire qu’à son apogée en 1920, l’USI comptait peut-être 500 000 adhérents. Il s’agit donc d’un vrai mouvement de masse, chose rarissime à l’extrême gauche. Et même si les adhésions se défont très vite, de nombreux liens demeurent pendant toute la décade des années 1920.

Le dernier congrès national USI (le IV°) a lieu à Gènes en été 1925. Après 1926 la résistance intérieure, malgré quelques tentatives d’assassinats du Duce, est quasiment inexistante.
Parmi les mouvements moins organisés, plus spontanés, de résistance au fascisme et à ses bandes armées, un épisode célèbre se déroule en Toscane, à Foiano della Chiana en 1921 : des ouvriers, des « subversifs » repoussent les squadistri et combattent un fascisme au service des propriétaires, en menant une véritable « guérilla sociale »394.
L’affaire du débarquement en Sicile en 1930 de plusieurs militants projetant une révolte dans la vieille lignée garibaldienne est rarement citée. Pourtant Paolo SCHICCHI, Salvatore RENDA ou Filippo GRAMIGNANO ont bien débarqué à Palerme, pour être aussitôt arrêtés.
Dans le « confino » (sorte de résidence surveillée ou parfois de camps, notamment dans les îles) et les prisons, les anarchistes sont parmi les plus nombreux après les communistes. Ils réintroduisent des réseaux, des cercles d’étude, des groupes solidaires (pour la nourriture, le logement…), forment des bibliothèques et des coopératives, et autogérent des cuisines collectives (comme à Ustica en 1927)… : c’est le cas surtout à Ponza, où les anarchistes forment le 2° groupe de détenus, et à Ventotene. Ces deux îles se trouvent dans la baie de Naples. Quelques résistances sont plus fermes : beaucoup d’anarchistes (une centaine) de Ponza et de la colonia di Tremiti refusent le « salut romain » et sont condamnés à la prison au milieu des années 1930. C’est durant I fatti di Tremiti (les évènements de Tremiti) que se rend célèbre Alfonso FAILLA. À Ponza avait déjà eu lieu une agitation contre la censure postale en 1932, année de la mort du plus connu des confinati, Errico MALATESTA. La dispersion est voulue par l’administration pour rompre ces tentatives : beaucoup sont emprisonnés à Manfredonia, Foggi, Lucera, San Severo… De nombreux jeunes anarchistes ou libertaires ont profité des prisons et du confino pour acquérir une formation libertaire donnée par les anciens, et maintenir vif l’idéal anarchiste. Les rescapés des guérillas espagnoles y jouent un grand rôle, je pense surtout à Umberto MARZOCCHI. Les projets et réalisations d’après la libération sont souvent liés à ces discussions des camps fascistes.



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