1 adžubej (adjoubeï)2 Aleksej Ivanovič (1924-1993)




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ELÛTIN Vâčeslav Petrovič (1907-1993)

Né à Saratov dans la famille d’un fonctionnaire, il suit des études supérieures à l’institut Staline de l’acier de Moscou, dont il est diplômé en 1930, après être entré au Parti en 1929. Il est alors embauché comme ingénieur dans une usine sidérurgique à Tcheliabinsk, où il travaille à la mise au point de différents alliages ferreux. En 1933 il obtient le grade de kandidat pour sa thèse sur ce thème, et enseigne deux ans à l’institut Staline de l’acier de Moscou. Ce VUZ technique, créé en 1930 à partir de l’Académie minière de Moscou, est l’un des plus prestigieux à une époque où la sidérurgie est une priorité de l’économie. En 1935, Elûtin est promu simultanément doyen de la Faculté métallurgique et directeur adjoint de l’Académie industrielle Staline de Moscou – où Nikita Khrouchtchev avait entamé des études sept ans plus tôt. Combattant de 1941 à 1943, il revient ensuite comme docent à l’Institut de l’acier, dont il devient le directeur après la guerre, de 1945 à 1951.

En 1951, il est promu dans l’appareil du MVO SSSR, comme ministre adjoint, sous l’autorité de Vsevolod Stoletov. Il garde cette fonction dans la réorganisation administrative de 1953 (qui le fait passer dans l’appareil du ministère de la Culture d’URSS), puis en mars 1954, lorsque le MVO SSSR est reconstitué, il en prend la tête, échangeant sa place avec Stoletov. Ce dernier reprend la main en 1959, lors de la distribution des compétences du MVO SSSR au MVSSO RSFSR, ainsi qu’à ceux des autres républiques. Elûtin reste ministre d’URSS jusqu’en juillet 1985 : un record de trente et un ans (inégalé même par le ministre des Affaires étrangères Andrej Gromyko, resté 28 ans en poste, de 1957 à 1985).

Son rôle dans l’élaboration et la discussion de la réforme de 1958 est important, mais ambigu. Représentant du pouvoir auprès de ses subordonnés, les directeurs et recteurs de VUZ, il tient un discours conforme à la ligne du CC du PCUS et de son Premier secrétaire, ce que confirme la tribune qu’il publie le 12 septembre dans la Pravda44. Mais quand il s’adresse au Département de la science et des VUZ, ses positions sont modérées : que ce soit dans la note envoyée dès le mois d’août, ou lors des réunions spéciales organisées par Vladimir Kirillin et ses adjoints, il défend une approche souple et différenciée, en fonction des spécificités de chaque type de VUZ. Cela dit, le 22 septembre au MVO, face à la fronde d’une partie de ses subordonnés, il est visiblement dépassé, et leur reproche de ne voir que leurs intérêts particuliers.

De nombreuses brochures de propagande lui sont attribuées : L’école supérieure du pays du socialisme, parue en 1959 et traduite en plusieurs langues (en français en 1962), et Le développement de l’école supérieure en URSS (1970). Il a également publié le manuel pour VUZ métallurgiques La production des alliages ferreux (1951, réédité en 1957). En 1958, il fait partie des nouvelles personnalités ayant leur notice biographique dans le dernier tome de la Grande encyclopédie soviétique45. Sur le plan scientifique, il a publié quelques travaux sur les ferro-alliages et les matériaux réfractaires à haute température, ce qui lui vaut d’être élu membre correspondant de l’AN SSSR en 1962. Après 1959, il dirige aussi la Commission d’attestation supérieure (VAK) qui attribue les grades universitaires. Sa carrière politique culmine dans les années soixante : élu membre candidat du CC du PCUS au XXe Congrès, il y siège de 1961 à 1976. Parallèlement, il est élu au Soviet suprême d’URSS de la 6ème à la 11ème mandature (de 1962 à 1986).

Son fils Aleksandr Elûtin, né en 1937, entre à la fin des années 1950 à l’Institut de l’acier et des alliages qu’a dirigé son père quelques années auparavant, avant d’en être diplômé en 1960 (à 23 ans), et de commencer une carrière de chercheur dans ce domaine. Lauréat du prix d’État en 1976, et d’autres décorations dans les années suivantes, il est élu académicien de l’Académie des sciences de Russie en 2000, et dirige toujours, en 2007, une chaire à son institut d’origine.


ENÛTIN Georgij Vasil’evič (1903-1969)

Né dans un village de la province d’Ekaterinoslav (aujourd’hui en Ukraine, région de Donetsk) de père ouvrier, il commence à travailler à l’âge de 17 ans comme ajusteur monteur (slesar’), à l’instar de Kirillin, de dix ans son cadet. En 1923 il occupe une place de secrétaire du rajkom du Komsomol dans le Donbass, et étudie à la rabfak, comme Khrouchtchev. Puis il suit des études supérieures et entre au Parti en 1924, avant d’étudier à l’Institut métallurgique de Dnepropetrovsk, d’où il sort diplômé en 1932. Ensuite, il travaille dans une usine de sa ville natale, Mariupol, comme ingénieur-constructeur, chef de chaîne, ingénieur en chef adjoint. En 1939, il entame une carrière d’administrateur au Parti, entrant au partorg du CC à Moscou. De 1941 à 1951, il occupe des postes de secrétaire dans plusieurs obkom (successivement : Stalino, Novossibirsk, Kemerovo, Stalino, Zaporojie). A partir de 1951, il travaille à nouveau dans l’appareil du CC du PCUS : d’abord instructeur, puis chef adjoint du Département des organes du Parti, des syndicats et du Komsomol. De 1954 à 1957, il connaît une période de disgrâce, dans une contrée éloignée : il est premier secrétaire de l’obkom de Kamen, au Kamtchatka. Puis il est rappelé dans la capitale, cette fois au gouvernement : de décembre 1957 à 1962, il préside la Commission de contrôle soviétique du CM d’URSS (après 1961 : Commission de contrôle d’État du CM d’URSS). De 1962 à 1968, il est placé à la tête du nouveau Comité de contrôle d’État et de Parti du Buro RSFSR et du CM de RSFSR (devenu Comité de contrôle populaire de RSFSR en 1965), avec le rang de vice-premier ministre de RSFSR46. En 1958, il avait fait partie des nouvelles personnalités ayant leur notice biographique dans le dernier tome de la Grande encyclopédie soviétique47.

Sa carrière politique épouse la période khrouchtchévienne, puisqu’après être entré à la Commission centrale de révision du PCUS, il est membre du CC de 1956 à 1966, soit entre les XXe et XXIIIe Congrès. En septembre 1958, il adresse au CC du PCUS un rapport accablant sur la situation de l’enseignement supérieur et secondaire spécial « sans rupture avec la production », qui confirme Vladimir Kirillin et ses alliés dans l’idée qu’il serait dangereux d’en faire l’unique mode de formation des spécialistes en URSS48. Trois ans plus tard, en mai 1961, il est l’auteur d’un nouveau rapport pointant les défauts dans la formation des spécialistes de qualification supérieure et secondaire spéciale « sans rupture avec la production » : en particulier, il suggère que beaucoup d’étudiants inscrits dans ces filières sont en fait d’anciens écoliers, n’ayant pas pu s’inscrire en VUZ de jour49. Entretemps, en juin 1959, il a aussi souligné l’écart entre la nouvelle réglementation et la pratique, en ce qui concerne l’admission prioritaire des jeunes « ouvriers et kolkhoziens » en VUZ.
ESIPOV Boris Petrovič (1894-1967)

D’origine paysanne, il fait des études à la Faculté d’histoire et de langues de l’université de Saint-Pétersbourg juste avant la révolution, et dans les premières années du régime il se fait remarquer par les articles qu’il publie dans la Pravda sur les questions d’enseignement50. En 1920, employé du Département de l’instruction publique de l’uezd de Glazov, il est invité à Moscou à travailler dans l’appareil du Narkompros RSFSR, au Département de l’école unique (du travail). Il y est bientôt responsable des programmes et des plans d’études, mais aussi de la préparation des congrès et des conférences, en une période riche en expérimentations. Nadežda Krupskaâ elle-même le remarque. Mais c’est après la Seconde guerre mondiale qu’Esipov, qui n’avait pas été victime des répressions des années 1930, voit son autorité scientifique reconnue, dans le domaine de l’organisation des « processus éducatifs » et du travail autonome des élèves en classe. En 1941, il participe avec d’autres comme Solomon Rives à la fondation du culte d’Anton Makarenko, véritable « seconde naissance » du théoricien disparu quatre ans plus tôt51. En 1957, il est le co-auteur, avec Nikolaj Konstantinov, de l’article « Sciences pédagogiques » de l’avant-dernier tome de la Grande encyclopédie soviétique, consacré à l’URSS.

Il intervient tardivement dans le débat sur la réforme, et avec une position plutôt favorable à la ligne officielle – son article est intitulé « On ne doit pas retourner à l’ancienne façon », mais le titre fait référence à la proposition faite par certains de ses collègues de retarder l’âge scolaire à huit ans, qu’Esipov dénonce, comme d’autres pédagogues et enseignants avant lui52. Pour ce qui concerne la question de l’instruction polytechnique, il affirme, contre d’autres intervenants du débat, que faire travailler les jeunes à l’âge de 16-18 ans est tout à fait acceptable, dès lors qu’ils bénéficient de conditions adaptées (journées plus courtes) ; il ne se prononce pas sur la différenciation du secondaire. Il est un des rédacteurs de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958).
FABRIKANT Valentin Aleksandrovič (1907-1991)

Fils de l’agronome Aleksandr Fabrikant, il étudie à la Faculté de physique et de mathématiques de MGU, où il suit les cours de Sergej Vavilov (1891-1951). Il devient son élève, mais l’arrestation de son père en 1930, pour appartenance au prétendu « parti du travail paysan », lui coûte sa carrière académique. Néanmoins, la protection de Vavilov lui permet de s’embaucher à l’Institut électrotechnique de Moscou, tout en entrant à la chaire de physique de l’Institut énergétique de Moscou (MEI) : il y reste toute sa vie durant, comme professeur. A ce titre, il parvient à continuer ses recherches en optique, qui lui valent l’obtention du grade de kandidat, sans avoir soutenu de thèse, en 1935. Quatre ans plus tard, il obtient celui de doktor pour sa thèse soutenue à l’Institut de physique de l’AN SSSR. Mais les portes de cette institution lui restent fermées, vu les antécédents de son père. Cela ne l’empêche pas de recevoir le prix Staline, en compagnie de Vavilov et d’autres physiciens, en 1951, au terme d’une période difficile (son père a de nouveau été arrêté en 1948). C’est aussi un des auteurs de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958).

L’importance de ses travaux en électronique quantique est reconnue tardivement (au début des années 1960), mais il jouit d’une forte autorité dans son institut, et auprès de la communauté des physiciens du pays53. Professeur et chef de la chaire de physique du MEI de 1943 à 1977, il s’intéresse aussi aux questions d’enseignement de sa discipline54. C’est à ce titre qu’il est invité à intervenir à la réunion du MVO SSSR le 22 septembre 1958 : il est l’un des plus sévères à l’égard du projet de réforme soumis par son ministre Elûtin, avec le mathématicien Anisim Bermant. Ensuite, le nom de Fabrikant n’apparaît plus dans les discussions de l’automne 1958 et du début des années 1960. En revanche, il est élu directement académicien de l’APN en janvier 1968 (au Département d’enseignement général). Parallèlement, il est membre de la société de diffusion des connaissances « Znanie », peut-être grâce à son collègue Vladimir Kirillin, qui la préside de 1963 à 1966, ainsi que des comités de rédaction des revues Radiotechnique et électronique, Quanta, et La physique à l’école.
FURCEVA (FOURTSEVA) Ekaterina Alekseevna (1910-1974)

Née dans une famille ouvrière du textile de la région de Tver : son père étant mort pendant la Première guerre mondiale, elle suit dans les années 1920 une formation en FZU (Collège d’apprentissage de fabrique-usine), le niveau le plus bas de l’enseignement professionnel, mais parvient ensuite à s’embaucher à la fabrique La Bolchevique de Moscou. Entrée au Parti en 1930, elle est envoyée dans la région de Koursk, puis à Leningrad où elle rencontre son mari, pilote d’avion, et enfin à Moscou : elle y est instructeur du Département des étudiants du Komsomol, ce qui l’amène à reprendre des études supérieures, à l’Institut de technologie et de chimie fine « Lomonossov ». A la sortie, en 1942, elle reste dans la capitale, avec une petite fille mais sans son mari qui l’a quittée. Après être entrée en aspirantura, elle devient secrétaire du Parti de son institut, puis secrétaire du rajkom « Frunze ». Son ascension continue lentement, à la suite d’une rencontre avec Staline en 1949 : deuxième secrétaire du Parti de la capitale en 1950, elle y fait la connaissance de Khrouchtchev, qui dirige alors l’obkom de Moscou. Elle lui fait une forte impression, notamment par sa formation de « spécialiste » en chimie, et à la mort de Staline elle obtient la direction du gorkom, qu’elle garde de 1954 à 1957.

Parallèlement, lors du XXe Congrès, elle devient membre de plein droit, et secrétaire du CC du PCUS. Elle conserve cette place très importante, y compris sur le plan symbolique – elle y est la seule femme à l’époque – jusqu’en 1960, date d’une relative disgrâce. Entre temps, en 1956, elle est aussi entrée au Présidium comme membre candidat, puis, à la faveur de l’élimination du « groupe anti-Parti » contre lequel elle avait prudemment défendu Khrouchtchev, comme membre de plein droit. Elle le reste jusqu’au XXIIe Congrès, date à laquelle elle perd toute fonction dans l’appareil du Parti (tout en restant membre du CC) avant de siéger à nouveau au Présidium (puis Politburo), après l’éviction de Khrouchtchev, de 1964 à sa mort, en 1974. Elle occupe aussi le poste de ministre de la culture d’URSS, de 1960 à 1974, ce qui lui vaut le surnom de « Grande Catherine » parmi les artistes et les responsables de ce secteur. De 1954 à 1974, elle fut aussi députée au Soviet suprême d’URSS.

Sa position dans les discussions sur la réforme de 1958 s’aligne sur les conceptions de Khrouchtchev, dont elle fait partie de l’entourage proche, pendant la période de son apogée, dans les années 1957-1960. On peut supposer qu’elle lui transmet fidèlement les rapports rédigés par Vladimir Kirillin et Nikolaj Kaz’min sur les réunions des 16 et 17 septembre 195855.


GANELIN Šolom Izrailovič (1894-1974)

Ses études à la Faculté de droit de Petrograd (1915-1917) ayant été interrompues par la Révolution, il les reprend à l’Académie pédagogique. Parallèlement, il enseigne l’histoire et la pédagogie dans différents instituts de la ville. En 1924, il entre à l’Institut pédagogique « Herzen », où il travaillera jusqu’à son départ à la retraite en 1971. Parallèlement, il enseigne aussi à l’université de Leningrad de 1931 à 1947. Son activité de chercheur le fait entrer à l’Institut de pédagogie scientifique avant, puis après la guerre (de 1945 à 1960). En 1947, il est élu membre correspondant de l’APN, mais n’obtiendra jamais le rang d’académicien, peut-être en raison de ses prises de position indépendantes, souvent distinctes de la ligne officielle. En 1958, lors du débat sur la réforme, il fait partie des défenseurs de la « différenciation ». C’est surtout en tant qu’historien de l’enseignement et de la pédagogie en Russie qu’il est reconnu par ses pairs. Il est l’un des rédacteurs de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958).


GNEDENKO Boris Vladimirovič (1912-1995)

Né dans la petite ville d’Oulianovsk, il étudie les mathématiques à l’université de Saratov, puis entre en aspirantura à MGU, en 1934. En juillet 1937, après avoir soutenu sa thèse en théorie des probabilités, il est arrêté pour avoir tenu des propos critiques envers le régime : il passe quelques mois en prison, puis obtient grâce à son professeur Andrej Kolmogorov, en septembre 1938, une place de docent à la Faculté de MGU. Continuant à travailler sous la direction du célèbre académicien, Gnedenko est nommé professeur en 1942, après avoir soutenu sa thèse de doktor, toujours en théorie des probabilités. En 1945, il est élu membre correspondant, puis en 1948 académicien de l’Académie des sciences d’Ukraine : il s’installe à Lvov puis, en 1950, à Kiev où il travaille à l’Institut de mathématiques et à l’université. Il travaille aussi à la création du centre informatique de l’AN USSR, et écrit le premier manuel de programmation du pays, en 1961. En 1960, il revient à MGU travailler à la chaire de théorie des probabilités, qu’il dirige pendant près de trente ans ; de 1966 à sa mort. Auteur d’un manuel de théorie des probabilités réédité à maintes reprises (de 1949 à 2005), il s’intéresse aussi à l’histoire et à l’enseignement des mathématiques, étant associé à l’Institut des méthodes d’enseignement de l’APN. S’il ne participe à aucune réunion centrale sur la réforme de l’enseignement, Gnedenko publie le 21 décembre 1958, à la toute fin de la « discussion générale », un article où il soutient, entre autres, la création à titre expérimental d’écoles spéciales, si elles sont placées sous la tutelle des universités : il reprend ainsi la position de son mentor Kolmogorov. En 1967, il déplore dans une tribune publiée par la Literaturnaâ gazeta, avec d’autres mathématiciens, le faible niveau des candidats à l’entrée en VUZ56.


GONČAROV Nikolaj Kirilovič (1902-1978)

Né dans une petite ville de la région de Moscou, il commence à travailler à 18 ans comme instituteur d’une école de village, puis fait des études à l’Académie Krupskaâ d’éducation communiste (comme Aleksandr Arsen’ev et Fëdor Korolëv), dont il sort en 1930 – cette institution, fondée en 1923 sur les bases de l’Académie d’éducation sociale (1919-1923), accueillait alors les jeunes communistes et membres du Komsomol ayant une formation secondaire, travaillant dans le système scolaire et destinés à constituer les futurs cadres de l’administration scolaire, des organes de « propagande et agitation », ou encore des établissements supérieurs pédagogiques. C’est cette dernière voie qu’il choisit. Elle le mène à des postes de direction dans différents VUZ, de l’Institut pédagogique de Kaluga (1932-1934) à l’Institut supérieur communiste de l’instruction (1936-1938, année de la dissolution de cet établissement chargé de former des enseignants et des chercheurs en sciences humaines), puis au prestigieux Institut pédagogique Maurice Thorez des langues étrangères de Moscou (1942-1959 puis 1963-78, soit jusqu’à sa mort). Parallèlement, de 1937 à 1942, il dirige la revue Sovetskaâ pedagogika (La pédagogie soviétique), et de 1944 à 1950 il est chef de secteur au Département des écoles du CC du PCUS : d’après son successeur, Vlasov, il est « démis de son poste pour n’avoir pas, en le cumulant avec la direction de la chaire de pédagogie [dans son institut], accordé l’attention voulue au travail du secteur, et pour avoir publié le livre Fondements de pédagogie dans lequel étaient cachés de sérieux défauts »57. L’ouvrage incriminé, publié en 1947, contenait des références aux pédagogues soviétiques des années vingt, et à des auteurs étrangers. Il est malgré tout l’un des rédacteurs de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958).

En mars 1950, il est élu membre correspondant de l’APN puis, en avril 1955, membre de plein droit et aussitôt vice-président, succédant ainsi à Mihail Mel’nikov. Désormais, jusqu’à 1963, il y seconde le président Ivan Kairov, tout en participant à des travaux au Département de théorie et d’histoire de la pédagogie (le plus important à l’APN) et en dirigeant, à nouveau, Sovetksaâ pedagogika. Il soutient le projet de loi de 1958, avec la brochure de propagande parue sous son nom La réorganisation de l’école soviétique (1959). Il y défend la ligne officielle, ce qui lui vaut par la suite une réputation de « pédagogue orthodoxe du Parti »58. Pourtant, il profite de la discussion publique de l’automne pour exposer un point de vue original, dans un article cosigné avec un autre membre du Présidium de l’APN, le psychologue Aleksej Leont’ev, intitulé « Différencier l’enseignement au second niveau du secondaire »59. Ce texte, qui rencontre un écho important d’après les allusions qu’y font d’autres articles, propose une alternative à la création d’écoles spéciales en sciences, suggérée par Nikita Khrouchtchev dans la première variante de la réforme, et défendue ensuite par plusieurs savants. Cette idée de la différenciation (furkaciâ) des études secondaires entre les classes est partagée par de nombreux pédagogues de l’époque, si on en juge d’après les débats au sein de l’APN. S’il ne modifie pas immédiatement le cours pris par la réforme, fixé par le compromis des Thèses du 16 novembre 1958, le point de vue de Gončarov et Leont’ev ouvre la voie à une politique parallèle dans le secondaire. Sous prétexte de chercher le moyen d’appliquer la réforme de 1958, les partisans de la « différenciation » font pression sur la direction de l’APN, et finissent par obtenir une expérimentation à l’échelle du pays, avec le décret du 10 novembre 196660.

Dans les années 1960 et 1970, Gončarov publie plusieurs ouvrages de vulgarisation et manuels (Questions de pédagogie, 1960, Encyclopédie pour les enfants en 10 tomes, 1958-1962, Eléments de pédagogie historique, 1963, Eléments d’histoire de la pédagogie soviétique, 1970 et Le système pédagogique de K.D. Ušinskij, Moscou, 1974). Le fait qu’il quitte son poste trois ans avant son supérieur marque peut-être une disgrâce – surtout qu’après 1963, il n’occupe plus de fonctions administratives importantes. Son engagement pour la « différenciation » des études secondaires semble ainsi avoir été peu profitable à sa carrière.


GRIŠIN Viktor Vasil’evič (1914-1992)

Né à Serpoukhov (dans l’oblast’ de Moscou) d’un père ouvrier, il fait des études secondaires spéciales dans un tehnikum de Moscou, à la sortie duquel, en 1932, il travaille comme géomètre. Il décide alors de reprendre des études secondaires spéciales, toujours à Moscou, cette fois au tehnikum d’économie des locomotives. A la sortie, en 1937, tout en travaillant dans le dépôt ferroviaire de Serpoukhov, il s’inscrit comme étudiant par correspondance à l’Ecole supérieure du Parti. Il fait ensuite deux ans de service militaire, au cours desquels il entre au Parti (1939), puis retrouve son emploi précédent. C’est pendant la guerre qu’il entame sa carrière, au gorkom du Parti de Serpoukhov (1942-1950), puis à l’obkom du Parti de Moscou, y dirigeant le Département de la construction de machines (1950-1952), avant d’en devenir secrétaire, de 1952 à 1956. Entré au CC du PCUS en 1952 (il y restera jusqu’en 1986), il obtient après le XXe Congrès une nouvelle promotion : en mars 1956, à 42 ans, il est nommé directement président de l’Union des syndicats d’URSS (VCSPS), sans avoir jamais gravi aucun échelon de cette « organisation sociale ». C’est donc un homme d’appareil, même s’il possède une expérience de travail réelle, à des postes de technicien. Resté onze ans à la tête du VCSPS, il quitte son poste en juin 1967, remplacé par Aleksandr Šelepin (qui, alors secrétaire du CC du PCUS, verra dans cette succession une sanction pour l’écarter du pouvoir). Parallèlement, Grišin est aussi le vice-président de la Fédération mondiale des syndicats (de 1956 à 1967), et multiplie les voyages officiels, notamment en conduisant les délégations de son pays aux trois congrès mondiaux des syndicats qui se tiennent de 1957 à 1965. En 1958, il fait partie des nouvelles personnalités ayant leur notice biographique dans le dernier tome de la Grande encyclopédie soviétique61.

Après 1967 sa carrière dans le Parti atteint son apogée : premier secrétaire du gorkom de Moscou (jusqu’à sa retraite en 1985), il est aussi membre du Politburo du CC du PCUS de 1971 à 1986 – mais aussi membre du Présidium du Soviet suprême en 1967 (dont il est député pendant six mandats, de 1950 à 1974). Il est impliqué dans des scandales politico-financiers (en rapport avec des réseaux mafieux) au début des années 1980.
HRISTIANOVIČ Sergej Alekseevič (1908-2000)

Après des études à l’université de Leningrad, il travaille à l’Institut hydroélectrique dans cette ville, travaillant à la résolution des problèmes hydrauliques. Ses découvertes en physique des ondes seront ensuite applicables à l’aérodynamique des vitesses supersoniques, entre autres. En 1935, il entre à l’institut Steklov de mathématiques de l’AN SSSR, à Moscou, et y soutient en 1938, simultanément, deux thèses de doktor en physique-mathématiques, et en technique. L’année suivante, il est élu membre correspondant de l’AN SSSR, à 31 ans : il est transféré dans le nouvel Institut de mécanique de l’académie, qui vient d’être créé. Puis, en 1940, il entre à l’Institut central d’État d’aérodynamique, prenant la tête du laboratoire des grandes vitesses : ses travaux sur le mouvement des gaz, pendant la guerre, contribuent à la mise au point des avions à réaction soviétiques. Il perfectionne aussi le fonctionnement des lance-roquettes « Katioucha », qui jouent un rôle décisif sur les champs de bataille du front de l’Est, contre l’armée allemande Elu académicien de l’AN SSSR en 1943, Hristianovič se fait alors l’avocat du passage de la construction aéronautique du pays à l’ère supersonique (le mur du son étant franchi pour la première fois aux Etats-Unis en 1947). Parallèlement, il participe à la création d’un VUZ hors du commun, l’Institut physico-technique de Moscou, créé à partir d’une faculté de MGU : il en est le prorecteur en 1951. De 1953 à 1956, il dirige le Département des sciences techniques de l’AN SSSR, travaillant avec l’Institut de physique chimique de Nikolaj Semënov à l’étude des explosions. En 1957, il est le co-inspirateur, avec Mihail Lavrent’ev, du Département sibérien de l’AN SSSR (SO AN SSSR) : il y fonde l’Institut de mécanique théorique et appliquée, qu’il jusqu’à 1965 – tout en étant vice-président du SO AN SSR. Il y travaille notamment à la mise au point de stations électriques écologiquement propres, et enseigne à l’université de Novossibirsk, elle aussi nouvellement créée. C’est à ce moment qu’il intervient à la réunion du 19 septembre 1958, pour affirmer son attachement au système d’enseignement secondaire existant.

En 1961, Hristianovič perd la vice-présidence du SO AN SSSR, suite à un différend avec Lavrent’ev62. Quatre ans plus tard, il rentre à Moscou, où il travaille à l’Institut des mesures physico-techniques et radiotechniques, tout en siégeant au collège du Comité d’État pour la science et la technique, sous la direction de Vladimir Kirillin. A partir de 1972, il travaille à l’Institut des problèmes de mécanique de l’AN SSSR, sur les questions de plasticité.
HRUŜËV (KHROUCHTCHEV) Nikita Sergeevič (1894-1971)

Né dans une famille de paysans, il passe environ deux ans à l’école de son village de Kalinovka, avant que son père ne l’en sorte pour l’envoyer travailler aux champs (il voulait faire de lui un cordonnier) ; mais son institutrice, d’après ce qu’il raconte dans ses mémoires, lui conseille de continuer, et lui montre des brochures et des livres interdits63. D’après Wiliam Taubman, il acquiert pendant sa jeunesse « une foi naïve dans l’instruction et la culture », qu’il manifeste ensuite à de nombreuses reprises. A l’âge de 14 ans, il arrive dans la ville minière de Ûzovsk (aujourd’hui Donetsk) et s’y engage comme métallurgiste, de 1908 à 1917. Jeune homme énergique et bricoleur, il se marie et se construit un vélo, puis une motocyclette. Ambitieux, il rêve d’être ingénieur mais n’y parvient pas ; en revanche il lit Marx. Lorsque la révolution éclate, il se range du côté des socialistes, mais progressivement, n’entrant au Parti bolchevique qu’à la fin de 1918. Bon orateur, il est un militant efficace et se voit attribuer une place de directeur adjoint d’usine ; c’est alors qu’il reprend des études, au tehnikum minier de Donetsk, témoignant d’une soif d’instruction très répandue parmi les jeunes cadres bolcheviks, qu’il justifie dans le formulaire qu’il remplit cette année-là, en 1922, par le désir « d’obtenir le savoir technique nécessaire pour un travail plus productif dans l’industrie »64. Il entre à la faculté ouvrière (rabfak) avec l’espoir d’en sortir plus tard avec le rang d’ingénieur, mais son activité politique reprend le dessus rapidement : il est devenu le secrétaire du Parti au tehnikum où il est censé étudier et n’obtient pas son diplôme ; en revanche il rencontre sa troisième et dernière épouse, Nina Petrovna, institutrice de formation dont il suit même les cours en 1922-1923, ce qui illustre encore une fois, selon William Taubman, sa fascination pour un milieu plus éduqué que le sien65. Des années plus tard, lors d’une visite officielle en Bulgarie, il se présente ainsi à ses interlocuteurs, les dirigeants de la ville de Varna : « je suis un produit de l’époque stalinienne. Quand Lénine est mort, j’étudiais dans une faculté ouvrière »66. Dans ses mémoires, Khrouchtchev rapporte une réflexion de Staline qui l’avait écarté comme successeur éventuel : « Khrouchtchev ? Non, c’est un ouvrier, il nous faut quelqu’un de plus éduqué »67.

En 1925, il est délégué au XIVe Congrès du VKP(b) à Moscou, et il découvre ainsi la capitale de son nouveau pays, l’URSS. Une fois de retour en Ukraine, il se montre un zélé combattant des opposants à la « ligne du Parti » incarnée par Staline. Travaillant désormais à Kiev, il s’y sent rejeté par les milieux intellectuels nationalistes et cherche à partir pour Moscou, afin de reprendre des études – Nina Petrovna y a elle-même fait un séjour à l’Institut pédagogique Krupskaâ. Il y parvient finalement en 1929, à 35 ans, et grâce au soutien de son protecteur Lazar Kaganovič entre à l’Académie industrielle Staline de Moscou, récemment créée pour fournir à l’économie soviétique de nouveaux spécialistes destinés à remplacer leurs collègues « bourgeois ». Mais, cette fois encore, Khrouchtchev ne tient pas les trois ans nécessaires pour obtenir son diplôme. Du fait de son niveau général assez bas, et surtout de son ambition de jeune apparatchik, il se retrouve rapidement en difficulté : on lui fait comprendre l’insuffisance de sa formation antérieure68. A nouveau, il se replie donc sur son activité politique, peut-être pour « compenser son propre sentiment d’inadéquation [à ce milieu] et se protéger contre la possibilité d’un échec »69. Selon son gendre Adžubej, des années plus tard, il devait regretter de ne pas avoir été diplômé et de ne pas avoir eu plus de chance en général avec les études70. L’Académie industrielle est toutefois une étape essentielle dans sa carrière : il peut y montrer son zèle contre les « droitiers » qui critiquent la ligne du Parti alors incarnée par Staline, et son action reçoit un écho direct auprès du maître du Kremlin, dont l’épouse, Nadežda Allilueva, étudie dans le même établissement71. Khrouchtchev entre alors dans l’appareil du gorkom de Moscou, une place inespérée pour lui – même s’il reconnaît dans ses mémoires qu’« accepter ce travail signifiait abandonner tout espoir d’achever un jour [sa] formation supérieure »72. Il en devient le premier secrétaire, de 1934 à 1938. Puis, en pleine Grande Terreur, on l’envoie en Ukraine pour y orchestrer les répressions dans l’appareil de cette république.

Après avoir été l’homme fort de l’Ukraine de 1938 à 1949, chef du gouvernement de 1944 à 1947, et avoir traversé les moments pénibles de la guerre avec l’occupation allemande de la République dont il était chargé (mais aussi la mort de son fils Leonid, accusé post mortem de passage à l’ennemi), Khrouchtchev qui s’est illustré comme commissaire politique durant la bataille de Stalingrad rejoint à nouveau la capitale. De décembre 1949 à mars 1953, il est à la tête de l’obkom du Parti de Moscou. Même s’il est toujours membre du CC (depuis 1934) et du Politburo/Présidium (depuis 1939), Khrouchtchev ne fait pas parti du cercle restreint dans lequel sont prises les décisions cruciales. Il habite un appartement voisin de Georgij Malenkov, dont le fils devait décrire plus tard l’ancien Premier secrétaire, fossoyeur de la carrière de son père, comme « complètement fruste, [ayant] un sens de l’humour vulgaire et choquant, et apparemment ne [lisant] pas et ne [connaissant] pas la littérature »73. Moshe Lewin tempère ce jugement de Khrouchtchev, en soulignant que s’il « détestait » ceux qui s’opposaient à sa réforme de l’enseignement supérieur « car ils n’avaient jamais tenu le manche d’une pioche », il n’en a pas moins apprécié la lecture de Soljenitsyne et la conversation d’Andrej Tvardovskij, alors rédacteur en chef de la revue Novyj Mir, parce qu’ils parlaient une langue proche de la sienne74. D’après ses proches, Khrouchtchev s’est toujours montré fasciné par les scientifiques et les ingénieurs, surtout ceux capables de mettre à sa portée leur savoir, quitte à faire valoir des théories erronées. C’est le cas avec Trofim Lyssenko, que Khrouchtchev a rencontré en Ukraine à la fin des années 193075. Aleksej Adžubej confirme que son beau-père avait « une soif extrême de culture et de savoir », et passait le plus clair de son temps libre à regarder des films documentaires, surtout sur la science, la construction et l’agriculture76. En 1951, Khrouchtchev publie dans la Pravda un article vantant les mérites des « agrovilles », projet empreint de scientisme utopique visant à transformer les kolkhoziens en citadins, par le regroupement des villages. Mais la désapprobation de Staline le pousse à s’excuser pour le caractère « erroné » de ses positions, dans une lettre adressée personnellement au tyran.

Au terme des péripéties de l’année 1953, Khrouchtchev, avec l’appui d’alliés plus influents que lui, l’emporte finalement sur Beria dans la succession de Staline. Premier secrétaire du PCUS à partir de septembre 1953, il parvient en 1955 à écarter du pouvoir Malenkov, puis Molotov. Le XXe Congrès et les révélations incomplètes du « Rapport secret » du 24 février 1956 sont un risque assumé personnellement par Khrouchtchev, malgré les limites de la dénonciation des crimes staliniens. L’insurrection hongroise, malgré l’efficacité de la répression par les troupes soviétiques, entame un moment son autorité au sein du Parti. Mais il la rétablit magistralement : en juin 1957, face à une première tentative de renversement, Khrouchtchev parvient à se débarrasser de ses adversaires du « groupe anti-Parti », grâce au soutien du plénum du CC du PCUS. Après la disgrâce de son allié le maréchal Joukov, quelques mois plus tard, il remplace même Boulganine à la tête du gouvernement en mars 1958. Il atteint alors le sommet de son autorité et de son influence dans l’appareil.

Dans ces années marquées par le lancement du premier satellite artificiel « Spoutnik » en octobre 1957 et la création du Département sibérien de l’Académie des sciences, soutenue personnellement par le Premier secrétaire, ce dernier paraît se rapprocher des milieux scientifiques. Pourtant, il manifeste à plusieurs reprises sa méfiance envers l’intelligentsia. Lors d’un discours prononcé devant des agriculteurs en avril 1957, Khrouchtchev se moque des intellectuels qui sont incommodés par l’odeur d’une vache, et conclut : « nous les travailleurs, qui sommes issus des rangs des ouvriers, des kolkhozes et de l’intelligentsia laborieuse, nous ne pourrons jamais penser que le travail rural est sale »77. Quelques semaines plus tard, en juin, à l’occasion d’une rencontre avec des écrivains, il ne cache pas son agacement face à certaines de leurs remarques, traitant de « libérale » l’écrivaine Mariètta Šaginân pour avoir évoqué la pénurie de produits alimentaires dans les campagnes arméniennes78. Au passage, il annonce en termes vagues un nouveau chantier pour le secondaire :


Il va apparemment nous falloir réfléchir aux élèves de dixième classe qui sortent de l’école. Il nous faut réfléchir là-dessus. Qu’est-ce que cela veut dire ? La production a augmenté, la productivité a augmenté, la mécanisation a augmenté. C’est un désastre pour les pays capitalistes, où les chômeurs sont une armée, mais nous, nous allons passer à la journée de travail de sept heures, et si ça continue, de six heures.79
La réforme de l’enseignement, dont le Premier secrétaire a lancé l’impulsion initiale, est critiquée par un groupe de « savants » influents, mais aussi par une partie des couches dirigeantes. Dans les mois qui suivent, Khrouchtchev se heurte à la résistance des académiciens face à son projet de réforme de l’AN SSSR (fondé sur la division entre sciences exactes et sciences humaines). Le président Aleksandr Nesmeânov incarne cette résistance, qui déclare au Premier secrétaire, au cours d’un entretien, une phrase devenue célèbre parmi les savants : « Pierre Le Grand a fondé l’Académie, et vous allez la fermer… » ; Nesmeânov perd son poste aux élections suivantes, en mai 196180.

Les événements qui suivent, notamment à partir de 1961-1962 (crises de Berlin et des Fusées sur le plan international, mauvaises récoltes et difficultés économiques sur le plan intérieur) et ses réformes administratives (sovnarhoz et surtout division du Parti en deux branches, avec limitation du nombre de mandats successifs aux postes de direction) facilitent la cristallisation contre lui d’une opposition multiforme. Lors du plénum d’octobre 1964, il est démis de toutes ses fonctions par ses pairs, au cours d’une séance mémorable. Il est alors mis à la retraite. Il en profite pour dicter ses mémoires, qui seront transmis et publiés en Occident.

Parallèlement il a été député du Soviet suprême d’URSS de 1937 à 1966, et membre du Présidium de cet organe de 1938 à 1946, puis de 1950 à 1958. Il a reçu trois fois la décoration de « Héros du travail socialiste » pendant ses années de pouvoir (en 1954, 1957 et 1961), et a été fait « Héros de l’Union soviétique » en 1964.

Son fils préféré, Sergej, né en 1935, est devenu un savant spécialiste des fusées, alors que son premier fils, Leonid, qui n’était pas aussi doué pour les études, avait d’abord suivi une école professionnelle, puis une école d’aviation civile, avant de mourir au combat comme pilote de l’Armée rouge en 194381.


IL’IČËV Leonid Fëdorovič (1906-1990)

Né à Krasnoârsk dans une famille de paysans, il travaille dans une usine, entre au Komsomol, puis au Parti (1924), ce qui lui permet de suivre des études supérieures à l’Université communiste du Nord-Caucase à la fin des années 1920. Il y enseigne un an (1930-1931), puis entre au partkom local et dans plusieurs instituts agricoles de la région. Il se rend ensuite à Moscou, au moment de la Grande Terreur, et sort diplômé en philosophie de l’Institut des professeurs rouges en 1938. Cette institution d’enseignement supérieur a pour vocation de former les cadres idéologiques du Parti : Dmitrij Šepilov, Mikhaïl Souslov, Aleksej Larionov, et d’autres, sont passés par ses bancs82. Plus tard, Il’ičëv obtient le grade de doktor en philosophie grâce à sa thèse sur le matérialisme dialectique et historique. Il travaille alors dans les rédactions de plusieurs journaux centraux : Le Bolchevik (1938-40), la Pravda (1940-44) et pour finir, comme rédacteur en chef aux Izvestia (1944-48). Cette ascension est couronnée, en juillet 1948, par son entrée dans l’appareil du CC du PCUS, comme premier adjoint du chef du Département de propagande et agitation. Mais il quitte ce poste dès 1949, pour diriger la chaire de journalisme à l’Ecole supérieure du Parti, tout en prenant la direction de la Pravda (rédacteur en chef adjoint en 1949, puis rédacteur en chef en 1951-1952). En octobre 1952, à l’occasion du XIXe Congrès, il devient membre candidat du CC du PCUS, mais cette promotion est sans lendemain, puisqu’il ne sera nommé ni membre ni candidat, lors du XXe Congrès – en revanche, il siège dans la Commission centrale de révision de 1956 à 1961. Il passe quelques années au Ministère des affaires étrangères, dont il est membre du Collège – ce qui laisse penser qu’il est proche de Molotov, ministre de 1953 à 1956 ; cependant, après l’éviction de ce dernier de la direction du pays en juin 1957, Il’ičëv réintègre l’appareil du CC du PCUS, prenant la tête du Département de propagande et agitation pour les républiques fédérées (1958-61). Il fait alors partie du petit groupe de conseillers qui informent le Premier secrétaire et s’occupent de mettre en forme ses discours en vue de leur publication83.

Lors du XXIIe Congrès (octobre 1961), à la faveur d’une nouvelle promotion, il devient à la fois membre et secrétaire du CC du PCUS, à 55 ans. Quelques jours plus tard, il est nommé à la tête de la Commission idéologique du CC du PCUS, nouvelle instance chargée d’émettre des propositions au Secrétariat et au Présidium du CC sur tout un ensemble de questions, parmi lesquelles l’enseignement84. Il y reste jusqu’à la suppression de cet organe par l’équipe brejnévienne, en mars 1965, cumulant ce poste, à partir de décembre 1962 avec la direction du Département idéologique du CC du PCUS – lequel est né de la fusion des Départements de la culture, de la science, des VUZ et des écoles, et de propagande et agitation du CC du PCUS. A cette occasion, il est élu directement académicien à l’AN SSSR.

A double titre donc, Il’ičëv est, comme Vladimir Kirillin avant lui, chargé de superviser la politique scolaire et universitaire des années 1962-1965. En 1962, c’est à lui qu’Ivan Kairov écrit, pour se plaindre du dénigrement de l’APN RSFSR dans le journal Učitel’skaâ gazeta, organe des Minpros et des syndicats des enseignants d’URSS85. Cependant, vu l’étendue du domaine de ses attributions, on peut douter qu’il joue un rôle direct dans les questions précises comme la mise en œuvre de la réforme de 1958 durant cette période. Il est aussi député du Soviet suprême d’URSS de 1962 à 1966. En mars 1965 il quitte toutes ses fonctions au CC du PCUS, et finit sa carrière en restant vingt-quatre ans au poste d’adjoint au ministre des affaires étrangères (alors Gromyko), de 1965 à 1989, avant de prendre sa retraite.


KAFTANOV Sergej Vasil’evič (1905-1978)

Né dans un village de la province d’Ekaterinoslav (actuellement région de Luga en Ukraine), de père ouvrier, il s’embauche à l’usine dès l’âge de quatorze ans, et y travaille sept ans avant d’entrer au Parti, et simultanément dans l’appareil du Komsomol, en 1926. Il obtient alors la possibilité de faire des études supérieures dans la capitale, au prestigieux Institut de technologie chimique Mendeleïev  de Moscou. Il en sort diplômé en 1931 et y reste comme collaborateur scientifique puis chef adjoint de la chaire de technologie organique. De 1934 à 1937, preuve de ses qualités intellectuelles, il est inscrit en aspirantura à l’Institut de recherche physico-chimique « Karpov ». En même temps, il y devient secrétaire du partkom. Cette place, en une période de purges nombreuses contre les « spécialistes bourgeois », lui permet sans doute de se faire remarquer par son zèle – comme Khrouchtchev quelques années plus tôt, à l’Académie industrielle86. C’est donc un véritable vydviženec de la période stalinienne.

Sa carrière s’accélère d’ailleurs avec la Grande Terreur : en août 1937 il entre dans l’appareil du CC du VKP(b), comme instructeur du Département des organes dirigeants du Parti. Il y reste très peu de temps, puisque dès le mois de décembre, âgé de 32 ans, il préside le nouveau Comité de toute l’union pour les affaires de l’école supérieure près le Sovnarkom d’URSS – devenu en 1946 le ministère de l’Enseignement supérieur d’URSS. Il garde ce poste jusqu’en février 1951, date à laquelle il est remplacé par Vsevolod Stoletov – qui écarte son ancien adjoint, le savant métallurgiste Aleksandr Samarin. Ce remaniement est peut-être lié aux purges et à la suspicion qui gagnent alors les milieux scientifiques et universitaires (« lutte contre le cosmopolitisme », « affaire de Leningrad », etc.), le profil de Stoletov semblant plus proche de celui des défenseurs de la « science soviétique », avec sa carrière effectuée dans l’entourage de Trofim Lyssenko. Kaftanov est alors nommé directeur de l’institut Karpov et obtient le titre de professeur en 1952. En 1953, il devient premier adjoint du ministre de la Culture, avant de prendre, en 1959, la tête du Comité d’État pour la radio et la télévision, preuve qu’il conserve une certaine influence alors que Khrouchtchev est à son apogée. De 1962 à 1973, il succède à Nikolaj Žavoronkov à la tête de l’Institut de technologie chimique Mendeleïev  de Moscou, où il avait étudié, avant de prendre sa retraite, à l’âge de 68 ans.

Parallèlement, il a été membre candidat du CC du VKP(b) de 1939 à 1952, et député du Soviet suprême d’URSS de 1946 à 1950 : la mort de Staline a donc mis fin à sa carrière politique.


KAGANOVIČ Lazar’ Moiseevič (1893-1991)

Nous nous limiterons ici à la formation et aux fonctions exercées après la guerre de cette figure centrale de la période stalinienne.

Né dans la famille d’un artisan rural de la province de Kiev, il s’embauche dès l’âge de 14 ans dans cette ville comme manœuvre dans un entrepôt, puis une meunerie, une scierie, une tannerie, une confiserie, avec des périodes de chômage. A 18 ans il entre au Parti social-démocrate révolutionnaire de Russie, comme bolchevik, et commence alors une carrière de révolutionnaire professionnel qui va le conduire à la clandestinité, puis, grâce à la révolution d’Octobre et à la Guerre civile, aux plus hauts postes à responsabilités. A partir de 1925 il est alternativement secrétaire général du Parti ukrainien, premier secrétaire du gorkom de Moscou, tout en étant secrétaire du CC du VKP(b) et en occupant diverses fonctions dans l’appareil du Parti. C’est lui qui parraine l’ascension de Nikita Khrouchtchev, lui permettant de faire des études à l’Académie industrielle de Moscou en 1929-1931 puis lui confiant des postes à responsabilités dans la capitale. A partir de 1935, il est plusieurs fois commissaire du peuple (ministre) : aux voies de communication, à l’industrie lourde, à l’industrie du combustible, à l’industrie pétrolière, avec le rang d’adjoint du chef du gouvernement (poste occupé par Staline après 1941) de 1938 à 1947 (sauf quelques mois en 1944). Après la guerre, pendant laquelle il a été membre du Comité de la défense d’État, où se prenaient les décisions stratégiques les plus importantes, il est ministre de l’industrie des matériaux de construction d’URSS, puis après un bref retour en Ukraine en 1947, à nouveau adjoint de Staline à la tête du gouvernement d’URSS. Il s’agit alors d’un poste d’importance, puisque cette date correspond justement à un renforcement du poids de cette instance, conformément à la rationalisation de la prise de décision encouragée par le dirigeant suprême, en matière économique surtout87. Parallèlement, Kaganovič dirige le Comité d’État d’approvisionnement matériel et technique de l’économie nationale de 1948 à 1952.

Après 1953, il conserve son poste de vice-premier ministre d’URSS, sous Malenkov puis Boulganine. Justement, on trouve ces trois hommes, ainsi que Molotov et Vorošilov, dans le noyau organisateur de la tentative d’éviction du Premier secrétaire qui a lieu en juin 1957, et qui restera dans l’histoire sous la dénomination officielle de « groupe anti-Parti », donnée par ses adversaires, partisans de Khrouchtchev, qui l’emportèrent. Membre du CC à partir de 1924 sans interruption, Kaganovič a siégé aussi au Politburo (après 1952 : Présidium) du CC du VKP(b) / PCUS de 1930 à juin 1957, date de son élimination de la direction du pays. Il est alors nommé à la tête d’un trust industriel dans l’oblast’ de Sverdlovsk, avant de prendre sa retraite en 1959, et d’être exclu du Parti en décembre 1961, tout comme Molotov peu après.

Son rôle dans les réformes de l’enseignement est modeste, par rapport à d’autres domaines où il est intervenu directement, y compris sous Khrouchtchev – par exemple pour la loi sur les retraites d’État du 14 juillet 1956, dont le projet avait été élaboré et déposé alors qu’il présidait le Comité d’État près le CM d’URSS pour les questions d’emploi et de salaire. Justement, son passage à ce poste, de mai 1955 à juin 1956, témoigne de son intérêt pour des problèmes qui sont au cœur de la genèse de la loi sur l’enseignement de 1958 – même si ensuite, de septembre 1956 à mai 1957, il a retrouvé le ministère de l’industrie des matériaux de construction.
KAIROV Ivan Andreevič (1893-1978)

Né à Riazan, fils d’un petit responsable de la banque d’État, il étudie à la Faculté de mathématiques et de physique de l’université de Moscou, dont il sort diplômé en 1917, année où il entre au Parti (c’est donc un Vieux bolchevik). En 1920 il obtient un poste administratif à la direction des sovkhozes et en 1923-24 il est à la tête du Département d’enseignement agricole de l’administration scolaire de l’oblast’ de Moscou (Mosoblono), puis de la direction de l’enseignement professionnel de la RSFSR (Glavprofobr), jouant un rôle actif dans la création d’établissements agricoles techniques. Dans le même temps il entame une carrière pédagogique et scientifique à l’Académie agricole Timiriazev de Moscou en 1925, où il devient professeur, en 1929, avant de recevoir le grade de doktor ès sciences pédagogiques, en 1935. Ses seuls travaux théoriques datent de cette période, et sont consacrés à l’instruction agricole et aux écoles rurales. A la fin des années vingt, il est chargé de collecter des informations sur certains pays étrangers, qu’il consigne dans une brochure intitulée « L’enseignement agricole de masse en Allemagne et au Danemark » (1929). A cette époque il est entré dans l’appareil du CC du VKP(b), prenant la tête en 1935-36 du secteur des écoles d’enseignement agricole. Ce passage à la direction du Parti, en pleine Terreur stalinienne, le propulse à la direction de la chaire de pédagogie de MGU puis du MGPI, où il reste de 1937 à 1948. Il est un des auteurs, avec entre autres Nikolaj Gončarov, d’un Manuel de pédagogie pour les VUZ, édité en 1939, puis à nouveau en 1948 et en 1956, qui a exercé une grande influence sur le travail des enseignants du supérieur, prônant notamment la prise en compte de l’âge des étudiants tout au long des études. Il est aussi l’un des rédacteurs-consultants de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958).

L’après-guerre accélère sa carrière : Kairov est élu directement membre, vice-président (1944), puis président de l’APN (1946), succédant à Vladimir Potëmkin, également ministre de l’Instruction de RSFSR en 1940-46. A partir de 1949, Kairov cumule lui aussi ces deux fonctions, ayant remplacé au ministère Aleksandr Voznesenskij, frère de l’économiste Nikolaj – les deux ayant été victimes de « l’affaire de Leningrad » cette année-là (avec le prédécesseur de Potëmkin au Narkompros, Pëtr Tûrkin). En 1956, Kairov laisse le ministère à Evgenij Afanasenko, tout en conservant la présidence de l’APN. Sa mauvaise gestion des effectifs enseignants semble lui avoir coûté sa place de ministre, suite à une lettre de dénonciation envoyée par un employé du Minpros RSFSR et traitée au Département du CC du PCUS88. Mais les reproches formulés quelques mois plus tôt à l’encontre de l’APN ont probablement aussi joué un rôle, le CC du PCUS préférant mettre fin au cumul des deux postes. Après avoir quitté la tête de l’APN en 1966, l’année où celle-ci s’étend officiellement à toute l’URSS, il reste membre de son Présidium jusqu’en 1971, et y dirige jusqu’à sa mort un des laboratoires de recherche. Son départ s’explique sans doute en partie par la contestation interne croissante qui s’est exprimée au sein de l’APN, surtout dans les dernières années ; par ailleurs, il est probable que la nouvelle équipe au pouvoir reproche à Kairov sa soumission passée à la politique khrouchtchévienne89. Sa carrière comporte d’autres gratifications et postes honorifiques : élu à la Commission centrale de révision du PCUS lors du XXe Congrès, il est aussi député au Soviet suprême de 1954 à 1966.

En plus d’être un homme d’appareil, ayant bénéficié des voies de promotion du stalinisme (y compris les purges), Ivan Kairov a mis en avant ses compétences dans une sphère stratégique pour le régime : la « pédagogie agronomique », la « propagande des connaissances agricoles », et l’organisation de l’enseignement technique dans ce domaine clef de l’économie. Il est donc particulièrement bien placé pour relancer la « polytechnisation » de l’instruction, en particulier dans les campagnes, puis pour faire approuver la réforme de 1958, à laquelle il a apporté une contribution décisive. Mais c’est une figure très controversée : il fait l’objet de nombreuses critiques internes dès le début des années 1950 sur sa gestion de l’APN, puis dans les années 1960, au point que des soviétologues occidentaux voient en lui l’artisa d’une résistance « conservatrice » au pouvoir90. Pourtant, lors de la première discussion sur la réforme scolaire en mai 1957 au CC du PCUS, il approuve ostensiblement et en tous points la position de Nikita Khrouchtchev91. Par la suite, Kairov s’oppose à Zelenko lors des réunions de septembre 1958, et il est chargé de rédiger la section des Thèses consacrée à l’enseignement secondaire, en partie avec Afanasenko. Il est même le rapporteur principal de la loi, lors de son vote au Soviet suprême. Pendant la discussion publique de l’automne 1958, il incarne la ligne officielle, suivant toutes ses évolutions. Ainsi, après avoir défendu dans la presse la première variante radicale prévoyant la suppression des écoles secondaires (Pravda du 6 septembre), il ouvre l’assemblée générale de l’APN du 25 novembre en soulignant la justesse des Thèses publiées quelques jours avant. Dans le même temps, il évoque les « doutes » concernant la création d’écoles spéciales « pour enfants doués ». Sa position est si proche de celle des Départements du CC du PCUS qu’il cite alors Vasilij Derbinov comme auteur d’une position correcte sur la question du type d’école secondaire92.

Sur le plan scientifique, Kairov n’a pas été l’instigateur d’une ouverture particulière de sa discipline. Rédacteur en chef de la revue Pédagogie soviétique (Sovetskaâ Pedagogika) de 1942 à 1950, il participe alors à l’édition des œuvres d’Anton Makarenko : quatre livres en 1949, puis sept tomes en 1950-1952, réédités en 1957-1958, lors de la relance des idées de polytechnisation93. Il collabore aussi à l’édition des œuvres de Nadežda Krupskaâ (de 1957 à 1963) et Stanislas Šackij (de 1962 à 1965), et dirige la publication du Dictionnaire pédagogique (2 tomes, 1960) et de l’Encyclopédie pédagogique (4 tomes, 1964-68). En 1963, il signe encore un ouvrage à la gloire de Makarenko, pour le 75ème anniversaire de la naissance du pédagogue ukrainien. Ainsi son travail de recherche est à peu près nul, sauf un ouvrage général intitulé Problèmes contemporains de la science pédagogique et rôle des recherches scientifiques, en 1962, mais en revanche il figure dans un grand nombre d’entreprises éditoriales prestigieuses, et rémunératrices. Il est d’ailleurs mis en cause par le ministère du Contrôle d’État de RSFSR, en 1954, dans une affaire de rémunérations excessives pour des publications de l’APN, avec d’autres responsables et théoriciens, mais proteste de sa bonne foi et reste en place, malgré le limogeage du directeur de l’édition94.
KALAŠNIKOV Aleksej Georgievič (1893-1962)

Diplômé, tout comme Ivan Kairov dont il est l’exact contemporain, de la Faculté de mathématiques et de physique de l’université de Moscou, il entre dans l’appareil du Narkompros de RSFSR dès 1919 (à l’âge de 26 ans) et enseigne dans différents VUZ et écoles secondaires moscovites dans les années 1920, avec le titre de professeur en 1926. Il passe alors pour un partisan et un théoricien de l’enseignement polytechnique, qu’il définit comme « une expérience de travail scientifiquement élaborée » par les adolescents, faisant appel à des disciplines complexes (étude des machines, de l’énergétique de la production, des matériaux, etc.) et donc aux sciences appliquées, mais aussi à l’histoire de la technique et de l’organisation sociale du travail. Il prône la transformation du deuxième cycle du secondaire (les dernières classes) en cursus professionnel : c’est une idée qui sera reprise lors de la préparation du projet de réforme de 1958, défendue notamment par Genrih Zelenko et Nikita Khrouchtchev au début, mais cette fois en laissant de côté, ou presque, toute la dimension scientifique.

Kalašnikov est l’initiateur et l’un des auteurs de la première Encyclopédie pédagogique soviétique (1927-1930). Mais en 1929-1931, au moment du Grand tournant et de la campagne contre les spécialistes bourgeois, il est critiqué pour « tendance droitière en pédagogie » en raison de sa définition de l’éducation (vospitanie) comme « l’auto-changement organisé et conscient de l’individu impliqué dans le processus de changement de ses conditions d’existence »95. Pourtant, il continue de travailler comme chercheur à l’Institut de l’enseignement polytechnique fondé à Moscou en 1931, devenu en 1937 l’Institut de l’école secondaire, puis, après cette date, dans un tout autre domaine : à l’Institut de physique de la Terre de l’AN SSSR, auquel il reste rattaché jusqu’à 1953.

En 1945, sa carrière dans l’appareil connaît un élan nouveau : il devient l’adjoint, puis le ministre de l’Instruction de RSFSR, succédant à Vladimir Potëmkin. Mais il reste à ce poste moins de deux ans (1946-1948) : c’est le passage à ce ministère le plus court de toute l’histoire du pays avant 1991 (si on excepte son successeur Aleksandr Voznesenskij, victime de « l’affaire de Leningrad » avec son frère Nikolaj en 1949). Parallèlement, Aleksej Kalašnikov entre à l’APN, d’abord comme membre correspondant (septembre 1945) puis comme membre actif (février 1947). Curieusement, c’est en sciences physico-mathématiques qu’il obtient son doctorat (1946) ; mais c’est bien dans les institutions pédagogiques qu’il termine sa carrière, travaillant au Département des méthodes d’enseignement des disciplines de base à l’école primaire et secondaire puis, de 1953 à 1961, à l’Institut des méthodes d’enseignement de l’APN. A ce titre, il joue un rôle important dans la relance de la réflexion et des expérimentations sur la polytechnisation en 1952 : chef de la section pour les questions de contenu et de méthode de l’enseignement polytechnique, dépendant de la « commission scientifique sur les questions de l’instruction polytechnique », il anime de nombreuses discussions sur ce thème (voir supra, chapitre 1).

En 1957 il se voit confier la rédaction d’une nouvelle revue, L’instruction polytechnique (Politehničeskoe obučenie), qui devient en 1960 L’école et la production (Škola i proizvodstvo) ; il y publie plusieurs articles qui revendiquent une approche scientifique, et non idéologique ou utilitariste, des réformes en cours (par exemple : « Les principes polytechniques dans l’étude des bases des sciences fondamentales », paru dans le n°2, 1961)96. En 1958, dans les discussions au Présidium de l’APN, il se montre pourtant un partisan acharné de la polytechnisation, et, avec Mihail Skatkin et d’autres, un adversaire de la « différenciation » défendue notamment par Nikolaj Gončarov.
KAPICA (KAPITSA) Pëtr Leonidovič (1894-1984)

Fils d’un ingénieur militaire basé à Cronstadt, il étudie à l’Institut polytechnique de Petrograd dont il sort diplômé en 1918 ; il fait alors la connaissance de Nikolaj Semënov, qui étudie à l’université de Petrograd – ils ont, comme professeur commun, le physicien Abram Ioffe (1880-1960), par ailleurs organisateur et directeur de l’Institut physico-technique de l’AN SSSR à Leningrad97. Il y travaille pendant la guerre civile, à la chaire de Ioffe (ses premiers résultats sont l’œuvre d’un travail collectif avec Semënov), avant d’être envoyé en 1921 en Angleterre pour continuer des recherches expérimentales sous la direction du physicien britannique E. Rutherford. Il est accompagné par son épouse, Anna Alekseevna Krylova, fille du savant et ingénieur léningradois Aleksej Krylov, lui-même académicien depuis 1916 (et lauréat du prix Staline en 1941). Les résultats des travaux de Kapica, alors qu’il est directeur adjoint, puis directeur de laboratoire à Cambridge, puis à Londres à partir de 1930, lui permettent d’être élu membre correspondant (1929) puis académicien (1939) de l’AN SSSR. Mais en 1934, il est contraint, au cours d’un séjour dans sa patrie, de rester en URSS et d’y faire venir sa famille et ses documents de travail. En échange, il obtient que soit créé spécialement pour lui l’Institut des problèmes de physique de l’AN SSSR. Lauréat du prix Staline en 1941 et en 1943, puis Héros du travail socialiste en 1945, il connaît pourtant une disgrâce pour avoir osé demander par écrit à Staline, cette année-là, de lui laisser les mains libres (en particulier à l’égard de Lavrentij Beria) dans sa recherche pour fabriquer de l’oxygène liquide dans le cadre du projet atomique soviétique : il doit quitter son institut, dont la direction est confiée à Anatolij Aleksandrov (1903-1994). Kapica conserve quelques fonctions, notamment celle de professeur à MGU, puis à l’Institut physico-technique de Moscou, qu’il a contribué à fonder, à partir de la faculté du même nom, avec d’autres physiciens et mathématiciens, et poursuit parallèlement ses expériences dans sa maison des environs de Moscou.

En 1955, il retrouve la direction de son institut, mais aussi de la rédaction de la Revue de physique expérimentale et théorique, créée à sa demande pour réunir les contributions des physiciens de son pays. Il devient membre du Présidium de l’AN SSSR à partir de 1957. Parallèlement, il devient le rédacteur en chef de la Revue de physique expérimentale et théorique. Membre du mouvement international Pugwash créé en 1957, il se manifeste peu sur la scène publique soviétique, publiant peu d’articles sur des questions s’écartant du domaine scientifique. En revanche, il entretient toute sa vie une correspondance écrite avec les plus hauts dirigeants du pays – plus exactement, il adresse à Staline, Molotov, Beria, Malenkov, Khrouchtchev et d’autres encore une multitude de lettres dont les plus importantes ont fait l’objet d’une édition sous forme de livre au moment de la Perestroïka98. Ami de Semënov, Kapica n’intervient pas ouvertement, comme ce dernier, dans le débat sur la réforme de l’enseignement – que ce soit dans la presse ou lors des réunions internes (même s’il assiste, sans dire un mot, à celle du 19 septembre 1958). Cependant, la lettre qu’il adresse à Khrouchtchev le 21 octobre comporte une allusion indirecte à son Mémorandum, publié un mois plus tôt : Kapica y estime que« le moment n’est pas loin où le rôle du travail physique sera pratiquement réduit à néant ».

Dans les années qui suivent, le physicien intervient peu sur les questions d’éducation ; mais en septembre 1970, lors d’un discours devant des physiciens hongrois, il met en cause le bien-fondé des écoles spéciales en mathématiques et en physique, les jugeant « néfastes » pour le développement général du secondaire99. Ce texte, publié ensuite dans la Komsomol’skaâ pravda et dans la revue Voprosy Filosofii, suscite de nombreuses réactions, parmi lesquelles celle d’Andrej Kolmogorov : il en résulte un échange épistolaire, publié en 1972 par Voprosy Filosofii. Kapica reconnaît avoir exagéré, et affirme son soutien à ces établissements100. En 1978, à la suite de nombreuses tractations, il reçoit le prix Nobel de physique.


Ses deux fils ont eux aussi embrassé la carrière scientifique :
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