La vision du monde de Boulat okoudjava dans son oeuvre lyrique des années 60-70




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3.2.La ville - les lieux aimés



3.2.1.Moscou


Okoudjava a chanté le printemps, l’hiver, la campagne russe au cours des saisons ; mais il est né au coeur de Moscou, dans le quartier de l’Arbat, et ce petit coin de Russie est ce qu’il a de plus cher au monde.

Il est avant tout un poète de la ville, et ses plus belles chansons sur les endroits qu’il aime sont celles où l’amour des lieux familiers et l’amour tout court sont indissolublement liés. Les sentinelles de l’amour, c’est-à-dire les amoureux, montent la garde à tous les points stratégiques de la capitale, Pétrovka, Volkhonka, Arbat...



Часовые любви на Смоленской стоят.

Часовые любви у Никитских не спят.

Часовые любви

по Петровке идут неизменно...

Часовым полагается смена.

Les sentinelles de l’amour veillent dans la rue de Smolensk.
Les sentinelles de l’amour ne dorment pas près des portes Nikitiski.
Les sentinelles de l’amour
font les cent pas sur la Pétrovka...
Les sentinelles attendent la relève.


О великая вечная армия,

где не властны слова и рубли,

где все - рядовые : ведь маршалов нет у любви !

Пусть поход никогда ваш не кончится.

О, когда б только эти войска !...

Сквозь зимы и вьюги к Москве подступает весна.

O, grande armée éternelle,
où les mots et les roubles ne valent rien,
vous êtes tous simples soldats : c’est que l’amour n’a pas de maréchaux !
Que votre campagne ne se termine jamais.
O, s’il n’y avait que ces armées là !...
A travers l’hiver et la tempête le printemps s’approche de Moscou.


Часовые любви на Волхонке стоят.

Часовые дюбви на Неглинной не спят.

Часовые любви

по Арбату идут неизменно...

Часовым полагается смена.

Les sentinelle de l’amour veillent sur la Volkhonka.
Les sentinelles de l’amour ne dorment pas sur Néglinnaïa.
Les sentinelles de l’amour
font les cent pas sur l’Arbat...
Les sentinelles attendent la relève.


Une de ses plus célèbres chansons est la chanson de l’Arbat, vieille rue du centre de Moscou, où il a vécu lorsqu’il était enfant, et qu’il appelle sa vocation, sa religion, sa patrie ; l’Arbat est aussi, nous semble-t-il, le symbole de l’enfance, de la spontanéité, de la sincérité, de l’amitié, d’une sorte de paradis perdu que le poète essaie de faire revivre dans toute son oeuvre :

Ты течёшь, как река, странное название,

и прозрачен асфальт, как в реке вода.

Ах Арбат мой, Арбат, ты - моё призвание,

ты и радость моя и моя беда.



Tu coules comme un fleuve. Drôle d'appellation !
L'asphalte est transparent comme l'eau des rivières.
Arbat, ô mon Arbat, tu es ma vocation,
tu es mon allégresse et tu es ma misère.

Пешеходы твои - люди невеликие,

каблуками стучат, по делам спешат.

Ах, Арбат мой, Арбат, ты - моя религия,

мостовые твои подо мной лежат.



Tes passants ne sont pas des grands de ce monde,
ils frappent du talon, courant à leurs affaires.
Arbat, ô mon Arbat, tu es ma religion
et sous mes pas toujours s'étendent tes chaussées.

От любови твоей вовсе не излечишься,

сорок тысяч других мостовых любя.

Ах, Арбат мой, Арбат, ты - моё отечество,

никогда до конца не пройти тебя.



On ne saurait guérir de cet amour pour toi,
même en aimant trente mille autres rues.
Arbat, ô mon Arbat, tu es ma patrie,
jamais je n'aurai fini de te parcourir !

Chanson - Le Chant du monde

Et cette petite cour de l’Arbat, si chère à son coeur, a été un grand réconfort pendant les moments pénibles de sa vie :



Арбатский дворик

...А годы проходят как песни,

иначе на мир я гляжу,

во дворике этом мне тесно,

и из него ухожу.

La petite cour de l’Arbat

... Les années passent, comme des chansons,
j’envisage autrement le monde,
je me sent à l’étroit dans cette petite cour,
et je me décide à la quitter.


Ни почестей и ни богатства

для дальних дорог не прошу,

но маленький дворик арбатский

с собой уношу, уношу

Pour les lointains voyages je ne veux
ni honneurs, ni richesses,
mais la petite cour de l’Arbat
que j’emporte dans mon coeur.


В мешке вещевом и заплечном

лежит в уголке

небольшой,

не слывший, как я, безупречным

тот двор с человечьей душой.

Dans le havresac où j’ai mis mes effets,
dans un recoin,
toute petite,
se tient cette cour à l’âme humaine,
elle n’est pas, comme moi, irréprochable.


Сильнее я с ним и добрее.

Что нужно ещё ?

Ничего.

Я руки озябшие грею

о тёплые камни его.

Je me sens plus fort et meilleur avec elle.
que me faut-il de plus ?
Rien.
Je réchauffe mes mains gelées
contre ses pierres chaudes.


Il n’est pas en or, l’anneau que les amoureux ont parcouru pendant leurs longues promenades, c’est le kol’co sadovoe, la ceinture des boulevards de Moscou ; il les a liés plus fortement que n’importe quel anneau d’or , ce qui leur a permis de faire face aux épreuves communes de leur vie de couple.

Ce joli poème aux vers courts semble tiré du folklore, il a une sonorité chantante, qui évoque le tintement d’un anneau et dit une fois de plus l’amour du poète pour sa ville :



Кольцо

Обручила нас с тобой

не кручина -

дело молодое.

Нас кольцо садовое

обручило,

пусть не золотое.

L’anneau

Ce n’est pas le chagrin
qui nous a fiancés.
C’est l’affaire de la jeunesse.
L’anneau du jardin
nous a fiancés,
et il n’est pas en or.


Ювелиры не гудели

в сторону

не гадали сонно,

сколько в нём, мол,

поровну ль, не поровну ль

золота и звона.

Les bijoutiers ne l’ont pas fait tinter
à l’écart,
conjecturant d’un air indolent,
pour savoir s’il contenait
à parts égales
de l’or et du son.


По нему нелёгкому

посчитали вёрсты,

прошагали оба,

радовались,

горевали вдосталь... -

это ли не проба ?

Sur cet anneau difficile
nous avons compté les verstes,
nous avons marché tous deux,
nous avons eu notre compte
de bonheur et de chagrin... -
N’est-ce pas le poinçon ?


Мы его не граммы

не развешивали,

в бедах не теряли.

Что ж теперь

клониться оробевшими

перед матерями ?

Nous n’avons pas fait le décompte
de ses grammes,
nous ne l’avons pas égaré dans le malheur.
Pourquoi maintenant
être intimidés
devant nos mères ?


Ты не прячь лицо,

не стой незваною,

гляди зорче...
Ты звени-звени, кольцо,


ты позванивай

да позвонче !

Ne cache pas ton visage,
ne sois pas mal à l’aise,
regarde plus attentivement ...
Sonne sonne petit anneau,
sonne encore
et plus fort !


1959

Moscou, c’est aussi le dernier trolley qui vogue à minuit à travers la ville, qui ouvre sa porte à tous ceux qui ont fait naufrage dans la nuit, et dans lequel on trouvera le réconfort de la chaleur humaine :



Полночный троллейбус

Когда мне невзмочь пересилить беду,

когда поступает отчаянье,

я в синий троллейбус сажусь на ходу

в последний, в случайый.

Полночный троллейбус, по улицам мчи,

верши по бульварам круженье,

чтоб всех подобрать потерпевших в ночи

крушенье, крушенье !

Полночный троллейбус, мне дверь отвори !

Я знаю, как в зябкую полночь

твои пассажиры - матросы твои -

приходят на помощь.

Я с ними не раз уходил от беды,

я к ним прикасался плечами...

как много, представьте себе, доброты

в молчанье, в молчанье.

Полночный троллейбус плывёт по Москве,

в рассвет мостовая стекает,

и боль, что скворчонком стучала в виске,

стихает, стихает.


Le dernier trolley

Quand je suis impuissant à vaincre le malheur,


quand le désespoir me guette,
je prends à la course un trolley bleu
le dernier, n'importe lequel.
Trolley de minuit, file par les rues,
fais ta ronde sur les boulevards
pour ramasser tous ceux qui ont fait dans la nuit
naufrage, naufrage.
Trolley de minuit, ouvre-moi ta porte !
Je sais que dans le froid poignant de la nuit
tes passagers, tes matelots
nous prêtent main forte.
Avec eux, plus d'une fois, j'ai fui le malheur,
j'ai senti leurs épaules contre mes épaules...
Ah ! combien il y a de bonté
dans leur silence, leur silence.
Le trolley de minuit vogue à travers Moscou,
Moscou comme un fleuve s'estompe,
et la douleur qui me frappait du bec la tempe
s'apaise, s'apaise.

Chanson - Le Chant du monde

Un autre aspect de la ville est montré dans un poème original, qui décrit le développement d’une grande ville dans les années 60. Dans l’atmosphère fantastique et irréelle de l’aube s’anime l’immense chantier qu’est Moscou.



Les machines personnifiées vivent leur vie de façon autonome jusqu’à l’arrivée d’un petit homme insignifiant, mais oh combien puissant, venu les commander ; les machines sont menaçantes , mais elles ne sont rien sans l’intelligence humaine. Ce poème rappelle certaines comptines pour enfants, où les objets s’animent et vivent leur propre vie :

На рассвете

Руки засунув в карманы,

похаживают всякие краны.

Бульдозеры, словно крабы,

почтительно шествуют в свите...

О, Москва на рассвете

чудесами полна.

Вот буксирный параходик "Ветер"

подкидивает волна,

и он проползает мимо,

весь в мазутном поту,

белыми кольцами дыма

жонглируя на ходу.

А вот идёт человечек,

маленький,

смешной человечек -

пиджак наброшен на плечи,

во рту папиросы блистанье...

Ты куда, человечек ?

это ж царство бетона и стали !

Вдруг бульдозер какой-нибудь,

от злости сопя,

в землю втопчет тебя...

Но перед ним ложится пространство,

и краны гнутся подобострастно,

и бульдозеры унижённо пятятся,

словно пытаются спрятаться.

Стальные чудища,

мне вас жалко :

вы и слабей,

вы и глупей...

А это идёт Петька Галкин -

мы раньше

гоняли с ним голубей.

A l’aube

Les mains fourrées dans les poches,
toutes sortes de grues se baladent.
Pareils à des crabes, les bulldozers
forment une suite majestueuse...
O, Moscou à l’aube
est pleine de miracles.
La vague ballotte
le petit remorqueur « Vent »,
il passe en glissant,
tout suant de mazout,
jonglant en marche
avec ses blancs anneaux de fumée.
Mais voilà qu’arrive un petit homme,
tout petit,
un petit homme ridicule -
le veston jeté sur les épaules,
une cigarette allumée à la bouche...
Où vas-tu petit homme ?
C’est le royaume du béton et de l’acier !
Un bulldozer quelconque,
soufflant de colère,
peut brusquement t’écraser...
mais devant lui se couche l’espace,
les grues s’inclinent obséquieusement,
les bulldozers reculent humblement
comme pour se cacher.
Monstres d’acier,
j’ai pitié de vous ;
vous êtes et plus faibles,
vous êtes et plus bêtes ...
Mais c’est Petka Galkine qui arrive -
nous avons autrefois
chassé les pigeons ensemble.


1959

3.2.2.Saint-Petersbourg


Okoudjava est sous le charme de Moscou, mais d’autres villes ont aussi ses faveurs. Par exemple Leningrad (Saint -Pétersbourg), qu’il poursuit de ses assiduités, telle la femme aimée, à travers son fleuve Néva Pétrovna (fille de Pierre).

Il célèbre sa grandeur et sa beauté, et les lions marmoréens qui veillent sur elle, le charme de ses nuits blanches ; il évoque ses célèbres inondations vous fonciez sur la perspective (la perspective Nevski), sa tristesse due aux aléas de l’histoire, la convoitise dont elle a été l’objet de la part des grands de ce monde ; Saint-Pétersbourg apparaît comme une ville éternelle, hautaine, au dessus du passé, du présent et du futur :



Нева Петровна, возле вас всё львы.

Они вас охраняют молчаливо...

Я с женщинами не бывал счастливым,

вы - первая. Я чувствую, что - вы.


Néva Pétrovna, auprès de vous les lions montent toujours la garde.
Ils vous protègent en silence...
je n’ai jamais été heureux avec les femmes,
vous êtes la première. Je sens que vous êtes l’élue.


Послушайте, не ускоряйте бег,

банальным славословьем вас не трону :

ведь, я не экскурсант, Нева Петровна,

я просто одинокий человек.

Ecoutez, ne brusquez pas l’allure,
je ne cherche pas à vous émouvoir par de banales louanges :
c’est que je ne suis pas un excursionniste, Néva Pétrovna,
je suis simplement un homme solitaire.


Мы снова рядом. Как я к вам привык !

Я всматриваюсь в ваших глаз глубины,

я знаю : вас великие любили,

а вы не разбирались, кто велик.

Nous marchons de nouveau côte à côte. Comme je me suis habitué à vous !
Je scrute les profondeurs de vos yeux,
je sais: de grands hommes vous ont aimée,
et vous ne compreniez pas lequel était grand.


Бывало, вы идёте на проспект,

не вслушиваясь в титулы и званья,

а мраморные львы - рысцой за вами

и ваших глаз запоминают свет.

Parfois vous fonciez sur la perspective
sans prêter l’oreille aux titres et aux grades,
et les lions de marbre vous suivaient au petit trot
et retenaient la couleur de vos yeux.


И я, бывало, к тем глазам нагнусь

и отражусь в их океане синем

таким счастливым, ласковым и сильным...

Так отчего, скажите, ваша грусть ?

Et moi je me penchais parfois sur ces yeux,
et je me reflétais dans leur océan bleu,
si heureux, si tendre et si violent...
Alors pourquoi, dites-moi, votre tristesse ?


Пусть говорят, что прошлое не в счёт.

Но волны набегают, берег точат,

и ваше платье цвета белой ночи

мне третий век забыться не даёт.

Qu’on dise que le passé ne compte pas.
Mais les vagues accourent, minent la rive,
et votre robe couleur de nuit blanche,
depuis trois siècles, je n’arrive pas à l’oublier.


1959
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