Montpellier SupAgro 1- 4 mai 2008




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Promotion 1968

Montpellier SupAgro

1- 4 mai 2008



QUARANTIEME ANNIVERSAIRE DE LA 93ème PROMOTION
Nous fêtions ensemble le 1er, 2 et 3 mai 2008, le quarantième anniversaire de notre promotion. La cohésion qui perdure entre nous ne semble pas tant due à l’esprit de corps qu’aux événements de l’époque et aux prolongations que nous en avons jouées à l’ENSA.M. Les A.G. ont certainement contribué, au travers d’échanges parfois fort vifs, à nous organiser et agir collectivement, à faire plus rapidement et plus amplement connaissance.

Cet anniversaire a connu une plus grande affluence que les précédents puisqu’il a rassemblé 51% de l’effectif total de la promotion contre en moyenne environ 30%. Pourquoi un tel succès ? Vraisemblablement en raison de la nostalgie de la jeunesse venant avec l’âge, de la possibilité de revoir l’école mais surtout en raison de l’actualisation des adresses, du démarchage insistant et des dons de persuasion des organisateurs.



Le onzième de ces rassemblements depuis notre sortie de l’école, a été organisé cette année par Alain Bouquet, Armand Boyat, Alain Carbonneau, Jacques Fanet, Bernard Poinso, Yves Reyne et Jacques Teyssier. Que du beau linge, avec pignon sur rue, dans la recherche, l’enseignement à Montpellier SupAgro et la promotion des vins languedociens dont ils n’ont pas été avares !
Jeudi 1er mai :
Accueil et dîner à l’Héliotel, à Montferrier, promu pour quelques nuits dortoir commun à nombre d’entre nous. Assuré de l’indulgence du président à vie dont il cire régulièrement les pompes, le minibarde autoproclamé, Joël Duval, accabla les convives de ses pauvres vers de mirliton pour annoncer le programme de nos deux journées de rencontre, déjà connu grâce au document illustré, envoyé par Alain Carbonneau. Outre l’inutilité du discours, jugez de l’irrespect de la métrique, de la pauvreté de la rime, de la quasi absence d’allitération, de l’indigence du vocabulaire !
Comme toujours Jean-Daniel, nos trois jours va conclure.

Ce soir, chers camarades, je les inaugure,

Vous rappelant le programme des festivités

Qui, par le comité, a été concocté.
Demain, à l’aube, dans l’amphithéâtre Pasteur,

Nous serons diplômés par deux vieux professeurs.

Pour nous remettre de cet instant d’émotion,

Nous recevrons, en guise de décoration,

Une flasque de septembrale décoction,

Portant sur l’étiquette la mention :

« Quarantième anniversaire de la promotion ».
Débutant la journée avec ce biberon,

Plein de gaîté, au musée Fabre, nous irons,

Y admirer un choix commenté de peintures,

Car, dans ce riche musée, en sont couverts les murs.

.

Puis comme il y a déjà près de quarante années,

A la cantine de l’école nous irons déjeuner,

Dégustant deux cépages, de croisements bien nés,

Présentés par l’ami Bouquet et non Fanet :

Un Caladoc rosé et un rouge Marselan,

Du Chapitre, deux ronds chanoines truculents.
Mais attention, ne buvez pas comme des polaks,

Car nous repartons aussitôt chez Jean Orliac.

Il ne faut pas, dans le nez, en avoir un coup,

Pour découvrir l’A.O.C. du Pic Saint Loup.

Ceux qui n’auront pas su tous les vins recracher,

Pourront, à Sauve, aux Cazernes de dragons,

Embrocher les éléphants roses et les cons,

Dans un spécial musée, n’en faisant qu’une fourchée.
Sur le campus on reviendra,

Y faire le plein de caisses de Syrah,

Qu’en nos charrettes on chargera.
Nous dînerons enfin au Mas de Saporta,

Grâce à Fanet goûtant encore des vins et, basta,

Pour cette première journée de fiesta.

De pinard nous aurons eu un quota,

Suffisant pour en répandre en nos galetas.
Le lendemain, au sortir du vomitorium,

Nous irons visiter à Lupianum,

La riche villa d’un vaste latifundium.

Mais assez vite pour sacrifier à Bacchus,

Du Picpoul de Pinet, se fera vite un consensus,

De trognes enluminées qui prendront le contrôle,

Des cuves et des bouteilles en cave de Pomerols.

Du Picpoul, au restau, il parait qu’on en sert,

Encore ad libitum sur de bons fruits de mer.
L’après-midi nous irons sur l’étang de Thau,

Faire un petit tour de bateau,

Voir un élevage conchylicole,

Des produits pour une fois sans alcool !
Par la brise du large bien mis en appétit,

Nous nous rendrons, à l’Hippocampe, un bon resto,

En l’annexe de l’ENSA.M, à Palavas-les-Flots,

Où notre dernier banquet sera vite englouti.

Au milieu des discours, des chants, des confettis,

Prenez garde, mes chers camarades,

Aux deux cépages encore en embuscade,

Chardonnay et Merlot, en association,

Provoquent de blâmables indispositions !
Certains, par leurs regards sans pitié, m’assassinent,

D’autres s’en foutent complètement, ils ruminent,

D’autres dorment déjà, c’est trop long, j’en termine.
Ils ont mis, en commun, près de 420 ans, 

Pour de la promotion prévoir ses quarante ans,

Que nos amis Bouquet, Boyat et Carbonneau,

Sans oublier Fanet, Reyne, Teyssier, Poinso.

De s’être décarcassés soient vivement remerciés,

Ces journées bien remplies seront fort appréciées.
Les organisateurs ont bien essayé de l’empêcher de nuire en nous séparant dans deux salles différentes. Pareille disposition, loin d’être un empêchement pour notre navrant rimailleur, fut au contraire l’occasion pour lui d’avoir le plaisir, non dissimulé, de s’écouter parler deux fois.
Pour le personnel mobilisé, il est vrai un premier mai, la nécessité de fermer les salles à manger, seuls lieux de réunion possibles, nous a chassé vers nos lits un peu plus tôt que prévu. Nous avons donc dû nous passer d’infusion dormitive et remettre certaines effusions au lendemain.

Vendredi 2 mai :
Le matin
A l’aube, était prévue la remise solennelle, dans l’amphithéâtre Pasteur du château de La Gaillarde, de nos diplômes tant attendus. Avant même la cérémonie, notre groupe se trouva mélangé avec un certain nombre de jeunes étudiants qui attendaient patiemment le début des épreuves aux concours Agro-Véto 2008. Leur inquiétude manifeste à la pensée que l’administration avait oublié cette année de fixer une limite d’âge aux candidatures fut rapidement levée par l’apparition d’Alain Carbonneau brandissant la bannière de la promo créée pour la circonstance et décorée par Annette, son épouse. Ce sésame souleva chez nos futurs jeunes confrères un tonnerre d’applaudissements, montrant clairement que l’année 1968 n’était pas prête de sortir de la mythologie étudiante !
Cette fraternité retrouvée entre générations éloignées fut, hélas, quelque peu mise à mal par l’intervention de l’organisatrice des épreuves qui nous fit clairement part de son souhait que nos retrouvailles se fassent dans la discrétion, les salles de concours n’étant pas très éloignées de l’amphi Pasteur. Souhait d’autant plus justifié qu’en matière de discrétion, les festivités avaient assez mal commencé : le transfert dans l’amphi Pasteur des bouteilles destinées à accompagner la remise de nos diplômes, avait déclenché une alarme sonore intempestive qui dura un bon quart d’heure, avant qu’une personne compétente, donc extérieure à notre groupe, parvienne à la museler. Contrairement à ce que l’on pouvait craindre, ce souhait de l’organisatrice fut presque exaucé. L’ambiance en pâtit-elle un peu ?
La remise des diplômes fut orchestrée par deux de nos anciens enseignants, Pierre Grignac professeur de Phytotechnie et Amélioration des Plantes et Christian Olivieri professeur de Technologie-Oenologie, qui se prêtèrent avec bonhomie à ce qui ressembla plus à un remake de certains épisodes mémorables ayant eu lieu il y a quarante ans dans cette enceinte vénérable, qu’à une remise policée de diplômes dans une université anglo-saxonne. Chaque impétrant fut lyriquement portraituré par le Professeur Alain Carbonneau que l’on ne peut plus arrêter depuis qu’il enseigne la viticulture en alexandrins et qui, réflexe professionnel aidant, nous a refilé le polycopié de son intervention afin que les désordonnés et les oublieux ne fassent pas l’impasse sur ces dithyrambes. Pour les distraits ou les désordonnés ayant déjà égaré le dit polycopié, ce dernier est reproduit ci-dessous :

Bienvenue à l’Ecole pour grand anniversaire

De notre promotion, unique en cette terre !

L’humour sera de mise, entre de vieux amis,

Car depuis soixante huit, nous avons tant appris :

Par exemple différence entre rien et zéro !

Une copie sans rien, vaut seulement zéro !

Mais…
Chers amis il est temps de remettre diplômes !

Mieux vaut tard que jamais, et deux grands professeurs,

S’ils nous en jugent dignes, moyennant une aumône

Qu’en vers leur donnerai, vont officier sur l’heure !… »
Le hasard le plus pur nous l’a tout désigné,

Comme étant le premier à être médaillé…

Puis l’ordre alphabétique sera vite enchaîné :

Voici pour commencer, Poinso le chamaillé !


Bernard POINSO :

Il n’y en eût qu’un seul au monde, et nous l’eûmes !

Son esprit enfumé tout autant que caustique,

A laissé son empreinte, et encore l’on hume,

L’odeur ‘papier maïs’ sous sa mèche unique !
Christian PRADE :

Président vigneron, tu mets cœur à l’ouvrage,

Sur la rive ‘royaume’ du grand fleuve, le Rhône,

Tu cultives en famille, sur des arpents hors d’âge,

Ton ‘pré carré’ de vignes : ton vin est un icône !
Yves REYNE :

N’ayons pas peur des mots, nous lui devons respect,

Même s’il s’en défend, il est roi par nature !

Exemple de courage, et pour bien des aspects,

La camaraderie est là, sois en sûr !
Vincent RICHAUD :

En dehors de la vigne, il a presque tout vu :

Du tronc noueux des arbres à fragile fleurette,

Passant par la semence, maïs bien entendu,

Il trouva direction, sans oublier la fête !
Maurice ROCHET :

Il atteint le sommet de la démonstration :

Que l’Agro mène à tout, si l’on sait bien bâtir !

Pilier inamovible de notre promotion,

Au rugby, c’est un roc : il nous a fait grandir !
Claude ROUJEAN :

Bagnard rayé de noir, hantant nos nuits fantasques,

Il fit école et bien plus d’un débaucha,

Suivre les cours du soir, prison emplie de frasques !

Mais pour l’exam, s’éveilla ! Son surnom : poisson chat !
Denis SOULAT :

Honni soit qui Mali pense’ est loi pour Denis :



Ouagadougou - Polytechnique n’est point malienne,

Mais Faso – Burkinaise ! Au pays non honni

Du roi Premier François, pédagogie fut sienne ! 
Jacques TEYSSIER :

Par le poil de la bête il a fait son métier,

Un métier à tisser, car né prédestiné :

Tisserand est son nom ; et en digne héritier,

Il tond tous ses moutons, par leur laine, obstiné !
Gérard TROUCHE :

Toi, Trouche de Lodève, tu es vrai paysan !

Ton nom vient du mot ‘tronc’ : c’est une belle souche !

Celui de ton canton, de la boue, bien collant,

A l’étude des sols que tu délites en couches !
Gérald ALLAIN :

Inscrit de dernière heure, mais premier de la liste,

Ton nom n’est point prénom, mais trace des barbares,

Qui franchirent le Rhin et trouvèrent la piste

Du Midi accueillant dont tu n’es point avare !

Louis AMANDIER :

Ton nom évoque en nous la douceur du printemps,

Les bouquets de fleurs blanches dans la tendre nature …

P’tit Louis facétieux, botaniste éminent,

De nos forêts-refuge et de l’agriculture !
Jean-Daniel ARNAUD :

C’est notre porte-voix, auteur de bon aloi,

C’est notre chef de chœur, et du cœur il en a !

De la gueule aussi bien, et de l’esprit gaulois,

Nous te rebaptisons : Jean-DaniX deviendra !
Jacques BALSSA :

B, comme bienheureux retraité !

A, comme arbre fruitier !

L, comme légume non traité !

S, comme le ‘S’ ci-après cité !

S, comme le ‘S’ ci-avant cité !

A, comme cher administré !

Notre tout est Balssa !
Jean BARBIER :

Il n’est point de Séville, ni même de la ville !

C’est l’homme des rizières, faux air asiatique !

Au mas ‘Claire farine’, il coule vie tranquille,

Que seul perturbe un peu le grésillant moustique !
Maurice BATAILLE :

Gignac est sa patrie, mais vie imprévisible,

L’amena au Vieux Port près de la Bonne Mère :

Il conquit la mairie, de manière ostensible,

Du pastis de Marseille fit industrie, peuchère !
Jacques BLONDY :

Il fut homme des prés, de Paris allons donc :

Saint Germain, rive gauche, et ténébreux poète,

Attentif à son tif, qui fait mentir son nom,

Puisant inspiration en fumant sa pipette !
Alain BOUQUET :

Le bouquet coloré de fraîches fleurs dorées,

Ne lui sied qu’en partie, car son nom, si sublime,

Signifie ‘petit bouc’, dans les monts du Forez,

Tenace et combatif : ‘bilou’ pour les intimes !
Pierre BOURGENOT :

Il a nom printanier, courtise dame Nature,

S’entraîne avec les fleurs ; sa piaule est un zoo !

Apprend à l’extérieur ce qu’en cours on endure,

Guitare en bandoulière, rejoues-la nous Bozo !
Armand BOYAT :

Un fan d’agriculture, un accroc du maïs,

Il a creusé sillon, bien droit, comme on l’enseigne ;

La fourche est son emblème, mais son plus cher pays,

Est Beaujolais fleuri, et dans le vin il baigne !
Alain CARBONNEAU :

Le nom, à lui tout seul, est synthèse organique :

Carbone, azote et eau, en forment la substance !

Carbo, pour les intimes ; racine véridique :

Charbonnier au charbon, et vin pour pénitence !
Claude COLLE :

Espèce protégée, endémique du Var,

Du fond de sa caverne, Homo collus pourchasse

Les atomes crochus, mais c’est plutôt au bar,

Qu’il donne rendez-vous…en rentrant de la chasse !
Alain CORNIER :

Digne représentant du carré de Paris,

Il fut marqué à vie par ses fumées uniques,

Déclinant à l’envie la phytopharmacie,

D’alambic au cornu, Cornier l’agro-chimique !
François DOZOL :

Quel étrange destin, que sans rien potasser,

Tu arrives au sommet des engrais potassiques !

Grisé par le succès, sans jamais te lasser,

Tu crées jeune entreprise pour engraisser l’Afrique !
Joël DUVAL :

Elle est à toi, cette chanson,

Toi Joël qui sans façons,

D’un air malicieux nous sourit,

Quant ta guitare tu pris…

Ce n’était rien qu’un p’tit refrain,

Mais dans nos cœurs il chante encore,

Avec manière et grand entrain !
Jacques FANET :

Mécano de génie, il loupa ses rallyes !

Il découvrit les sols, au détour d’un virage,

Et depuis ce temps là aima pédologie,

Racine de la vigne, et tous les vins hors d’âge !
Gérard FAURE :

Ne cherchez pas trésor dans son surnom ‘d’opale’ !

Rumeur dément tout lien avec nom de ‘maïs’ ;

Rappelle au contraire génial visage pâle,

Opalon Cassidy, d’un autre beau pays !

Evelyne FEVRE (LAURENT)

Seule ‘agrelle’ égarée dans la tribu volage

Des Agros attisés par tes charmes uniques,

Tu trouvas sain refuge dans la Promo hors d’âge,

Puis t’enfuis au Gabon pour des causes magiques ! 
Gérard GAILLOT :

Est-il papa Gaillot ? ou alors pas papa ?

Pour sûr papa sans pou, encore moins papou,

Papou papa non plus, ni papou pas papa :

Lui seul a tout suivi : papagayo pour nous !
Michel GAUTIER :

Oublions Théophile et parlons de semence !

De son fief parisien qu’il investit très tôt,

Il dresse statistique et rend juste sentence : 

Il jongle avec les chiffres bien plus qu’avec les mots
Jean-Claude GERMON :

Tel Vulcain au profond des entrailles terrestres,

Tu forges dans le sol la science des germes,

Tes gènes ligériens germent au fond de ton être,

Comme levure au vin que tu bois dans ta ferme !
Didier GOURDIN :

A cerner de trop près ton nom évocateur,

On s’attendrait, pour sûr, à retour de bâton !

Nous retiendrons l’emblème, président fondateur,

Du sceptre impérial, Charlemagne dit-on !
André GOUZON :

Le seigneur de l’Aigoual cumule les trophées :

L’œil perçant du savoir, la barbe impériale,

La pipe du grand sage, papy l’ont fait nommer !

Vigneron transhumant, rejoins ton piédestal !
Jean HAPPE :

L’origine brumeuse de ce nom, bien flamand,

Fut contestée, un jour, par le grand exégète :

Poinso le baptisa, en bas latin courant,

Hapion pisi’, cousin lointain du ‘méligète’ !


Pierre HIERNAUX :

Longue vie Président ! Sors de ta stratosphère,

De la recherche bio, où tu vis bienheureux

En belle ville rose, loin de Paris si fière,

Dans un cercle d’amis qui fait des envieux !
Jean-Paul JACOB :

Lorsqu’on arrive au bout de ton pont d’Avignon,

On fait chemin inverse et apprend symétrie …

Si l’on procède ainsi en épelant ton nom,

On trouve donc ‘bocaJ’ et lien avec Agri !
Kamal KARAA :

Oublie qu’en phénicien le noir se dit Karaa !

Du Liban retenons la majesté du cèdre :

Kamal de Qaraaoun, seigneur de la Bekaa,

Dompteur du Litani, jamais tu ne vas perdre !
Hans KEMPF :

En plein pays cathare le blond se fond dans l’ombre,

Aux authentiques audois, avec tout ton bon sens,

Tu as masqué ton nom par l’ajout de ce nombre :

Sept cent quarante cinq, qui suit Kempf, qui suit Hans !
Jacques LEPART :

Lepart roule à vélo… écologie oblige :

Ecolo, que non point ! Ecologue dans l’âme !

Si l’on connaît le grec, c’est objet de litige :

L’Eco est le logis : pourquoi ce pléonasme ? 
Robert LIFRAN :

Ce n’est que sur le tard qu’il porta le chapeau,

Pour mettre à couvert son outil de travail !

Pour tous, économiste, économe de mots,

Mais d’idées point avare : bienvenue au bercail !
Jacques MAUBUISSON :

Son instinct le conduit, sur les sentiers champêtres,

L’école buissonnière est son vrai paradis !

C’est au fond de l’Afrique qu’il révéla son être :

Bas débit ‘ internet’, mais tout en haut Déby !



Yves PINEL :

Pinel, quitte l’Afrique et retrouve sa terre :

Dans le pays de l’ours, au pied des Pyrénées,

Il conquiert territoire … en gascon mousquetaire,

Il ferraille ce fauve avec son opinel !

Chacun d’entre nous descendit humblement et prudemment les marches particulièrement raides de l’amphi pour entendre le compliment que notre camarade professeur fit en son honneur et recevoir le fruit de son travail acharné … en activités annexes (restauration de voitures, maçonnerie, réhabilitation d’une prison, concours de pétanque, pêche aux anguilles dans le Lez - il y en avait encore à cette époque bénie -, chasse, cueillette des champignons, drague intensive de filles …, selon les affinités de chacun) et la preuve de sa valeur sur le marché du travail qu’il s’apprête à quitter ! Chacun se vit offrir une bouteille de la cuvée spéciale du 40ème anniversaire, dédicacée par le professeur Carbonneau. Pierre Bourgenot nous gratifia généreusement d’un ou deux couplets de Bozo nous rajeunissant de quarante ans.
Nos deux professeurs se dirent ravis et flattés d’avoir été sollicités pour cette cérémonie mémorable, sans avoir recreusé le sillon de Babotte maintenant refermé. Ils furent remerciés de leur contribution par le professeur Carbonneau casant par là deux cartons supplémentaires de son cru ! Christian Oliviéri montra à quelques intimes un recueil de textes, rassemblé par ses soins, qui firent flores en mai de l’année de notre arrivée sur le Campus de La Gaillarde (annexe 1). Le souvenir d’un Luc Barret y flotte encore !
Le recueil des notes attribuées à nos travaux durant les années d’école fut mis à notre disposition, pour consultation en libre service. Son examen réserva bien des surprises à nombre d’entre nous ! Les diplômes fraîchement délivrés furent rapidement récupérés, de même que les bouteilles, par nos GO soucieux de ne pas risquer de casse ou de mélange dans le bus.
Le passage sur le perron de l’Ecole, hélas privé du vénérable cyprès de Lambert qui ombragea notre jeunesse et finit par ne plus supporter le poids des ans, fit l’objet de moult photos de l’assemblée : couples et singles, anciens élèves, épouses ou conjointes, sous la bannière de la promo.
Si les épreuves du concours, dans les salles voisines de l’amphi Pasteur ne furent pas perturbées (on nous fit savoir par la suite que nous avions été très corrects !), ce ne fut pas le cas de la minute de recueillement prévue devant notre logis d’étudiant converti en bureaux administratifs. Elle fut troublée par une bombe à eau, lancée par un président toujours soucieux de créer une ambiance détendue et elle humidifia quelque peu un autre président (la promo n’est manque pas !). Le lanceur, par contre, manquait un peu d’adresse malgré une formation initiale poussée, faute d’avoir maintenu l’entraînement !

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Enfin, après l’Ecole d’agronomie, temple de la (gri)culture par définition, nous nous rendîmes dans un autre temple, en l’occurrence le musée Fabre qui renferme une très riche collection publique, 900 œuvres du XVème au XXIème siècle.
Constitué à partir d’une donation initiale à la ville de Montpellier faite en 1825 par le peintre, expert et collectionneur d’objets d’art, François Xavier Fabre, le musée s’est enrichi progressivement de différentes donations dont la plus récente est due à Pierre Soulages.
Divisés en trois groupes, nous avons été confiés aux bons soins de trois charmantes guides qui nous ont commenté d’une manière extrêmement détaillée (annexe 2) une bonne quinzaine d’œuvres, principalement des peintures de différents styles.
Parmi les peintures espagnoles du XVIIème, une Sainte Agathe de Francisco Zurbaran nous rappela la délicatesse de son prétendant, le préfet Quintinus, qui lui fit couper les seins pour lui signifier qu’elle aille à d’autres saints se vouer, puisqu’elle ne voulait pas se marier avec lui … !

De pompeux tableaux mythologiques rappelant la légende d’Enée (Ah ! Didon…) furent heureusement compensés quelques couloirs plus loin par un charmant paysage évoqué par un artiste très « pointilleux » (A. Laugé) et un portrait féminin réalisé par un « fauve » de belle facture (Van Dongen).


Si la visite et les explications portèrent essentiellement sur des œuvres picturales, quelques statues de Houdon et de David firent également partie du lot, en particulier une saisissante statue en terre cuite de Voltaire, ce qui permit à quelques petits futés d’interroger nos guides sur l’endroit où était conservé le moulage du crâne de Voltaire enfant !
Quant à la collection des Soulages, emblématique du Musée Fabre qui lui consacre pas moins de 3400 m2 (cela fait peut-être un peu beaucoup …!), elle ne fit pas l’unanimité et beaucoup eurent de la peine à voir de la lumière dans le noir. Heureusement, nous pûmes rapidement nous réhabituer aux couleurs avec quelques peintures de l’école hollandaise et notamment deux natures mortes à base d’huîtres et de citron qui ne pouvaient que nous faire saliver d’avance à l’idée des agapes qui nous attendaient le lendemain. Naturellement, à l’issue de la visite, une poignée de rustauds imperméables à l’art moderne ne purent s’empêcher quelques plaisanteries faciles, au moment de vider leurs vessies (ça soulage ...!) dans les locaux prévus à cet effet, en prévision des abondantes libations qui nous attendaient dans le courant de la journée.

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Midi (déjeuner) :
Accueil à la cantine de l’Ecole dans le look aseptisé de laquelle nous ne reconnûmes point la vétuste salle basse où, étudiants, nous prenions nos repas. Notre ami Alain Bouquet nous présenta les vins fournis par la société de restauration, à savoir deux vins de cépages produits sur le domaine du Chapitre, un Caladoc rosé et un Marselan rouge, variétés nouvelles issues de croisements réalisés par l’INRA entre 1958 et 1961, longuement et soigneusement sélectionnées pendant une vingtaine d’années et cultivées sur des surfaces croissantes : plus de 3 000 ha pour le Marselan qui n’est pourtant classé recommandé que depuis dix ans et une surface équivalente pour le Caladoc, recommandé quant à lui depuis vingt ans.
Ces deux variétés sont cousines germaines, puisque la première est issue d’un croisement entre le Grenache et le Cot (ou Malbec), cépage traditionnel du vignoble de Cahors, devenu depuis un cépage majeur du vignoble argentin, et l’autre issue d’un croisement entre le Cabernet-Sauvignon qu’on ne présente plus et le Grenache. A noter que dans un cas, le Grenache est la mère, dans l’autre cas le père … complexité des familles recomposées !
A la demande d’Alain Carbonneau, intransigeant en matière de qualité des vins, et suite à un problème de disponibilité du millésime idoine, le Marselan sensu stricto fut remplacé au pied levé par la cuvée Alliance du domaine du Chapitre, à base de 80% de Marselan tout de même. Tous les convives en furent satisfaits et ceux qui ne le furent pas eurent l’amabilité de ne pas le dire. Seuls les experts purent déceler ou firent semblant de détecter dans l’assemblage la petite touche de Merlot et de Syrah qui ne pouvait cependant occulter les qualités viniques du Marselan : couleur intense, arômes méditerranéens typiques et tanins très présents mais toujours souples.
Considérés unanimement comme des vins « haut de gamme », les vins de Marselan, qui procurèrent au domaine du Chapitre quelques médailles méritées et des citations dans le Wine Report 2005 et le Guide Hachette 2006, peuvent bénéficier depuis l’an dernier de l’appellation Vins de Pays d’Oc et leur agrément dans quelques Appellations d’Origine Contrôlée Languedociennes (Corbières, Costières du Gard …) n’est qu’une question d’années. Mais on parle déjà d’une possibilité d’agrément comme cépage d’appoint dans les Côtes du Rhône et même dans les AOC Bordeaux et Bordeaux Supérieur !
Quant au Caladoc, son avenir se situe clairement dans l’élaboration de vins rosés. En effet, ses vins rouges, comparés à ceux de son cousin germain moins productif, ne peuvent prétendre, dans la plupart des situations languedociennes (mais il y a des exceptions, notamment du coté du Minervois …), qu’à la mention « cœur de gamme ». Cependant, ses plantations explosent dans les vignobles argentins déjà terres de conquête du Cot… Bon sang ne saurait mentir … !

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Le café fut offert en libre service à la caféterie. En guise de pousse café nous eûmes droit à un laïus d’Etienne Landais (ENV Alfort 1974), directeur de l’Ecole depuis 2001 qui retraça les évolutions récentes et le contexte de niveaux emboîtés dans lequel évolue l’enseignement supérieur agricole.
Le premier niveau est celui de la réorganisation de l’enseignement supérieur, initiée par la Direction Générale de l’Enseignement et de la Recherche (DGER) du Ministère de l’Agriculture, qui a conduit à la création au 1er janvier 2007 du Centre international d’études en sciences agronomiques « Montpellier SupAgro » sous statut d’EPSCP Grand Etablissement. Ce centre résulte de la fusion de 4 entités : l’ENSA.M ou Agro-Montpellier, le Centre National d’Etudes Agronomiques des Régions Chaudes (CNEARC), le Département Industries Agro-alimentaires en Régions Chaudes de l’Ecole Nationale Supérieure des Industries Agro-Alimentaires (ENSIA-SIARC) et le Centre d’Expérimentations Pédagogiques (CEP) de Florac. Ce nouvel établissement est rattaché au complexe universitaire montpelliérain par convention avec les 3 universités, convention qui prévoit une politique de co-habilitation à tous les niveaux de formation, un appui des Universités au portage des projets de licences professionnelles délivrées par Montpellier SupAgro, la délivrance de l’habilitation à diriger des recherches dans les domaines de compétence de Montpellier SupAgro, les facilités pour l’affiliation des équipes de recherches aux écoles doctorales du site … L’Ecole Nationale du Génie Rural et des Forêts (ENGREF) est associée à Montpellier SupAgro.
Le deuxième niveau est celui du Pôle agronomique montpelliérain dans lequel s’associent étroitement :


  • les organismes de recherche finalisée dont le mandat porte sur l’agriculture, l’alimentation, l’environnement et la biodiversité : Cemagref, Cirad, Ifremer, Inra, ainsi que l’Ird dont le mandat de recherche pour le développement s’inscrit dans le même programme de la LOLF ;

  • les établissements d’enseignement supérieur agronomique : Montpellier SupAgro, l’Engref et l’Iamm ;

  • les trois universités de Montpellier, celle de Perpignan et celle de Nîmes ;

  • le CNRS ;

  • les associations de coordination technique ACTA et ACTIA ;

  • les collectivités territoriales et quelques autres membres.

La Charte constitutive de l’association Agropolis International s’identifie à ce Pôle et concourt à mettre en œuvre un projet scientifique et pédagogique intégré et coordonné.

Trois des membres de ce Pôle (Cirad, Inra et Montpellier SupAgro) totalement concernés par le domaine agronomique, auxquels s’est adjoint récemment l’Ird, se sont constitués en Réseau Thématique de Recherche Avancée (RTRA), l’un des 13 RTRA labellisés et dotés par le gouvernement français, le seul dans le domaine de l’agronomie. Ce RTRA est adossé à « Agropolis Fondation » dont l’objectif est de renforcer la notoriété et l’attractivité du Pôle agronomique montpelliérain sur la scène internationale en :



  • favorisant l’émergence et le lancement de projet d’excellence et de visibilité mondiale ;

  • établissant ou consolidant les partenariats à l’international ;

  • favorisant l’accueil de scientifiques étrangers de haut niveau et en renforçant l’offre de formation en particulier à destination des pays du Sud.

Ce RTRA est principalement centré sur les sciences des plantes : du gène à la plante, la plante dans son environnement, la plante et ses usages, mobilisant 30 unités de recherches et plus de 800 cadres scientifiques. Un partenariat récent l’associe à l’INRIA dans le domaine de la modélisation.
Le troisième niveau est celui du complexe universitaire régional dans son ensemble, et dans un contexte particulièrement complexe et en évolution prochaine forte. En effet, l’objectif de constituer un Pôle de Recherche et d’Enseignement Supérieur (PRES) n’ayant que partiellement été atteint, le choix des responsables des 3 universités et de Montpellier SupAgro a été de déposer un projet de Campus établi sur l’annonce de la fusion des 3 Universités montpelliéraines. La lettre d’intention, ayant conduit à la sélection de Montpellier avec 5 autres villes (Strasbourg, Lyon, Grenoble, Toulouse et Bordeaux), doit se transformer en un projet complet remodelant la totalité du secteur nord ouest de Montpellier qui sera dévolu à l’enseignement supérieur et à la recherche. La place de Montpellier SupAgro reste à définir du fait de l’annonce toute récente de la mise en place d’un consortium regroupant l’ensemble de l’Inra, le Cirad, les deux établissements d’enseignement supérieur agronomique de Montpellier et Rennes et peut-être le Cemagref.
Certains d’entre nous, visiblement peu passionnés par le discours directorial, en profitèrent pour reprendre la lecture du grand livre des notes que les organisateurs avaient amené à la caféterie. Mais on ne dira pas les noms … de toutes façons, il y a prescription !

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L’après-midi :
Départ pour l’arrière pays montpelliérain. Dans un cadre sauvage, entre Pic Saint-Loup et Hortus, notre route vint mourir aux portes d’un chai en bois édifié dans un style qui marie l’avant-garde architecturale à la tradition sylvestre. Une harmonie tranquille, émane du lieu. Nous étions au domaine viticole de l’Hortus, domaine créé par Jean Orliac, ingénieur agronome entré à Nancy en 1967, formé à l’économie rurale par Louis Malassis en 3ème année à Montpellier, puis à l’IAM (Institut Agronomique Méditerranéen). Jean commença une carrière comme assistant en sciences économiques à Montpellier, avant de rentrer au CNRS pour s’occuper d’économie viticole (annexe 3).
Le maître des lieux nous invita à une petite promenade digestive à travers ses vignes jusqu’au pied de la falaise de l’Hortus. Mais mis au courant de la présence dans notre groupe de quelques éclopés (en réalité, pas plus de 5% !) incapables de grimper par leurs propres moyens jusqu’au point d’observation, il eut la gentillesse de mettre à notre disposition son 4x4 qui, conduit de main de maître par Jean Barbier aussi à l’aise sur les sentiers rocailleux du Pic Saint-Loup que dans ses rizières camarguaises, permit aux intéressés de profiter d’un point de vue magnifique sur la combe de Fambetou et des explications de notre hôte. Celui-ci nous conta de façon détaillée la création de ce domaine jugé exceptionnel par le gourou de la viticulture mondiale Robert Parker pour ses vins blancs commercialisés en Vins de Pays du Val de Montferrand, mais surtout pour ses vins rouges de l’Appellation d’Origine Contrôlée Pic Saint-Loup, AOC à la création et au développement de laquelle il prit une grande part. Ce fut le passionnant témoignage de la reconversion audacieuse d’un chercheur en économie devenu vigneron par fidélité à son histoire.
Pour ré-encépager sa propriété de 55 ha, dont l’orientation nord-est conférait aux parcelles un microclimat relativement frais propice aux maturations lentes, Jean Orliac, confronté à des avis divergents, adopta une méthode mise au point dans l’Aude qui consiste à analyser la flore spontanée entourant les vignes en place et à la mettre en relation avec les cépages des dites vignes et la qualité du vin qui en est issu, les meilleures associations étant révélatrices des meilleures adaptations cépage terroir local. Après avoir réalisé l’inventaire floristique local avec l’aide des écologistes du CEFE (Centre d’Ecologie Fonctionnelle et Evolutive) de Montpellier, il retint le choix suivant :

  • sur les éboulis calcaires du pied de l’Hortus, exposés plein sud, le Mourvèdre, cépage tardif exigeant ensoleillement et chaleur pour mûrir correctement ;

  • sur les terres du flanc nord du Pic Saint-Loup, la Syrah et le Grenache ;

  • sur les terres plus profondes du fond du vallon les cépages blancs rhodaniens (Viognier, Roussanne), bordelais (Sauvignon) et bourguignons (Chardonnay) commercialisés en Vins de Pays du Val de Montferrand.

Le cadre de la dégustation qui nous fut offerte, près du chai sous un bouquet d’arbres avec vue sur les vignes et la montagne, n’était pas dénué de charme et la carte des vins fut généreuse avec deux blancs : un "Bergerie de l’Hortus 2007" (bon équilibre Sauvignon, Viognier et Roussanne, le tout complété par une touche de Chardonnay) et un "Domaine de l’Hortus 2006" (75% de Chardonnay complété par du Viognier et une touche de Roussanne). Cette mise en bouche fut suivie de trois vins rouges : un "Bergerie de l’Hortus 2006" (Syrah, Grenache et un peu de Mourvèdre), un "Domaine de l’Hortus 2006" (Mourvèdre dominant, Syrah et un peu de Grenache), et un "Domaine de l’Hortus 2001". Les "Bergerie de l’Hortus" se différencient des "Domaine de l’Hortus" par des vignes en propriété, plus jeunes, ou des vignes sous contrat.


L’un des auteurs de ces lignes qui, malgré lui, ne boit plus de vin avoue ne plus se souvenir des descriptions savantes qu’avec talent et componction nous livra notre camarade Alain Carbonneau. Il retient cependant qu’un léger différent, vite dissipé, opposa le maître à ceux qui insistèrent pour trouver à l’un des vins rouges un arôme de confiture caramélisée. Les experts plus ou moins autoproclamés de notre groupe se mirent cependant d’accord sur un certain nombre de points :
En blanc, la "Bergerie de l’Hortus 2007" se caractérisait par une jolie teinte pâle aux reflets vert et or, un nez puissant et très complexe avec une dominante agrumes (pamplemousse, ananas), des notes mentholées et de fleurs blanches. En définitive, un très bel équilibre en bouche avec de la fraîcheur, du volume et de la douceur. Quant au "Domaine de l’Hortus 2006", caractérisé par une belle robe aux reflets paille et or, des senteurs puissantes, fruitées (abricot sec) et fleurs blanches (acacia) et des notes vanillées soutenues, une attaque en bouche pleine et ronde et une finale longue et élégante, il est apparu, à certains, grandiose, à d’autres un peu trop boisé …
Les palais avertis reconnurent également dans les trois vins rouges les caractéristiques des grands vins languedociens : robes grenat soutenue aux reflets violines, arômes typiquement méridionaux, à base de cassis, cerise, prune, complétés par des notes de garrigues (thym, laurier, ciste …) et de réglisse avec une touche prononcée de vanille, signe d'un élevage prolongé en barriques de bois neuf. Les bouches offraient une belle attaque, ample et puissante, avec de la rondeur. Les tanins étaient très présents mais toujours souples voire soyeux et bien enrobés par les arômes. Les finales étaient persistantes et élégantes mais toujours marquées par un caractère boisé que certains adversaires déclarés de la Parkerisation des esprits et des palais regrettaient ouvertement.
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Repartant en fin d’après midi nous arrivâmes à Sauve, village pittoresque du piémont cévenol. Situé entre Nîmes et le Mont Aigoual, étagé sur les pentes dominant la vallée du Vidourle, puissante place forte au Moyen-Age, le village de Sauve a gardé son aspect ancien avec d’étroites ruelles, des portes aux linteaux ouvragés, des toits de tuiles anciennes.
Grâce à l’association "le Fanabrègue", Sauve abrite depuis 1993 le Conservatoire de la fourche ; ce dernier est installé dans les locaux historiques où sont fabriquées les fourches depuis 1815 : les anciennes "Cazernes", elles mêmes construites en 1759 et encore bien conservées. Vidéo, bornes d’informations et atelier de façonnage nous initièrent aux mystères de la fourche.
En fait, on fabrique des fourches en bois de micocoulier à Sauve depuis au moins le XIIème siècle. Au XVIème siècle, une réglementation en assure le secret de fabrication et le monopole de la culture, par ordonnance du parlement de Toulouse. En 1688, les producteurs se regroupent, préfigurant ainsi les futures coopératives agricoles. Ces célèbres fourches approvisionnaient les écuries royales, impériales puis républicaines. Magnifique objet d’un seul tenant en bois de micocoulier, entièrement fabriquée à la main, la fourche de Sauve est légère, maniable, très résistante, non sujette à vermoulure et ne blesse pas les animaux. Elle est reconnaissable grâce à sa "cravate" blanche provoquée par des lanières d'écorce mises en place avant l’ultime séchage au four, touche d’élégance caractéristique de cette production sauvaine.
Grâce au micocoulier dont on a pu voir un champ de culture et de démonstration, les Sauvains ont mis au point un ingénieux procédé de fabrication. A partir d'une graine de micocoulier, le "réblacaïre" obtient au bout de 5 à 6 ans un arbuste qui sera taillé à quelques centimètres du sol. Chaque souche produit une dizaine de rejets porteurs d'un curieux bourgeon, la "fleur de lys", qui donnera naissance à trois tiges, futurs "becs" de la fourche. Six à huit années de tailles successives et de soins minutieux vont conduire ces rejets à la forme souhaitée. La fourche est alors récoltée puis passée au four pour être pelée par le "pelaïre". Le "plégaïre" redresse le bois et donne ensuite la courbure aux "becs" grâce à la flexibilité du bois chauffé. Puis les "becs" sont placés dans un moule spécial, l’escalette, pour ajuster cette courbure, et coupés à la bonne hauteur. Un ultime passage au four à 120 degrés pendant quinze à vingt heures lui donnera sa forme et sa solidité définitive. Elle est ensuite affinée au sein du conservatoire pendant une année avant d'être commercialisée. Elle est vendue aux particuliers pour une décoration rustique, comme aux professionnels qui s'en servent toujours aujourd'hui dans l'agriculture et dans l'élevage.
A son apogée, au XIXème siècle, la production annuelle était de l’ordre de 6000 douzaines. Il ne s’en produit plus, aujourd’hui, que 3000 fourches par an. La survie du conservatoire est précaire, car la relève des deux artisans qui y travaillent n’est pas assurée en raison des contraintes imposées par un tel travail.

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A défaut d’une fourche de taille suffisante, malgré quelques essais de Dominique notre guide du Conservatoire, c’est à l’aide de planches, d’une pelle mécanique et de quelques gros bras de la promotion, suivant l’exemple de Bozo arc-bouté derrière le bus, que fut dégagé le porte-à-faux du car planté dans le bitume, à la suite de deux bonnes heures d’effort ! Pareille situation, mettant les riverains en émoi, résultait de la virtuosité de notre chauffeur qui mésestima le dénivelé auquel il avait affaire en franchissant un caniveau, lors d’une tentative de demi-tour au milieu du bourg, pendant que nous visitions le musée. Il se retrouva bloqué et coupa du même coup la circulation dans le village. L’affaire était d’importance au point de mobiliser l’édile du lieu sous le regard goguenard de nombreux camarades, tandis que d’autres, contrariés par le retard supplémentaire, supputaient à quelle heure ils allaient pouvoir dîner et se coucher tant leurs horloges internes étaient déjà réglées sur les horaires des maisons de retraite.

Nos G.O. purent heureusement compter sur la bonté d’âme de Jacques Fanet et l’aimable patience du personnel de la Maison des vins des Côteaux du Languedoc qu’il dirige, où nous devions dîner. Mais la mésaventure perturbait quelque peu l’organisation de la soirée puisqu’il devenait difficile de faire, comme prévu, le plein de bouteilles du quarantième anniversaire, sur le campus de La Gaillarde avant le repas, sans retarder encore ce dernier. L’opération fut donc remise à plus tard.



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Le soir (dîner) :
C’est donc avec près de deux heures de retard que nous parvîmes au "Mas de Saporta", vieux mas du XVIIème et XVIIIème ancienne propriété d’une grande famille de Montpellier venue d’Espagne au Moyen Age. Cette Maison des vins, contiguë aux locaux de la Chambre Régionale d’Agriculture est constituée d’un point de vente, d’un restaurant, d’une salle de réception ou de séminaire et d’une salle de dégustation. Elle a pour rôle de promouvoir les vins d’appellation Coteaux du Languedoc.
Le vignoble des Coteaux du Languedoc, vaste amphithéâtre surplombant la Méditerranée et qui s’étend de Narbonne jusqu’aux portes de Nîmes, doit son existence aux colons Grecs et Etrusques qui y plantèrent les premières vignes six siècles avant JC. Les Romains ont poursuivi la plantation et organisé la commercialisation des vins, contribuant ainsi à la richesse de la Narbonnaise. L’AOC Coteaux du Languedoc qui s’est progressivement mise en place depuis une vingtaine d’années, couvre 3 départements: l’Aude, l’Hérault et le Gard et représente 15 600 ha en production. L'influence des vents (cers, tramontane, mistral, marin) et la pluviométrie (de 550 mm à Narbonne à 750 mm à Nîmes) ainsi que la température moyenne et l'ensoleillement selon les zones littorales, de garrigues ou de piémonts permettent de dégager plusieurs zones pédoclimatiques à partir desquelles on distingue des sous-appellations régionales : St-Chinian, Faugères, Clairette du Languedoc, La Clape, Quatourze, Grés de Montpellier, Terrasses du Larzac, Pézenas, Pic Saint-Loup, Terrasses de Béziers et Terres de Sommières.
Du Mas de Saporta nous n’avons fait connaissance qu’avec le restaurant des cuisiniers vignerons. Dans une belle salle voûtée, la bonne chère (foie gras, agneau de sept heures, fromages, aumônière) fut arrosée de moult vins des Coteaux du Languedoc présentés par notre camarade directeur. Mais les esprits encore embrumés par les dégustations de l’après-midi ne permirent pas de se remémorer précisément les vins qui nous furent servis. Toujours est-il qu’ils étaient bons, mais que les associations entre plats et vins ont donné lieu, pour quelques gourmets, à des controverses. Afin de faire diversion et toujours soucieux de créer une atmosphère agréable, notre vigilant président a demandé des nouvelles des absents et veillé à ce que les grands bardes, Pierre Bourgenot et Jean-Daniel Arnaud, avec la participation exceptionnelle mais totale de Jacques Blondy, donnent leur concert. Le minibarde avait vainement chauffé la salle avec une paillardise ecclésiastique intitulée « La pénitence est douce » de L. Vibert, trop soft, pour esbaudir les esprits animaux de ses camarades assoupis par l’âge et la fatigue de la journée. Les vedettes de la soirée, à la hauteur de leur réputation, nous ont régalé d’un bref tour de chant avec au programme « Le blues du dentiste » de Boris Vian, interprété par Bozo et Jacques Blondy. Puis Bozo et Jean-Daniel nous produisirent « Connaissez vous ma cousine » de Pierre Vassiliu et l’incontournable « Fais moi mal Johnny » de Boris Vian. Enfin, Bozo seul interpréta,  « La java des bombes atomiques » et « On n’est pas là pour se faire engueuler » de Boris Vian. Cette rétrospective recueillit des applaudissements nourris. Toutefois l’heure tardive nous fit lever le camp et regagner notre hôtel à Montpellier, avec cette fois-ci, à la lueur parcimonieuse des lampadaires du parking, la distribution « émouvante » à chacun, en donation définitive et irrévocable, de son diplôme et de sa bouteille du quarantième anniversaire.

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Samedi 3 mai
Le matin
De bon matin sous un ciel bleu ensoleillé, après que le camarade Carbonneau eut enfin, lui aussi, récupéré son diplôme, nous partîmes, en car, visiter la villa gallo-romaine des Près Bas de Loupian située à proximité de la Voie Domitienne qui relie comme chacun sait l’Espagne à l’Italie en traversant la Narbonnaise. La visite s’effectua en deux temps (visite du musée et du site archéologique proprement dit) et deux groupes cornaqués par de jeunes et charmantes guides qui ne furent pas avares d’explications détaillées (annexe 4) sur cette villa à l’origine modeste ferme installée sur les pentes d’un vallon ouvert sur le bassin de Thau. Elle devint durant le Haut-Empire une villa dotée d’une grande résidence patricienne équipée de thermes et dont l’activité agricole était essentiellement tournée vers la viticulture et l’exportation de vin dans des amphores "gauloises" fabriquées sur place et marquées des initiales du propriétaire, MAF, ce qui laisse place à toutes les supputations, l’annuaire des producteurs et négociants en vins régionaux de l’époque n’étant plus disponible …
Au Vème siècle, le vin se vendant apparemment mieux à cette époque que maintenant, la villa fut entièrement reconstruite et la résidence du propriétaire se transforma en un véritable petit palais de 13 pièces au sol, couvert de mosaïques polychromes d’inspiration aquitaine ou syrienne dont chacun d’entre nous put noter la richesse exceptionnelle, grâce à un réseau de passerelles, au niveau du sol puis sur une galerie haute, permettant ainsi d’avoir une vue d’ensemble.
Parmi les nombreuses mosaïques d’inspiration syrienne, certaines, représentant des pampres typiques de vignes, suscitèrent à nouveau le lyrisme chez notre camarade professeur Alain Carbonneau mais également un certain nombre d’interrogations professionnelles (vignes sauvages ou cépages cultivés ?), interrogations qu’il ne pût s’empêcher de faire partager quelques semaines plus tard à un auditoire (ou plutôt un lectorat) plus élargi, via sa chronique du Progrès Agricole et Viticole, revue vénérable fondée en 1884, qu’il dirige actuellement à la suite des grands ancêtres (Pierre Degrully et Louis Ravaz) et de nos anciens maîtres en viticulture, Jean Branas et le regretté Denis Boubals, récemment disparu.

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Etait-ce déjà un effet anticipé du Picpoul de Pinet ? Toujours est-il que nous arrivâmes à la Cave de Pomerols alors que son président, Guy Bascou, un de nos aînés de la promo 67, ayant récemment pris sa retraite après une carrière bien remplie à l’Institut Coopératif du Vin, nous attendait dans les vignes à plusieurs kilomètres de là. Quelques coups de téléphone portable débloquèrent la situation, notre camarade nous rejoignit et après avoir eu droit à un rapide historique de la cave coopérative fondée en 1932 et regroupant actuellement plus de 300 sociétaires, nous sommes finalement repartis avec lui à la découverte des vignobles de l’appellation Picpoul de Pinet, classée AOC en 1985. Celle-ci couvre actuellement 1500 ha exclusivement plantés avec le cépage Piquepoul blanc (à noter la nuance entre le nom de l’appellation et le nom du cépage …) cépage tardif et à production limitée donnant un vin étonnant, vif et frais, doté d’une superbe robe jaune pâle aux reflets verts et d’une belle intensité aromatique avec des notes d’agrumes et de fleurs blanches. Au cours de notre rapide périple au travers de vastes terrasses ensoleillées sur sol argilo-calcaire, appelées Costières, qui nous permit d’admirer le site et notamment les perspectives sur le bassin de Thau encadré par le Mont Saint-Clair à Sète et le Mont Saint-Loup au Cap d’Agde (ne pas confondre avec le Pic Saint-Loup !), nous croisâmes la fameuse Voie Domitienne mais l’étroitesse de la route et la taille de notre car ne nous permirent pas de nous arrêter pour caresser d’une paume émue quelques pavés polis par les pieds des légions en marche.

Après avoir examiné le vignoble, nous sommes revenus à Pomerols et avons eu droit à une présentation et une visite détaillée de la cave (annexe 5). Celle-ci commercialise sous la marque « Beauvignac » les vins de l’AOC Picpoul de Pinet, avec une cuvée traditionnelle parfaite sur les huîtres de Bouzigues et les fruits de mer, et une cuvée Prestige élevée en barriques de chêne, pouvant accompagner avec profit les poissons en sauce et même certains fromages. Mais elle commercialise aussi des Vins de Pays d’Oc, avec une gamme complète de cépages : Merlot et Cabernet-Sauvignon en rouge, Syrah en rosé, Chardonnay, Sauvignon et Viognier en blanc.

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Midi (déjeuner) :
Dans les chais de cette cave si dynamique, nous avons fait un pittoresque et agréable déjeuner sous la forme d’un buffet de fruits de mer servi sur une longue table donnant à nos agapes un petit air de repas de vendanges. Ce buffet, de belle prestance, était tenu par d’accortes ostréicultrices à la chair pleine, comme celle de leurs huîtres en ce mois de mai, et à la langue bien pendue, intarissables sur leur métier, heureuses de nous régaler dans le cadre d’une association d’intérêt avec la coopérative, à la gloire des produits locaux.
Pendant que certains garnissaient leur assiette sans mesure et procédaient à d’innombrables dégustations comparatives inter-coopératives, frugal, l’un des auteurs de ces lignes, anticipant la maritime visite vespérale, faisait son travail de reporter. Il s’intéressa au mode de vie aussi bien des indigènes que des produits de leur travail offerts à notre consommation et particulièrement à leurs amours. Voici des bribes de ce qu’il apprit.
D’abord si les moules font l’amour en colonie, il faut savoir qu’aucune étreinte n’a lieu dans une moulière. La partouze est primitive. Elle n’a lieu qu’entre les gamètes dont se délivrent les mâles et les femelles sans que l’on sache s’ils éprouvent, à cette occasion, un plaisir solitaire. La moule du bassin de Thau (Mytilus galloprovincialis) est appelée moule de la Méditerranée, mais il n’est pas prouvé que ce comportement frustrant soit lié à son origine régionale.
Quant aux huîtres, d’origine japonaise (Crassostrea gigas), elles ont remplacé depuis 1970 d’autres immigrées d’origine portugaise (Crassostrea angulata) qui elles-mêmes étaient venues manger le plancton des françaises (Ostrea edulis) à partir de 1883. Mais heureusement, les responsables de l’immigration et de l’identité nationale ostréicole semblent reprendre les choses en main et les huîtres plates bien de chez nous, qui s’étaient réfugiées sur les fonds coquilliers du bassin, recommencent à se multiplier, ce qui n’est pas évident pour une huître, quelle que soit d’ailleurs sa nationalité. En effet, hermaphrodite, elle est mâle de septembre à mai, puis de juin à août, les ovaires s’engorgent d’ovules blanchâtres que les spermatozoïdes, nés dans la période précédente, prennent d’assaut. L’huître, notamment l’huître plate bien française, vit donc un amour clandestin entre les parts opposées d’elle même, une sexualité dans le secret et la solitude de sa coquille.
En fait, c’est chez les bigorneaux et les buccins, qu’avec l’ébauche d’un organe sexuel, s’ouvre le champ de vrais rapports avec prémices et étreinte, là encore, hermaphrodite, l’un pénétrant l’autre et éprouvant le plaisir qu’il lui procure. Quant aux crevettes, elles font encore mieux que Loana dans la piscine du loft : elles s’aiment en nageant accouplées, partageant le plaisir de se sentir fluides, caressées et portées par le courant !

Pour le café, préparé par notre ami Fanet qui ne s’était pas doté des équipements nécessaires pour faire face à la demande, la queue fut telle qu’il n’eut pas le temps d’en faire pour tous les amateurs. A ceux qui, en état de manque, étaient susceptibles de devenir dangereux, nos organisateurs assurèrent qu’ils pourraient assouvir leur besoin dans un bar du quai Mistral de la Pointe Courte, à Sète, en attendant l’heure de départ du bateau. L’horaire prévu ayant été respecté, avec même un peu d’avance, tout incident put donc être évité grâce à la diligence d’une barmaid un moment débordée !

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L’après-midi
C’est dans un bateau d’un jaune voyant, allusion sans doute au "tube" immortel des Beatles, et à l’habitacle malheureusement peu ventilé, assez gênant compte tenu du soleil qui tapait fort sur les vitres, que nous embarquâmes pour une navigation sur l’étang de Thau, un jeune marin à la barre et un capitaine intarissable au micro, pour des commentaires techniques et économiques très détaillés (annexe 6) sur cet étang de 7 500 hectares (le plus grand de la région), d’une profondeur de 4 à 10 mètres, allant jusqu’à 32 m au trou de la résurgence de la Bise tout à fait visible du bateau ; sur ses caractéristiques géographiques très particulières s’expliquant par la géomorphologie du secteur (anticlinal d’un plissement dont le synclinal correspondant est la montagne de la Gardiole située au nord-est) ; sur son intérêt écologique tant du point de vue faunistique que floristique, compte tenu de la diversité des milieux (sansouires, prés humides, marais salants, vasières, roselières, herbiers…) dont plusieurs sont inscrits sur la liste européenne des sites protégés Natura 2000 ; sur ses activités économiques axées essentiellement, sinon exclusivement, sur la conchyliculture et la pêche et sur son équilibre biologique particulièrement fragile, conditionné par l’entrée de l’eau de mer, l’apport d’eau douce, le taux en oxygène des eaux saumâtres et des pollutions récurrentes ou occasionnelles aux multiples causes. Les perturbations de cet équilibre entraînent quelquefois l’interdiction passagère de la commercialisation et de la consommation des coquillages. Ce ne fut fort heureusement pas le cas cette fois-ci !
Les hublots situés au dessous de la surface de l’eau et dont était pourvu notre esquif qui n’avait cependant rien du Nautilus, laissaient espérer des découvertes et des visions féeriques. En fait, lors du passage au ralenti du navire entre les tables conchylicoles séparées par des couloirs de 10 mètres, ce qui exigeait un coup d’œil sûr de la part de notre jeune pilote, nous n’avons vu dans un bouillon trouble que des rails de chemin de fer, des colonies de moules et d’huîtres, et surtout d’innombrables et charmantes petites méduses (rien à voir avec les monstres gélatineux qui envahissent depuis peu les plages du Golfe du Lion), alors qu’on nous avait annoncé des hippocampes ou encore des "blennies paons" et autres poissons aux formes et couleurs extravagantes ! Bref, on était assez loin des lagons polynésiens … ! En rentrant vers le port nous avons croisé une barque catalane. Sa voile latine conféra à l’étang, pour un instant fugitif, le charme d’un autre âge.

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Nous reprîmes le car pour nous acheminer vers Palavas-les-flots où notre dernier banquet devait être englouti. A Villeneuve lès Maguelone, nous passâmes devant la Maison d’Arrêt, où Alain Bouquet prenait régulièrement ses repas de midi, avec une grande partie du personnel du domaine du Chapitre, à l’époque où il officiait encore sur ce site expérimental, ce qui prouve s’il en était besoin que la recherche mène à tout, y compris « au violon » ! Puis notre camarade, nous présenta rapidement le domaine en fonction des parcelles situées le long de la route. Il souligna l’évolution de ce domaine, légué en 1966 à l’ENSAM par sa propriétaire la comtesse Sabatier d’Espeyran, avec comme seules conditions l’obligation de fleurir chaque année la tombe de son défunt époux Paul et accessoirement de conserver le foncier (130 ha dont 90 ha de SAU et 30 ha de garrigues) et l’immobilier (2000 m2 de bâtiments, caves et écurie datant de la fin du 19ème siècle) dans leur état initial en les affectant à des tâches d’enseignement et de recherche. Face à ces exigences, l’Ecole, se réservant la première, loua symboliquement le domaine à l’INRA, qui y installa de 1972 à 1997 le siège de sa station de recherches viticoles, à charge pour elle de respecter les autres.

En 2002, l’INRA a définitivement fermé les derniers labos encore fonctionnels de l’ex-station de recherches viticoles, obligeant notre camarade, volens nolens, à quitter le domaine et se rapatrier sur le campus montpelliérain. Depuis 2004, l’Ecole a repris la totale gestion du domaine, tout en permettant à l’INRA d’y maintenir et développer ses activités expérimentales et, grâce à l’aide des collectivités locales (Agglomération et Conseil Général), a restauré une partie des locaux pour y installer une pépinière d’entreprises viti-vinicoles.


Consacré exclusivement à la production de vins de table avant son legs à l’Ecole, le domaine du Chapitre a su combiner sa vocation expérimentale avec une diversification qualitative, d’abord en Vins de Pays de zone (VDP des Collines de la Moure) grâce notamment aux nouvelles variétés de raisin de cuve INRA (Chasan, Aranel, Portan, Caladoc, Marselan), puis récemment en AOC Coteaux du Languedoc (Grenache, Syrah, Mourvèdre), les premières bouteilles devant être produites en 2009-2010. Sans oublier naturellement la production commerciale quoique à une échelle limitée (1,5 ha), de la variété INRA de raisin de table sans pépins Danuta.

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Le soir (diner) :
C’est, à la différence de la journée précédente, avec de l’avance, que nous arrivâmes au restaurant L’Hippocampe à Palavas. De ce fait les uns partirent marcher quelques instants au bord de la mer, d’autres en profitèrent pour écrire un mot de remerciements à chacun de nos organisateurs y compris Jacques Teyssier, co-organisateur, absent en raison de graves problèmes de santé de son père et de sa belle mère. Quant à Jean-Daniel qui, dans le car, avait déjà dégainé son stylo, il s’activa à la rédaction de la geste de nos aventures en Pays d’Oc, virée que nous nous n’avons pas hésité à nous offrir pour nos quarante ans. Didier Gourdin fit office de muse et de moine copiste. Lui seul est capable de remplir simultanément deux rôles pareils ! Pendant ce temps, ceux qui ne perdent pas le sens des réalités sirotèrent leur apéritif et celui de ceux qui étaient occupés !
Apéritif et repas furent agréables bien que la disposition des tables ne favorisa guère la convivialité et que le patron ait tenu à nous donner la preuve de ses talents de musicien sur le retour. Il fallu que l’un d’entre nous aille négocier une minute de silence pour que nous puissions entendre nos propres braillements. Sous la discrète houlette de Maurice Rochet, orchestrant l’animation, avant l’entrée en scène du patron, Pierre à sa table où se trouvaient, entre autres Claude Roujean et Alain Carbonneau, chanta, sans que tout le monde puisse l’entendre, « Au même clou ma mie » et « Nous partirons » de Félix Leclerc.
Joël Duval, le poète minuscule entreprit de déclamer Phèdre, de Georges Fourest, dans l’espoir de maintenir le niveau culturel de cette soirée. Faute d’en maîtriser le texte correctement et en raison de la disposition des lieux, le poète dût se répéter. Ce fut alors sans plaisir et sans effet puisque, dans le brouhaha ambiant il ne put guère dérider l’assemblée perturbée par ses hésitations et par le sous-équipement des effectifs en appareils auditifs. Alors pour tous ceux qui n’auraient pas ou mal entendu :


Dans un fauteuil en bois de cèdre,

A moins qu’il ne soit d’acajou,

En chemise madame Phèdre,

Fait des mines de sapajou.


Tandis que sa nourrice Oenone,

Qui jadis eut si bon lait,

Se compose un maintien de nonne

Et marmonne son chapelet.


Elle fait venir Hippolyte,

Fils de l’amazone et de son

Epoux, un jeune homme d’élite,

Et lui dit : « Mon très cher garçon,


Dès longtemps, d’humeur vagabonde,

Monsieur votre père est parti.

On dit qu’il est dans l’autre monde,

Il faut en prendre son parti.


Sans doute un marron sur la trogne,

Lui fit passer le goût du pain ;

Requiescat il fut ivrogne,

Coureur et poseur de lapin.


Oublier cet époux volage

Ne sera pas un gros péché !

Donnez moi votre pucelage

Et vous n’en serez pas fâché !


Vois tu ma nourrice fidèle,

Qu’on prendrait pour un vieux tableau,

Elle nous tiendra la chandelle

Et nous fera bouillir de l’eau !


Viens, mon chéri, viens faire ensemble

Dans mon lit nos petits dodos.

Hein petit cochon que t’en semble

Du jeu de la bête à deux dos ?


A cette tirade insolite,

Ouvrant de grands yeux étonnés,

Comme un bon jeune homme Hippolyte

Répondit, les doigts dans le nez.


« Or ça, belle maman, j’espère

Que vous blaguez en ce moment,

Moi je veux honorer mon père

Et vivre longuement.


A la cour brillante et sonore,

Il est vrai, j’ai peu vécu,

Mais je doute qu’un fils honore

Son père en le faisant cocu !


Vos discours, femelle trop mure

Dégoutteraient la Putiphar !

Prenez un gramme de bromure

Avec un peu de nénuphar. »


Sur quoi faisant la révérence,

Les bras en anse de panier,

Il laisse la dame plus rance

Que du beurre de l’an dernier.


« Eh ! va donc puceau, phénomène,

Va donc chatré, va donc charlot,

Va donc lopaille à Téramène,

Eh ! va donc t’amuser charlot !


Comme elle bave de la sorte

De fureur et de rut, voilà

Qu’un esclave frappe à sa porte :

« Madame votre époux est là !


Thésée, c’est Thésée ! il arrive,

C’est lui-même : il monte à grand pas. »

Venait-il de Quimper, de Brive

D’Honolulu ? Je ne sais pas.


Mais il entre, embrasse sa femme

La rembrasse en mari galant !

Aussitôt la charogne infâme

Pleurniche, puis d’un ton dolent :


« Monsieur, votre fils Hippolyte

Avec tous ses grands airs bigots

Et ses mines de carmélites

Est bien le roi des saligots !


Plus de vingt fois sous la chemise

Ce salaud m’a pincé le cul,

Et passant la blague permise,

Volontiers vous eut fait cocu.


Il ardait comme trente suisses

Et, rendez grâce à ma vertu,

Si je n’avais serré les cuisses

Votre honneur était bien foutu … »


Phèdre sait conter une fable,

Tout un chacun le reconnaît,

Son discours parut vraisemblable

Si bien que ce pauvre benêt


De Thésée promit un cierge à Neptune,

Un cierge mais pas un standard,

Un cierge d’au moins une hune

Pour exterminer le pandard !


Pauvre Hippolyte ! un marin monstre

Le trouvant dodu le mangea,

Puis le digéra, ce qui montre

(Mais on le savait déjà !)


Qu’on peut suivre en bon pédagogue,

Avec soin, le commandement,

Quatrième du décalogue,

Sans vivre pour ça longuement.


Heureusement l’ambiance avec « Le twist agricole » des Frères Jacques interprété par Bozo, Jean Daniel avec le concours exceptionnel de Yves Reyne, Armand Boyat, Jean-Claude Germon, Didier Gourdin. Jean-Daniel nous beugla ensuite l’incontournable « Grand meetinge du métropolitain », Pierre Bourgenot interpréta de son inimitable voix fêlée « Nicolas est invité au château de la tour penchée » et « Le manuel de savoir vivre » de Ricet Barriet.

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Enfin arriva l’instant attendu de la geste de nos aventures chanté par notre troubadour moustachu :


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