La ville et sa population. L’epoque ptolemaïque l’hermetisme philon et les juifs alexandrins




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ALEXANDRIE

  1. LA VILLE ET SA POPULATION.

  2. L’EPOQUE PTOLEMAÏQUE

  3. L’HERMETISME

  4. PHILON ET LES JUIFS ALEXANDRINS

  5. LE GNOSTICISME

  6. PLOTIN. LE NEO-PLATONISME

  7. LES CHRETIENS : HERETIQUES ET ORTHODOXES

  8. PROLONGEMENTS : ISLAM, CATHARES, MODERNES.




  1. LA VILLE ET SA POPULATION

Predrag Matvejevitch (Bréviaire méditerranéen) raconte qu’il a connu à Alexandrie un horloger catalan qui dressait passionnément, minutieusement, en luttant avec méthode et ténacité contre un exorbitant manque de données, le catalogue de la fameuse bibliothèque détruite par le sultan Omar et qui fut la plus grande de tout le monde antique. C’est que la grandeur d’Alexandrie fut d’abord celle d’une brillante mégapole, véritable capitale économique et culturelle du monde hellénistique dont l’histoire se lit dans les dix mètres de stratigraphie de la ville moderne. Elle fut fondée en -331. Plutarque raconte qu’on traça au sol le plan de la ville non pas, comme on le faisait d’habitude, à la craie mais avec de la farine d’orge. On entendit alors un grand bruissement d’ailes et on vit surgir tous les oiseaux du Delta et des marais environnants qui vinrent dévorer cette pitance providentielle. Les devins optimistes promirent alors à Alexandre de Macédoine un destin exceptionnel pour sa ville, qui allait devenir une métropole cosmopolite, le centre d’un monde de richesses temporelles et spirituelles. L’Alexandrie « près d’Egypte » est l’une des douze Alexandries fondées par le conquérant, établie sur un lieu vierge, choisi après un songe du Macédonien. Prodigieux rêve et consultation des prêtres ne peuvent nous étonner dans le récit que fait Plutarque de la fondation de la cité et de sa construction par l’architecte Deinocratès. La ville connut une croissance rapide avec le dessin de la muraille et du réseau viaire, de l’Heptastade reliant la cité à l’île de Pharos, avec la formation de deux grands ports et du temple d’Isis. (le plus ancien, donc, de la ville). La croissance s’accéléra quand Ptolémée Ier, successeur d’Alexandre, quittant Memphis, en fit sa capitale : parcs, bâtiments majestueux, avenues à angles droits aux largeurs inhabituelles avec les traditions grecques, Phare, Musée, Bibliothèque, Temple de Sarapis sont l’œuvre de Ptolémée Ier Sôter. Ptolémée II ajoutera l’Arsinoeion, l’immense Gymnase et l’Agora. La ville est Grecque ; elle aura son visage quasi définitif avec le Sarapeion (Temple de Sarapis. Ptolémée IV Philopatôr). Alexandrie « près d’Egypte » , avec sa position stratégique correspond à l’idée d’Alexandre de lier, de relier l’Occident et l’Orient. Elle est stratégique par l’ouverture sur la méditerranée, par la conception de l’Heptastade entre l’île de Pharos et le continent, permettant la création de deux ports utilisables selon les vents dominants, et par le creusement d’un canal jusqu’à la branche canopique (énorme voie traversant la ville d’ouest en est) alimentant la cité en eau douce.C’est le mirage de cette grande cité qui fera bouger les colons grecs vers les côtes d’Egypte. Alexandrie fera sa richesse par le commerce avec le Moyen-Orient, avec la Libye, mais aussi avec la corne de l’Afrique, le Yemen et l’Inde. Les produits de la province Egyptienne, le blé surtout, transitent par Schédia, petite ville au sud-est d’Alexandrie. La correspondance de Zénon et les écrits de Strabon nous montrent comment ce commerce vers Athènes, puis Rome et Byzance, et l’Orient, enrichira les Ptolémées et les aidera dans leur rêve d’universalité. On sait que les idées empruntent les mêmes routes que les marchandises. La mégapole comptera un million d’habitants d’une incroyable diversité. Divisée en cinq quartiers (A,B,C,D,E) elle sera « plus grande que toutes les villes qui sont dans toute la terre habitée » (Michel le Syrien. Chronique Ed. Chabot 1899) : on y trouvera 2393 temples, 8102 cours, 47790 maisons, 1561 bains, 935 tavernes, 144 latrines publiques et 45 lupanars.  ( On mesurera que l’écart entre les nombres des temples et des lupanars est significatif d’une intense vie spirituelle bien que la ville ait été taxée de « lubrique ».)

A l’Alexandrie grecque (trois siècles sous la dynastie des Ptolémées) succèdera l’Alexandrie romaine. En -30, la dernière de la lignée, Cléopâtre VII, allait laisser la place de « Pharaon » qu’avaient occupée ses prédécesseurs à Octave, le vainqueur de la bataille navale d’Actium. Les romains allaient exploiter le pays, comme l’avaient fait les macédoniens, non plus pour réinvestir sur place mais au profit de Rome. Seul Hadrien ornera Alexandrie de quelques constructions. En 297 Dioclétien détruira partiellement la cité, reconquise à un usurpateur (tombeau d’Alexandre, bibliothèque..). En 391 l’évêque Théophile ruinera le sanctuaire de Sérapis : Alexandrie devient chrétienne avec les empereurs byzantins. En 361 l’évêque Georges d’Alexandrie bâtira une église sur un Mithraeum : le culte du « Deus Inuictus » est révolu. Les chrétiens décourageaient les derniers fidèles en usant de violence ou d’intimidation. Les hauts fonctionnaires donnaient l’exemple ; en 376 le préfet détruit par le feu un mithraeum afin de mériter le baptême par ce gage de christianisme : « les statues seront détruites au marteau ; les têtes surtout ont enduré le zèle iconoclaste des chrétiens ». (Robert Turcan. Mithra et le mithriacisme).

En 640 Alexandrie deviendra musulmane et le Phare, chef d’œuvre symbolique de la civilisation grecque deviendra la mosquée la plus « élevée » du monde.
La Bibliothèque d’Alexandrie.

Les livres sont la meilleure et la pire des choses. Pire pour les avides de pouvoir : les tyrans et les crétins n’aiment pas les livres. On comprend pourquoi. Et les livres les premiers brûlés sont ceux d’histoire, de philosophie et les livres religieux et sacrés. « Les livres ont plus de courage que les courtisans pour dire aux rois la vérité » disait Démétrios de Phalère. La meilleure des choses pour ceux qui sont avides de savoir, de connaissance, et qui veulent aller aux sources de la Tradition. C’est Démétrios de Phalère qui transporta d’Athènes à Alexandrie l’ambition aristotélicienne d’un savoir universel qui se concrétisa par la fondation du Musée et de la Bibliothèque. C’est cette dernière qui attira des milliers d’intellectuels, de savants, d’exégètes, de religieux de tous pays d’Occident et d’Orient. Démétrios acquit une grande influence sur Ptolémée I après sa vie politique athénienne, son exil, puis son départ pour Alexandrie où le roi lagide l’accueillit. On peut lui accorder le mérite d’avoir été à l’origine de la fondation de la bibliothèque qui fit de la capitale des Lagides le centre de vie intellectuelle à l’époque hellénistique.

Zénodote d’Ephèse fut le premier bibliothécaire ; l’accumulation vertigineuse des rouleaux de papyrus le conduisit à être un lecteur critique : corrections, suppressions, unification des documents. Il est le 1er éditeur de l’Iliade et l’Odyssée. Callimaque de Syrène, en Libye, cédant à l’appel d’Alexandrie, fut le second bibliothécaire ; sa vie est un long parcours dans les dédales de l’institution ; collectionneur de curiosités, de mythes oubliés, il créa des catalogues savants et se plût aux jeux de la poésie (poème célébrant le mariage de Ptolémée Philadelphe et d’Arsinoé II ; poème sur la déification d’Arsinoé..) Il créa les collections des merveilles de la terre habitée. Callimaque a renouvelé la technique du catalogage et ouvert la voie à de multiples stratégies de lecture en constituant des bibliographies sectorielles et thématiques. Le 3eme bibliothécaire fut Eratosthène : cartographe, géomètre, philosophe, il fut le plus grand scientifique alexandrin au III siècle. Il perpétua la tradition des mathématiques et de la cosmologie platonicienne, il reconstruisit la carte de la terre habitée et élabora une chronologie universelle, de la guerre de Troie à la mort d’Alexandre. Il créa des réseaux intellectuels : avant de publier ses traités de mathématiques Archimède fit circuler parmi ses collègues alexandrins ses premiers résultats et documents de travail. Euclide, également fut « alexandrin » et Eratosthène utilisa les mathématiques euclidiennes pour mesurer la circonférence du globe terrestre, avec une remarquable approximation. (39.690Km). La part donnée à la géographie, à partir de relevés géométriques et astronomiques, fut importante. Avec Eratosthène la bibliothèque (700.000 volumes) est bien ce lieu utopique, ou tout savoir repose sur ce qui fut écrit un jour, lieu de mémoire et de visibilité absolue. Pendant plusieurs siècles, intellectuels et philosophes grecs, juifs, chrétiens fréquentèrent ce haut lieu de recherche et de connaissance. Les papyrus périrent lors de l’incendie (involontaire semble t-il) de -47 des arsenaux ( limitrophes de la bibliothèque) et de la flotte égyptienne par Jules César. Reconstituée, en partie avec les ouvrages de la bibliothèque de Pergame, elle subit d’autres malheurs. (Caracalla, Dioclétien). C’est le chrétien Théophile qui abolît les cultes païens, incendia le Sérapéum et la bibliothèque attenante et transféra beaucoup d’ouvrages vers Rome. Le coup de grâce sera donné par les Arabes. (incendie par le Général Amr)
La Segmentarisation des Populations.

Moins connue à l’époque ptolémaïque la population d’Alexandrie est par contre mieux connue à l’époque romaine : citoyens romains, citoyens alexandrins, membres de la communauté juive, égyptiens, autres(syriens, libyens, ciliciens, éthiopiens, arabes…). Il y a un net cloisonnement juridique et administratif des populations. Les égyptiens, pour devenir citoyens romains, devaient posséder nécessairement la citoyenneté alexandrine et le contrôle romain sur les égyptiens était fort. Sarapis, divinité poliade d’Alexandrie était le protecteur du gymnase de la cité ; les rites juifs étaient respectés, leur statut était inférieur aux citoyens alexandrins mais loin de se confondre avec la classe inférieure des égyptiens où les romains rangeaient indistinctement tous les indigènes et les grecs n’appartenant pas à l’élite du gymnase. Il y a donc un cloisonnement hiérarchique très prononcé ; trois traits expliquent cette « segmentarisation » : 1)l’absence de racines, par rapport aux cités grecques traditionnelles, de ces populations d’immigrants.2)leur hétérogénéité, dont rend compte la différence des statuts juridiques, hétérogénéité à l’intérieur de laquelle le développement progressif de l’élément égyptien a donné naissance à une population de plus en plus mêlée de greco-égyptiens qui en constituent la masse 3) le cosmopolitisme lié à la situation de la capitale commerciale, culturelle et cultuelle d’Alexandrie.

La coexistence des populations au sein de la mégapole n’a pas été simple ; les tensions entre différents groupes ethniques et sociaux ont éclaté parfois avec une violence sauvage en même temps qu’un fort attachement à la cité. Le théâtre sera le lieu de la répression des juifs (38) : flagellation, tortures associées aux concerts et pantomimes ; c’est également au théâtre que les chrétiens orthodoxes et ceux d’Arius s’affrontèrent ; c’est encore là qu’eût lieu le martyre de St Eugène. C’est par contre au gymnase que fut assassiné Ptolémée XI et c’est à l’hippodrome que les juifs furent rassemblés (Ptolémée IV) pour être piétinés par des éléphants. (le Dieu de l’Alliance évita le pire).

Il y a une implantation précise des populations dans la ville, avec des quartiers grecs riches et romains (Est), des quartiers Juifs (centre) et la masse des égyptiens, des grecs pauvres dans d’autres quartiers (Ouest), avec la canopique, véritable centre de la vie alexandrine où s’effectuent les manifestations civiques et religieuses ; le problème principal est alors celui des mouvements migratoires, responsable de l’instabilité permanente. Cosmopolite et bouillonnante, la mégapole l’est demeurée jusqu’à la conquête arabe. Mais on peut dire aussi que c’est de ces oppositions, de ce bouillonnement, que sont issues autant de réflexions philosophiques ou religieuses fécondes.

Ces éléments d’histoire et de géographie économique et humaine nous précisent le contexte dans lequel vont vivre les «  cherchants » alexandrins et facilitent la compréhension du « comment » et du « pourquoi » de l’éclosion de multiples idées, résultat d’un formidable syncrétisme : hermétisme, gnosticisme, hérésies, néo-platonisme ; car les spiritualités païennes grecques, égyptiennes, chrétiennes ont interféré, ont eu parfois des sources identiques, ont développé un ésotérisme commun : cela fait l’objet des paragraphes suivants.

II- L’ EPOQUE PTOLEMAÏQUE

Les vainqueurs Grecs ont amené leurs propres dieux : il a bien fallu édifier pour eux des temples. Les dieux importants ont été Déméter et Dionysos. Déméter a son temple à l’est d’Alexandrie dans le quartier appelé Eleusis. Dionysos est par excellence le dieu des grecs alexandrins, protecteur des nouveaux Pharaons : Ptolémée IV a été initié aux mystères dionysiaques et l’exercice du pouvoir signale chez son détenteur une nature divine. On sait que les cultes à mystères ont eu  «  droit de cité » à Alexandrie : ces cultes professent tous une doctrine de la destinée humaine, et la communiquent à leurs fidèles, après des épreuves plus ou moins longues, au cours d’une initiation progressive et secrète. L’initiation consiste à reproduire symboliquement sur le fidèle la passion, la mort et la résurrection de son dieu, à le rendre ainsi participant de son destin, et à lui donner à son tour accès à l’immortalité. Leur diffusion continuera aux II et III siècles, elle sera alors contemporaine du christianisme, avec lequel leur doctrine et certains de leurs rites présentent des affinités qui ont frappé les premiers écrivains chrétiens. Cependant, l’horizon religieux des Alexandrins ne se limite pas aux cultes grecs et dès le III siècle des dieux égyptiens ont droit de cité dans la nouvelle capitale. C’est d’abord le cas d’ISIS, à qui plusieurs temples sont consacrés, dont l’un à la pointe du cap Lochias et un autre sur l’île de Pharos. Patronne de la navigation elle est une déesse universaliste et les grecs l’identifient à Déméter en tant que puissance liée à la fertilité agraire mais aussi volontiers sous l’aspect d’Aphrodite. On peut penser que le pouvoir Lagide, lorsqu’il promouvait le culte d’un dieu d’origine égyptienne, même hellénisé dans son apparence ou ses fonctions, avait pour objectif de réunir dans une religion syncrétique les éléments d’une population hétérogène vivant côte à côte à Alexandrie. Mais la foi religieuse était un élément de l’identité égyptienne rétif avec l’hellénisme. La synthèse entre déités égyptiennes et grecques se manifestait de diverses façons : si la tendance hénothéiste sera manifeste en période romaine, à l’époque ptolémaïque il y a une identification verbale pure et simple d’une divinité égyptienne avec une divinité étrangère dont le caractère, les attributs, les rites paraissaient semblables. Hermès Trismégiste est issu de la fusion de Thot et Hermès ; Hermanubis de celle d’Hermès et d’Anubis, Héliosérapis de celle d’Hélios et de Sérapis…Mais la rencontre inter-culturelle trouve son expression la plus frappante avec justement Sérapis. La « nouveauté » Sérapis, adaptation d’Osor-Hapi est conçu pour correspondre aux convictions théologiques des grecs et des égyptiens ; les grecs devaient s’acclimater à une terre étrangère : « ce sont eux qui ont pris l’initiative d’identifier leurs dieux avec les divinités indigènes ; les dieux de l’Olympe étaient incongrus sur les berges du Nil » ( Garth FOWDEN). A Alexandrie « près d’Egypte » Sérapis est traité plutôt comme un dieu grec mais dans le temple, construit par Ptolémée III, des objets Egyptiens ornent le Sérapéum. Le désir de « convertir » ne paraît pas exclure la coexistence pacifique des religions. Plus tard les choses changeront, en particulier quand le Christianisme fera son apparition ; le culte de Sérapis durera plusieurs siècles ; culte officiel à l’époque romaine, il sera en balance avec le Dieu chrétien mais tous les sectateurs de tous les cultes «  se ressemblaient par un certain scepticisme, fruit de la vie cosmopolite et de la richesse » (A.M.Jacquin Histoire de l’Eglise. 1928) La lettre de l’empereur Hadrien à son ami Servanius est édifiante : « L’Egypte que tu me vantais, mon cher Servanius, je la connais avec sa légèreté, sa mobilité, sa facilité à s’émouvoir de tous les bruits. Ici les adorateurs de Sérapis sont chrétiens, et ceux qui se disent évêques du Christ vénèrent Sérapis. Ici, les chefs de la Synagogue juive, les Samaritains, les prêtres chrétiens, tous sont astrologues, aruspices, devins. Cette race est éminemment séditieuse, frivole, insolente ; la cité est opulente, riche, active, personne n’y est oisif…en somme, tous n’ont qu’un Dieu : l’argent ». Le jugement est sans doute sévère mais il témoigne du syncrétisme et du foisonnement d’idées alexandrin ainsi que de l’opulence de la capitale. On sait, par contre que les dieux grecs et égyptiens ne détrôneront pas des synagogues le Dieu de l’A.T. : «  il est interdit de croire à l’existence de tout autre dieu que le Dieu unique ; ne sacrifiez pas d’enfants à Moloch ».
III- L’HERMETISME
Sous le nom d’Hermès-Trismégiste ont circulé dans l’Antiquité tardive des textes en grec mais aussi en copte et en syriaque. Parmi cette littérature pseudépigraphe figuraient des écrits techniques, magiques mais aussi des écrits philosophiques ; parmi dix-huit traités hermétiques (le corpus hermeticum), trois seront en vogue à Alexandrie : le Kore Kosmou (pupille du monde), l’Asclépius, et le Poimandrès. La Kore Kosmou est un traité plein d’influences isiaques. Le traité parfait (Teleios Logos) ou Asclépius est un dialogue entre Hermès et Asclépius.Il s’agit de révélations divines, c'est-à-dire qu’Hermès va enseigner à Asclépius les secrets de la création du monde, de l’homme, de sa destinée, de la vie à mener pour obtenir la félicité céleste…Sous le nom d’Hermès Trismégiste, trois fois grand, se trouve une personnalité religieuse, issue de la rencontre du dieu grec Hermès, qui préside aux activités intellectuelles, à la médecine, qui guide les âmes dans l’autre monde (psychopompe), qui protège les voyageurs et les voleurs et du dieu Thoth, inventeur de la sagesse et de l’écriture, de la magie, des savoirs cachés. Cette identification va amener une modification dans la personnalité d’Hermès : le dieu va se dédoubler en un être divin et un être humain, très ancien, et doté d’une sagesse divine : Hermès est un médiateur divin proche des hommes, secourable. A côté de l’élément Egyptien toujours présent on trouve des éléments d’origine juive (Bible) et des emprunts à la culture grecque depuis Héraclite jusqu’aux médio-platoniciens. Certains pensent que les textes sont grecs avec un habillage égyptien et des emprunts juifs. C’est un milieu, un groupe qui a produit ces textes difficiles à dater avec précision. Mais, fait important, ces textes se présentent comme des traductions de l’égyptien, avec leur langue sacrée et secrète. Simple imposture qui fait partie du jeu de la pseudépigraphie ? G.Fowden pense que les écrits sont égyptiens : « les grecs, Ô Roi, n’ont que des discours vides, un bruit de mots. Quant à nous, nous n’usons pas de simples mots mais de sons tout remplis d’efficace » (Corpus Hermeticum .traité XVI). Authentique plainte d’un Egyptien ? Si l’Egypte ne peut vivre qu’à la condition de pratiquer le culte de ses dieux traditionnels, si le culte est mis en péril par les Grecs et les Romains alors c’en est fait du monde égyptien, car « notre terre est le temple du monde entier » (Asclépius). Si on accepte ces observations le « milieu » de ces écrits est alors un milieu égyptien sacerdotal, dépositaire traditionnel de la sagesse égyptienne, hostile aux étrangers. Ces prêtres se sont soumis au processus d’hellénisation (langue, philosophie..) C’est eux probablement qui ont produit les écrits hermétiques utilisant également les connaissances de la Bible que leur avait données leurs contacts avec la diaspora juive, si nombreuse à Alexandrie.

Sans commentaires, et en « vrac » quelques phrases de l’Asclépius :

  1. C’est une chose impie que de divulguer à la masse un enseignement tout rempli de l’entière majesté divine.

  2. N’ai-je pas dit que tout est un, et que l’Un est tout ?

  3. Les éléments sont au nombre de quatre : le feu, l’eau, la terre, l’air ; mais une seule matière, une seule âme, un seul Dieu.

  4. Aussi est-ce Asclépius,une grande merveille que l’homme ; car il passe dans la nature d’un dieu comme si lui-même était dieu…Uni aux dieux par ce qu’il a de divin, il méprise ce qui le fait terrestre et en vertu du plan céleste il s’attache les vivants par le nœud de l’amour…

  5. Ignores-tu donc Asclépius, que l’Egypte est la copie du ciel ?

  6. C’est par le biais de l’Intellect (l’Esprit) qu’il nous est donné, à nous hommes, de voir, comme à travers un brouillard, les choses du ciel, autant que le permet la condition de l’esprit humain. Sans doute, lorsqu’il s’agit de contempler des objets si hauts, notre puissance de vision est-elle resserrée en des limites très étroites, mais immense quand elle a vu, est la félicité de l’âme connaissante.

  7. Ainsi donc ces trois principes l’Hermarménè (le destin), la Nécessité, l’Ordre sont-ils au plus haut degré des créations du vouloir de Dieu.

  8. Nous t’avons donc connu (gnose) Toi et cette Lumière immense que l’esprit seul appréhende…veuille nous garder persévérants dans l’Amour de ta Connaissance.

On mesure les dimensions initiatiques et ésotériques de ces écrits.

Le POÏMANDRES.

Le Poîmandrès apparaît comme une spéculation gnostique parfaitement indépendante du christianisme. (Hans JONAS.) On y trouve un dualisme sensuel-spirituel, corps-esprit qui s’accorde à l’attitude gnostique ;le système du Poimandrès repose sur l’Homme primordial, personnage divin. Poïmandrès est le Noûs de la puissance absolue : « cette Lumière c’est moi, Noûs, ton Dieu qui étais avant la nature humide qui apparut hors de l’obscurité ; et le Verbe lumineux, issu du Noûs est le fils de Dieu…Eh bien donc, fixe ton esprit sur la Lumière. Contrairement aux « gnostiques », dans le Poïmandrès l’antithèse du créateur et du Dieu très haut est absente : le démiurge a reçu commission du père et il semble que la création soit la meilleure manière de faire face à l’existence de ténèbres chaotiques. Mais, par contre, beaucoup de points sont proches des thèses gnostiques : 1) Triade Verbe-Logos, Intellect (Noûs)-Artisan (Demiurgos), et Homme (Anthropos). 2) C’est le principe cosmique et transcendant qui est en l’homme, qui demeure ordinairement caché, qui ne se décèle pas dans ses préoccupations terrestres ou qui ne se trahit que par un sentiment d’étrangeté, d’appartenance incomplète, et qui, pour lors, ne se fait positif que si la Gnôsis lui donne, en lui montrant la Lumière divine un contenu acosmique, un contenu bien à lui, et si elle le restaure dans sa condition originelle, présentement obscurcie. (H.Jonas). 3) Ascension de l’Âme : chercher la Gnôsis revient à se préparer à cet évènement final et tout l’enseignement éthique, rituel et technique est destiné à garantir l’heureux accomplissement. 4) Le Noûs Dieu enfanta d’une parole un second Noûs démiurge, qui façonne sept gouverneurs lesquels enveloppent dans leurs cercles le monde sensible.

La fonction essentielle du Noûs est de faire lien entre les éléments de la hiérarchie formée par Dieu, le monde et l’homme et en particulier de rendre l’âme capable de se libérer des pièges de la chair et d’être éclairée par la lumière de la Gnôsis : «  c’est une initiation que reçoit l’homme en deux phases, la première mettant l’accent sur la connaissance de soi, la seconde sur la Connaissance de Dieu ». (G.Fowden) Le Poïmandrès est le « Pasteur de l’homme ».
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