La vision du monde de Boulat okoudjava dans son oeuvre lyrique des années 60-70




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1.2.Le corpus des oeuvres étudiées


En 1968, paraît aux éditions Posev, à Munich, le recueil prosa i poezija qui rassemble, outre la nouvelle Bud’ zdorov, Skoljar et le récit Promoksis, 192 chansons et poèmes venant des quatre recueils édités antérieurement (Vers lyriques 1956 , Les Iles 1959, Le joyeux tambour 1964, Mars le magnanime 1967).

Nous avons retenu 59 chansons et poèmes pour illustrer notre travail. Parmi ceux-ci nous en avons traduit 32 intégralement, nous avons traduit 8 extraits et nous avons emprunté les autres traductions à deux auteurs, ainsi qu’à l’éditeur Le Chant du monde du disque enregistré à Paris en 1968.

Les poèmes et chansons que nous avons traduits seront notés en italique, les emprunts aux Editions du Chant du monde en caractères normaux avec la mention de chanson, les emprunts aux deux autres auteurs sollicités en caractères normaux, avec mention de l’auteur.

Nous avons essayé, autant que faire se peut, de dater les poèmes et chansons cités, nous n’avons pas toujours trouvé les dates, mais aucun n’est postérieur à 1967, date de parution du dernier recueil repris par les éditions Posev.


1.3.La toile de fond



1.3.1.Repères historiques


Boulat Okoudjava naît en 1924, l’année de la mort de Lénine. Après une courte lutte avec Trotski (1925-1927), Staline, s’appuyant sur le Guépéou (police politique), devient le maître absolu du pays.

Le premier plan quinquennal, adopté en 1929, met en oeuvre la collectivisation massive des campagnes et envoie dans les camps des centaines de milliers de koulaks (paysans enrichis). Après de nombreuses difficultés, la production augmente à partir de 1933. Priorité est donnée à l’industrie lourde au détriment des biens de consommation.

Staline laisse s’instaurer un véritable culte de la personnalité à son encontre, et tient solidement les rênes d’un pouvoir qu’il veut centralisateur et unificateur. De 1935 à 1939, des communistes, des officiers, des responsables économiques, des intellectuels, sont victimes des terribles purges staliniennes.

Malgré le pacte de non-agression signé avec l’Allemagne le 23 août 1939, les armées allemandes envahissent l’URSS le 22 juin 1941. La bataille de Stalingrad (février 43) marque le tournant de la guerre, la contre offensive russe se poursuit en 1944 et les armées soviétiques entreront à Berlin en 1945.

La politique d’expansion communiste reprend en 1947 (Kominform) avec la constitution de démocraties populaires (Roumanie, Bulgarie, Albanie, Hongrie, Pologne, Yougoslavie, Tchécoslovaquie). C’est le début de la guerre froide avec les occidentaux.

Les 4e et 5e plans quinquennaux (de 1946 à 1955), consacrés à le reconstruction, privilégient toujours l’industrie lourde et, en 1953, l’URSS est devenue la 2e puissance industrielle du monde, ainsi que la 2e puissance atomique (1949). Des sommes importantes sont également affectées à l’industrie spatiale (1er spoutnik en octobre 1957).

Staline meurt le 5 mars 1953. Khrouchtchev devient secrétaire du parti en 1954. En 1955, faisant pendant à l’Organisation du Traité de L’Atlantique Nord, est créé le Pacte de Varsovie entre l’URSS et les démocraties populaires, à l’exception de la Yougoslavie. Au XXème Congrès du PC (février 1956), Khrouchtchev critique violemment les méthodes staliniennes. Les relations Est-Ouest se dégèlent peu à peu (Pacte de Moscou limitant les essais nucléaires en juillet 63), malgré les événements de Hongrie (1956), l’affaire de Cuba (1962), l’invasion de la Tchécoslovaquie (1968).

En 1964, Khrouchtchev cède le pouvoir à une direction collégiale, Brejnev, Kossyguine, Podgorny, qui s’attaquent aux problèmes économiques et obtiennent des résultats incontestables dans le domaine de la production des biens de consommation, même si l’agriculture continue à poser problème.

En 1977, Brejnev écartera Podgorny du pouvoir et deviendra chef de l’état jusqu’en 1982.

1.3.2.La société soviétique


La société soviétique : l’homme soviétique est avant tout un citadin, car la population s’est rapidement urbanisée entre 1926 et 1940 (de 17 à 30%) ; il est instruit, car dans le domaine de l’instruction, les progrès quantitatifs ont été spectaculaires (47 millions en 1940, enfants et adultes, contre 15 millions en 1928 et 10 millions en 1913). Il est embrigadé, russifié lorsqu’il est non-russe. Il s’agit d’édifier un homme nouveau, doté d’une morale socialiste, bon citoyen et bon soldat ; à l’effort d’alphabétisation correspond un effort d’endoctrinement. Le bouillonnement artistique des années 20 a cédé la place à un conformisme peu propice aux créations originales.

En 1932, une résolution du P.C. se penche sur la restructuration des organisations littéraires et artistiques. De 1932 à 1934 s’élabore une théorie qui va entrer dans le statut de l’Union des écrivains soviétiques : l’Union des écrivains est certes une organisation littéraire, mais surtout politique, qui confirme la suprématie absolue du P.C., c’est-à-dire de Staline, dans le domaine littéraire.

Lors du 1er Congrès des écrivains soviétiques, qui s’est tenu le 17 août 1934, Jdanov (secrétaire du Comité central) avait défini ainsi le réalisme socialiste : Le romantisme révolutionnaire doit entrer dans la création littéraire...La littérature socialiste doit être riche de contenu révolutionnaire...L’enthousiasme et la passion de l’héroïsme imprègnent notre littérature...Elle est optimiste dans son essence...Oui, la littérature soviétique est tendancieuse car il n’y a pas et il ne peut pas y avoir...de littérature qui ne soit une littérature de classe...Dans notre pays les principaux héros des oeuvres littéraires, ce sont les bâtisseurs actifs de la vie nouvelle : ouvriers et ouvrières, kolkhoziens et kolkhoziennes, membres du parti, ingénieurs, jeunes communistes, pionniers. 1
Pendant et après la guerre apparaissent des poèmes, parfois anonymes, qui parlent de la dure réalité de l’expérience vécue, du retour désenchanté dans un pays où la bureaucratie domine, où les camps de concentration se développent rapidement. Ces velléités de poésie non conforme au réalisme socialiste seront vite étouffées par un décret du Comité central du 14 août 1946 :

Tout ce qui tend à propager l’absence d’idéologie, l’apolitisme, l’art pour l’art est étranger à la littérature soviétique et nuit aux intérêts du peuple et de l’état soviétique2

Cette doctrine est reprise dans les termes suivants par le présidium de l’Union des écrivains le 31 août 1946 :



La lutte contre les influences étrangères dans la littérature, contre toute manifestation d’absence d’idéologie et d’apolitisme, l’éducation de l’écrivain soviétique comme serviteur fidèle et attentionné des intérêts du peuple et de l’état soviétique, comme auxiliaire du Parti dans l’éducation communiste du peuple, doivent devenir la préoccupation essentielle de l’Union des écrivains.3

Ce n’est qu’après la mort de Staline et surtout après le XXème Congrès du P.C.U.S. (14-25 février 1956) , où Khrouchtchev s’élève contre le culte de la personnalité dans un rapport secret, qu’une certaine libéralisation va doucement s’amorcer ; cette période, appelée dégel (ottepel’) durera à peu près jusqu’en 1965.

Déjà en 1953, la revue Le monde nouveau avait fait paraître un article de Vladimir Pomerancev ,  De la sincérité en littérature , qui s’élevait contre le contrôle implacable qui s’exerçait sur la littérature soviétique, contre sa transformation en instrument du pouvoir. Vivement critiqué par le praesidium de l’Union des écrivains, cet article avait entraîné le limogeage d’Alexandre Tvardovski, le rédacteur en chef de la revue.

Le roman Le dégel d’Ilia Erhenbourg, paru en deux parties en 1954 et en 1956, donnera son nom à cette période ; ce livre traite de la réalité soviétique en essayant d’échapper aux canons du réalisme socialisme, et sera un symbole pour toute une époque.

Un autre livre a marqué cette période, L’homme ne vit pas seulement de pain , de Vladimir Doudincev (1956), où s’exprime la lutte pour le droit de penser librement dans un monde sclérosé.

Toute une génération d’écrivains publie dans des revues (Jeunesse, Le monde nouveau, L’étendard) des oeuvres où l’on voit apparaître des héros qui parlent de leur vie quotidienne, qui écoutent du jazz, qui fument des cigarettes américaines, qui prennent les transports en commun - toutes choses qui tranchent avec les normes de la littérature des années antérieures.

L’intérêt pour la poésie est très vif, des milliers d’auditeurs se pressent aux lectures publiques de poèmes. C’est en 1956 que Boulat Okoudjava publie ses premiers vers Lirika (Vers lyriques); toute une jeune génération de poètes va s’épanouir, malgré les menaces toujours réelles d’interventions brutales des sommets du parti dans la vie intellectuelle et artistique. Parmi ces poètes , Andrej Vosnesenskij, virtuose dans le maniement du langage poétique, le tonitruant Evgenij Evtusenko, la douce Bella Ahmadulina, Iosif Brodskij.... tous brisent les normes qui s’étaient imposées dans la poésie soviétique depuis le début des années 30.

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