La vision du monde de Boulat okoudjava dans son oeuvre lyrique des années 60-70




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3.L’homme privé - plaidoyer pour les valeurs de l’individu



3.1.L’amour, l’amitié,



3.1.1.L’amour


Jurij Andreev dans la revue Oktjabr’1 reproche donc à Okoudjava son pessimisme et la tristesse de ses chansons, mais lui reconnaît néanmoins un talent incontestable comme poète de l’amour, expliquant ainsi son succès auprès des jeunes.

Il est vrai que le thème de l’amour avait été plus ou moins évacué de la littérature, de la poésie et des chansons pour céder la place à des thèmes plus conformes à l’esprit de parti ; l’amour était en effet considéré comme un sujet trop personnel, très éloigné des clichés des chansons officielles. On ne le retrouve dans ces dernières que comme pâle accompagnement des nobles buts de la jeunesse engagée, comme par exemple dans cette chanson sur les bâtisseurs :



это всё совсем не просто

это очень нелегко,

если два горячих сердца,

друг от друга далеко.

Ой, как трудно только в письмах

говорить душе с душой...

Хорошо бы для влюблённых

город выстроить большой.

Ce n’est pas simple du tout,
il est très difficile
à deux coeurs brûlants d’amour
d’être éloignés l’un de l’autre.
Oh, comme il est pénible
de ne pouvoir être ensemble que dans les lettres...
Ce serait bien pour les amoureux
de construire une grande ville.


Пусть там будет мягкий климат

солнце в ярких витражах,

поселить бы всех влюблённых

на высотных этажах.

Пусть гостит у нас почаще

небо синее в окне,

пусть живут они поближе

к солнцу, к звёздам и к луне.

Que là règne un doux climat
le soleil dans les clairs vitraux,
tous les amoureux s’installeraient
dans les hauts étages.
Que le soleil à la fenêtre
soit leur hôte familier,
qu’ils vivent plus près du soleil, des étoiles et de la lune.


В этом городе чудесном

и на всей земле вокруг -

жить бы людям в дружбе вечной

и совсем не знать разлук.

И когда б меня спросили :

-Где живёшь ты ? Назови !

Я б сказал :

-Проспект Счастливых

В светлом Городе любви !

Dans cette ville magnifique
et dans tous les environs -
les gens vivraient une amitié éternelle
et ne connaîtraient jamais de séparations.
Et quand on me demanderait :
- Où vis-tu ? Dis-le !
Je répondrais :
-Rue des Gens Heureux.
Dans la Cité claire de l’amour !


Paroles S. Ostrovyj Musique L. Bakalov 1964

Okoudjava remet ce thème à la mode, en se révoltant quelque peu contre l’hypocrisie et la pudibonderie de cette époque, où le mot même de femme était considéré comme douteux. Et il se décida, chose nouvelle alors, à la chanter comme un être sacré, à tomber à genoux devant elle2.

C’est vrai qu’il décrit avec beaucoup de talent l’étrangeté et la soudaineté de l’amour, sa flamme brûlante, la tendresse, ainsi que l’amer désenchantement d’un amour qui s’éteint.

эта женщина ! Увижу и немею.

Потому то, понимаешь, не гляжу.

Ах, ни кукушкам, ни ромашкам я не верю

и к цыганкам, понимаешь, не хожу.

Набормочут : "не люби её такую !"

Напророчат : "До рассвета заживёт !"

Ах, наколдуют, нагадают, накукуют...

Cette femme ! Je la regarde et j’en perds la voix.
C’est pour cela, vois-tu, que je ne la regarde pas.
Ah, je ne crois ni aux coucous, ni aux marguerites
et, vois-tu, je ne vais pas chez les tsiganes.
Elles marmonneraient : « Elle n’est pas pour toi ! »
Elles prédiraient : «  Ce sera un feu de paille! »
Ah, elles jetteraient des sorts, interrogeraient l’avenir, feraient le coucou...


А она на нашей улице живёт !

Et elle, elle habite notre rue !

La femme aimée est transfigurée par le poète, elle est élevée sur un piédestal, il la traite avec respect et adoration.

Dans le poème suivant, elle représente un pays merveilleux et l’aube d’un bonheur indicible : cependant la conquête ne semble pas facile, la femme convoitée paraît inaccessible mais le poète essaiera de toutes ses forces de franchir les frontières de ce pays interdit :



Глаза - неведомые острова

лугов зелёных,

тобою населённых.

Там не в чести слова

и часовые стерегут кордоны.

Tes yeux sont des îles mystérieuses,
de vertes prairies,
que tu habites tout entière.
Là-bas les mots ne valent rien
et les sentinelles montent la garde.


Там, прямо в утро

окуная головы,

воркуют голуби

задумчиво и мудро.

Là-bas, plongeant leur tête
dans le matin,
rêveurs et sages
roucoulent les pigeons.


Там окна плещут

на рассвете ставнями...

А я прикинусь странником,

мешок - за плечи.

Là-bas les fenêtres font
clapoter leurs volets à l’aube...
Je me déguise en pèlerin,
en mettant le sac à l’épaule.


Мне нужно в ту страну !

И поздно или рано

я зоркую охрану

обману.

Il me faut aller dans ce pays lointain !
Et tôt ou tard
j’en tromperai
la garde vigilante.


1959

Il est prêt à tous les sacrifices, à offrir à la femme aimée tous les espoirs de bonheur et de rêve, quelque chose qui n’a pas de prix ; nous retrouvons encore le symbole de la route, cette fois vers l’infini, la nouveauté, cette route représentant une ouverture sur le monde, un voyage merveilleux, poème qui n’est pas sans rappeler la chanson de Jacques Brel:



Moi je t’offrirai des perles de pluie
venues de pays où il ne pleut pas

ou bien même Baudelaire:




Mon enfant, ma soeur, songe à la douceur
d’aller là-bas vivre ensemble


Я дарю тебе к светлому празднику множество

всяких странных вещей :

звон нежданных звонков,

запах блюд, не сготовленных вовсе, и мужество

ни о чём не жалеть...

и охапки цветов

не проросших ещё, ароматных и бархатных,

удивленье, надежду на добрую весть,

вид из окон ещё до сих пор не распахнутых)

на дорогу

(которая, может быть, есть).

Je t’offre pour ta fête lumineuse une quantité de choses singulières :
le bruit de sonnettes inattendues,
l’arôme de mets, qui n’ont pas encore été préparés, et le courage
de ne jamais rien regretter...
et des brassées de fleurs
qui n’ont pas encore germé, odorantes et veloutées,
l’étonnement, l’attente d’une bonne nouvelle,
la vue d’une fenêtre (pas encore grande ouverte)
sur une route
(qui, peut-être, existe).


Mais l’amour apporte aussi son lot de souffrances, lors d’une séparation - le poète ne nous dit pas si elle est définitive - la femme aimée semble devenue inaccessible, et la monotonie de la route ainsi que le mauvais temps renforcent l’impression de mélancolie de cette triste chanson d’amour :

По Смоленской дороге - леса, Леса, леса.

По Смоленской дороге столбы, столбы,столбы.

Над дорогой Смоленской, как твои глаза,

две вечерных звезды - голубых моих судьбы.



Sur la route de Smolensk il y a des forêts, forêts, forêts.
Sur la route de Smolensk il y a des poteaux, poteaux, poteaux.
Sur la route de Smolensk il y a, pareilles à tes yeux,
deux étoiles du soir, mes deux destinées bleues.

По Смоленской дороге - метель в лицо, в лицо,

всё нас из дому гонят дела, дела.

Может, будь понадёжнее рук твоих кольцо,

покороче б, наверно, дорога мне легла.



Sur la route de Smolensk la neige fouette au visage,
nous chassent tous du logis les affaires, les affaires.
Peut-être que si de tes deux bras l'anneau
avait été plus solide, ma route serait plus courte.

По Смоленской дороге - леса, леса, леса.

По Смоленской дороге столбы гудят, гудят.

На дорогу Смоленскую, как твои глаза,

две холодных звезды голубых глядят, глядят.



Sur la route de Smolensk il y a des forêts, forêts, forêts.
Sur la route de Smolensk les poteaux vibrent, vibrent.
Sur la route de Smolensk, pareilles à tes yeux,
deux étoiles froides et bleues brillent et me regardent.

Chanson - Le Chant du monde

Mais l’amour disparaît aussi : la femme semble être la seule coupable de la fin de cet amour. Elle porte sur ses épaules toutes les fautes. Naïve, confiante dans un amour qu’elle croyait partagé, dévouée corps et âme à l’homme qu’elle aimait au point d’être devenue son ombre, elle se voit reprocher tout cela. Est-ce réellement la conception de l’amour de l’homme russe ou seulement celle d’Okoudjava ? La femme devrait-elle garder toujours ce pouvoir fascinant qui caractérise le début de tout amour ?



Ты в чём виновата ?

Ты в том виновата,

что зоркости было

в тебе маловато :

De quoi es-tu coupable ?
Tu es coupable,
de ne pas avoir été
très perspicace :


красивой слыла,

да слепою была.

tu passais pour belle,
mais tu étais aveugle.


А в чём ты повинна ?

А в том ты повинна,

что рада была

любви половинной :

Mais de quoi es-tu coupable ?
Mais tu es coupable de ce
que tu t’es contentée
d’une moitié d’amour.


любимой слыла,

да ненужной была.

tu pensais être aimée,
mais tu n’étais plus indispensable.


А кто в том виною ?

А ты и виною :

всё тенью была

у него за спиною,

Mais qui est coupable ?
Mais toi seule es coupable :
tu n’étais jamais qu’une ombre
dans son dos,


всё тенью была -

никуда не звала

tu étais devenue une ombre -
qui n’invitait à nul voyage.


Dans un très beau poème intitulé Marthe, Okoudjava célèbre la femme russe, capable d’abnégation, toujours prête à aimer et à se sacrifier pour ceux qu’elle aime.

Son sarafane aux couleurs vives est le feu qui réchauffe ceux qui sont dans le malheur, et qu’elle sera toujours en mesure de consoler. Elle est la fenêtre de l’espoir et de l’amour sans lesquels le poète ne peut pas vivre ; il nous semble que Marthe représente pour lui sa patrie, son pays, sa chère Russie :



Марфа

С невесёлого месяца марта

твоя родословная, Марфа.

Небо пялится грустно

Небо валится грузно.

Что за мартом - весна ?

Что за мартом - зима ?

Недогадливы люди.

Сходят с ума.

То дожди, то метели,

то сугроб, то вода...

Только ты, моя Марфа,

светла всегда.

Лишь единую спичку

на единую вспышку -

и пойдёт

и потянется плавно

из окна

сарафанное пламя.

Как же быть человечеству

без окна твоего ?

Человечество ж лечится

у огня твоего.

Так живи, моя Марфа,

на окраине марта,

на пороге теплыни вешней

вечно-вечно.

Marthe

Depuis le mois de mars mélancolique
c’est ta généalogie, Marthe.
Le ciel écarquille de grands yeux tristes.
Le ciel est bas et lourd.
Qu’y aura-t-il après mars - le printemps ?
Qu’y aura-t-il après mars - l’hiver ?
Les gens ne sont pas perspicaces.
Ils deviennent fous.
Tantôt les pluies, tantôt les tempêtes de neige,
tantôt les congères, tantôt l’eau...
Toi seule, ma Marthe,
es toujours claire.
Une seule allumette,
un seul flamboiement -
et la flamme de ton sarafane
partira
s’envolera
par la fenêtre.
Comment l’humanité peut-elle exister
sans ta fenêtre ?
L’humanité se soigne
à ton feu.
Vis ainsi, ma Marthe,
aux confins de mars,
au seuil de la douce chaleur printanière
éternellement - éternellement.


1959

3.1.2.L’amitié


L’amitié est une valeur importante pour Okoudjava. Les copains de l’Arbat ne sont pas tous revenus de la guerre et il ne faut surtout pas les oublier. Lenka Korolev n’en est pas revenu non plus, et dans cette chanson, c’est plus le copain fidèle que le héros qui est magnifié ; il s’en est allé à la guerre tout simplement, comme il vivait sa vie, sans faire d’histoire.

Le ton familier de cette chanson cache la tristesse et l’émotion de celui qui est resté, et qui croit rencontrer le vieux copain dans chaque garçon moscovite qu’il croise. L’amitié est quelque chose de sacré pour le poète, il emploie des termes royaux pour la qualifier, et grâce à elle le brave copain vit encore dans le coeur de ses amis :



Лёнька Королёв

Во дворе, где каждый вечер всё играла радиола,

где пары танцевали, пыля,

ребята уважали очень Лёньку Королёва

и присвоили ему званье Короля.


Lenka Korolev

Dans la cour, où chaque soir jouait le tourne-disque,


où les couples dansaient, soulevant la poussière,
les jeunes respectaient beaucoup Lenka Korolev
et lui décernèrent le titre de roi.

Был Король, как король, всемогущ, и если другу

станет худо и вообще не повезёт,

он протянет ему свою царственную руку,

свою верную руку и спасёт.



C’était un roi, comme tous les rois, tout-puissant, et si un ami
était dans le malheur ou avait la guigne,
il lui tendait sa main royale,
sa main fidèle et le sauvait.

Но однажды, когда "мессершмитты", как вороны,

разорвали на рассвете тишину,

наш Король, как король, он кепчонку, как корону,

набекрень и пошёл на войну.



Mais un jour que les « messerschmidts », comme des corbeaux,
déchirèrent le silence à l’aube,
notre Roi, comme un roi, mit sa casquette, en guide de couronne,
sur le coin de l’oeil et s’en fut à la guerre.

Вновь играет радиола, снова солнце в зените,

да некому оплакать его жизнь.

Потому что тот Король был один, - уж извините,

королевой не успел обзавестись.



De nouveau joue le tourne-disque et le soleil est au zénith,
et il n’y a personne pour le pleurer.
Parce que le Roi était seul - excusez,
il n’avait pas eu le temps de prendre reine.

Но когда бы я ни шёл, пусть какая ни забота,

по делам или так, погулять,

всё мне чудится, что вот за ближайшим поворотом

Короля повстречаю опять.



Mais où que j’aille, quelque objet qui m’occupe,
que ce soit pour affaire ou pour me balader,
je crois toujours qu’au premier carrefour
tout à coup je vais le retrouver.

Потому что на войне, хоть и, правда, стреляют,

не для Лёньки сырая земля,

потому что, виноват, но я Москвы не представляю

без такого, как он, короля.



Parce que s’il est bien vrai qu’à la guerre on tue,
la terre glaise n’est pas pour Lenka,
parce que je ne peux me figurer Moscou;
excusez, sans un roi comme celui-là.

Chanson - Le Chant du monde

Les vers d’Okoudjava sont un appel constant à l’ouverture humaine : ouvrir son coeur, ses portes, ses fenêtres, qui ne sont pas sans rappeler La chanson pour l’Auvergnat, de Georges Brassens ; c’est vrai que, pendant les périodes difficiles, les hommes ont tendance à se replier sur eux-mêmes, à vivre égoïstement, à ne pas voir ceux qui sont dans le malheur, et cela était peut-être nécessaire pour survivre pendant ces périodes noires ; mais la chaleur humaine et la solidarité lui paraissent indispensables , pour surmonter ensemble les épreuves :



Песенка об открытой двери

Когда метель кричит как зверь -

протяжно и сердито,

не запирайте вашу дверь,

пусть будет дверь открыта.

Chanson de la porte ouverte

Quand la tempête hurle longuement -
comme une bête en colère,
ne fermez pas votre porte,
que votre porte reste ouverte.


И если ляжет дальний путь,

нелёгкий путь, представьте,

дверь не забудьте распахнуть,

открытой дверь оставьте.

S’il vous faut partir en voyage,
un difficile, comprenez-vous,
n’oubliez pas d’ouvrir tout grand la porte,
laissez la porte ouverte.


И, уходя в ночной тиши,

без лишных слов решайте :

огонь сосны с огнём души

в печи перемешайте.

En partant la nuit, en silence,
sans mots superflus décidez :
mélangez dans le poêle
le feu du pin et le feu du coeur.


Пусть будет тёплою стена

и мягкую - скамейка...

Дверям закрытым - грош цена,

замку цена - копейка !

Que le mur soit tiède
et moelleux le banc...
portes fermées ne valent pas un sou
et serrures pas un kopeck...


Le vaillant petit soldat en papier, qui se jette dans le feu pour essayer de sauver le monde, est aussi un symbole touchant de l’amitié désintéressée, même s’il est impuissant à changer les choses. Okoudjava semble nous dire ici que tout idéalisme est voué à l’échec, mais cela ne signifie pas qu’il condamne ceux qui croient à leurs idées, et qui s’efforcent de les mettre en pratique, par quelque moyen que ce soit :

Один содат на свете жил,

красивый и отважный,

но он игрушкой детской был, -

ведь был солдат бумажный



Il était une fois un soldat,
beau et valeureux.
Mais c'était un jouet pour les enfants,
car c'était un soldat en papier.

Он переделать пир хотел,

чтоб был счастливым каждый,

а сам на ниточке висел, -

ведь был солдат бумажный.



Il voulait refaire le monde,
pour que chacun soit heureux.
Mais lui-même ne tenait qu'à un fil,
car c'était un soldat en papier.

Он был бы рад - в огонь и в дым,

за вас погибнуть дважды,

но потешались вы над ним, -

ведь был солдат бумажный.



Il se serait bien jeté dans le feu et la fumée,
il serait mort pour vous deux fois plutôt qu'une,
mais vous vous êtes moqués de lui,
car c'était un soldat en papier.

Не доверяли вы ему

своих секретов важных.

А почему ? а потому,

что был солдат бумажный.



Vous ne lui avez pas confié
vos secrets importants.
Et pourquoi ? mais parce que,
c'était un soldat en papier.

А он, судьбу свою кланя,

не тихой жизни жаждал

и всё просил : Огня, огня ! -

забыв, что он бумажный.



Et lui, maudissant son destin
ne souhaitait pas une vie tranquille,
mais suppliait: - je veux aller au feu,
oubliant qu'il était en papier.

В огонь ? Ну, Что ж. Иди ! Идёшь ?

И он шагнул однажды.

И там погиб он ни за грош, -

веь был солдат бумажный.



- Au feu ? Eh bien, vas-y ! Tu y vas ?
et il se mit en marche un jour
et puis il brûla, vraiment pour rien,
car c'était un soldat en papier.

Chanson - Le Chant du monde
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