1 adžubej (adjoubeï)2 Aleksej Ivanovič (1924-1993)




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SAMARIN Aleksandr Mihajlovič (1902-1970)

Né dans un village de la région de Nijni Novogorod, il entre au Parti dès 1925, devenant cette année-là membre du Bureau central des étudiants prolétaires, organe formé en 1923 auprès du VCSPS, destiné à relayer dans le monde étudiant les mots d’ordre du régime en matière d’enseignement supérieur – en particulier, la discrimination positive en faveur des ouvriers et des paysans pauvres – et supprimé en 1934184. Membre du Présidium, puis secrétaire de ce Bureau (jusqu’en 1929), il fait parallèlement des études à la Faculté de métallurgie de l’Académie des mines de Moscou. En 1930, il devient enseignant au tout nouvel institut Staline de l’acier de Moscou, créé à partir de cette même faculté, obtenant le titre de professeur en 1938. Après la guerre, il entame une carrière d’administrateur, étant ministre adjoint de l’Enseignement supérieur d’URSS de 1946 à 1951, aux côtés de Sergej Kaftanov. Mais il quitte le ministère à l’arrivée de Vsevolod Stoletov, promu vraisemblablement grâce au soutien de Trofim Lysenko. Samarin se consacre à nouveau à l’enseignement et à la recherche (dans le domaine des alliages ferreux et de l’électrosidérurgie), tout en conservant des fonctions de direction dans le domaine scientifique : après avoir été le premier directeur de l’Institut d’histoire des sciences et des techniques de l’AN SSSR (1953-1955), il entre à l’institut Bajkov de métallurgie de l’AN SSSR. C’est en tant que membre correspondant qu’il intervient, le 19 septembre 1958, à la réunion de l’Otdel nauki du CC du PCUS : il s’y prononce contre l’obligation d’un stage pratique dans la production, qu’il juge inutile et néfaste pour les futurs ingénieurs. Deux ans plus tard, il est nommé directeur de son institut, puis quitte ce poste en 1961 pour devenir l’adjoint du président du Comité d’État du Conseil des ministres d’URSS pour la coordination des travaux de recherche scientifique, nouveau nom du Gostehnika dirigé par Vladimir Kirillin. En 1967, après avoir été élu académicien (1966), Samarin reprend la tête de son institut, qu’il garde jusqu’à sa mort.


SATÛKOV Pavel Alekseevič (1911-1976)

Né dans une famille ouvrière, il étudie à l’Institut pédagogique de Gorki (Nijni Novgorod) puis à l’École supérieure du Parti. Dans les années 1930, il embrasse une carrière d’apparatchik, dans plusieurs rédactions de journaux et dans l’appareil central du Parti, auquel il adhère en 1939. De 1946 à 1949 il est adjoint, puis rédacteur en chef, du journal Kul’tura i žizn’ ; il entre ensuite à la Pravda, dont il est rédacteur en chef adjoint, puis en titre, pendant presque toute la période du « Dégel », de 1956 à 1964. Durant ces années il fait partie, notamment avec Adžubej et Il’ičëv, de l’équipe qui prépare et vérifie, avant leur publication, les discours de Khrouchtchev. Il préside aussi l’Union des journalistes d’URSS de 1962 à 1965. De 1964 à 1971, il est rédacteur en chef de la revue Partijnaâ žizn’ (organe bimensuel du CC du PCUS, qui avait cessé de paraître de 1948 à 1954), puis devient rédacteur en chef de la Rédaction principale des programmes de vulgarisation scientifique et pédagogique de la Télévision centrale.

En août 1958, il assiste à la réunion organisée par Aleksej Larionov à l’obkom du Parti de Riazan sur l’expérience des brigades d’élèves dans la production – mais il ne semble pas jouer de rôle direct dans l’élaboration ni dans la discussion de la réforme.
SEMËNOV (SEMIONOV) Nikolaj Nikolaevič (1896-1986)

Né à Saratov dans une famille de petite noblesse, d’une mère très instruite (elle avait été élève à Tsarskoe Celo, puis avait suivi les cours pour jeunes filles à Saint-Pétersbourg) et d’un père fonctionnaire dans l’armée, Nikolaj Semënov étudie au collège technique (real’noe učiliŝe) puis à la Faculté de physique de l’université de Saint-Pétersbourg. Il en sort diplômé en 1917, après avoir été l’étudiant du physicien Abram Ioffe (1880-1960), et avoir déjà écrit des articles scientifiques. En 1918 il est assistant à l’université de Tomsk, mais, rendant visite à ses parents à Samara, il s’engage pendant quelques mois dans les armées blanches de l’amiral Koltchak, avant de reprendre une attitude plus neutre. En 1920, Ioffe, qui vient d’être élu académicien, le fait venir à Petrograd : le jeune savant s’y consacre à la recherche, s’intéressant de plus en plus aux liens entre la physique et la chimie. Ses travaux acquièrent bientôt une renommée mondiale. En 1931 est fondé, à sa demande, l’Institut de physique chimique de Leningrad, dont il prend immédiatement la tête. Un an plus tard, il est élu académicien (à 36 ans). La Grande terreur l’épargne de justesse, car l’épisode de 1918 en fait une victime toute désignée, son nom ayant été inscrit sur la liste d’un « complot » l’associant aux physiciens Vladimir Fok et Lev Landau : l’un et l’autre sont arrêtés en 1937 et 1938, mais libérés au bout de quelques mois, grâce à l’intervention de Kapica. Semënov échappe à une arrestation, sans doute grâce à l’importance des applications militaires de ses travaux (l’étude de l’explosion des gaz), mais il est victime de tentatives de déstabilisation dans les années suivantes, en particulier de la part du professeur de physique de MGU Nikolaj Akulov (1900-1976), qui l’accuse de plagiat scientifique. Après la guerre, malgré son entrée au Parti en 1947, il est encore critiqué pour avoir rendu hommage à des savants étrangers dans un livre. Là encore, l’importance de ses travaux, liés au projet atomique, lui épargne des ennuis plus graves, mais il ne peut assister à l’explosion de la première bombe A soviétique, à laquelle il a collaboré, comme beaucoup de ses disciples, en particulier Âkov Zel’dovič, alors très proche d’Andreï Sakharov185. Mis à l’écart du groupe des « atomistes », il participe à la mise sur pied, en 1951, de l’Institut physico-technique de Moscou (MFTI), avec Kapica et Lev Landau. Après la mort de Staline, l’appareil du CC du PCUS continue à le considérer comme un élément suspect, y compris lorsqu’il obtient le prix Nobel de chimie – le premier pour l’URSS, avec le Britannique Cyril N. Hinshelwood, en 1956186.

En 1957, il est élu membre du Présidium de l’AN SSSR, comme académicien-secrétaire du Département des sciences chimiques. De 1960 à 1963, il préside le conseil de la société « Znanie » de vulgarisation des connaissances pour toute l’Union, poste qu’il laisse ensuite à Vladimir Kirillin. Surtout, de 1963 à 1971, Semënov est vice-président de l’AN SSSR : son passage à ce poste est marqué par des débats animés, notamment avec le président Mstislav Keldyš (1911-1978). Parallèlement il est élu, en 1961, membre candidat du CC du PCUS, avec Mihail Lavrent’ev mais aussi Vladimir Kirillin, alors que Keldyš est élu membre de plein droit ; Semënov, quant à lui, n’ira pas plus loin dans le cursus honorum du Parti, mais siège au Soviet suprême de 1958 à 1970.
SemiČastnyj Vladimir Efimovič (1924-2001)

Né dans un village de l’arrondissement de Dniepropetrovsk, il entre au Komsomol à la fin des années 1930, étudie un an à l’Institut chimico-technologique de Dniepropetrovsk, avant l’évacuation. Pendant la guerre, il occupe différents postes régionaux dans l’appareil du Komsomol ; entré au Parti (1944), il poursuit sa carrière et dirige l’organisation des Jeunesses communistes d’Ukraine de 1947 à 1950. A cette date, il devient secrétaire du CC du VLKSM. A la faveur du XXe Congrès, il est fait membre candidat du CC du PCUS – il en sera membre à part entière en 1964. En mars 1958, il succède à Aleksandr Šelepin à la tête du VLKSM ; mais il n’y reste qu’un an. En mars 1959, il est nommé à la tête du Département des organes du Parti du CC du PCUS – poste qu’avait également occupé Šelepin juste avant. Puis il est nommé deuxième secrétaire du PC d’Azerbaïdjan, poste qu’il occupe jusqu’en 1961. Il succède alors encore à Šelepin, cette fois à la tête du KGB, qu’il conserve jusqu'à l’arrivée d’Andropov, en mai 1967. Sous sa direction est réorganisée et renforcée la lutte contre les formes d’agitation « antisoviétique », qui avait connu un certain assouplissement dans les années entourant le XXIe Congrès du PCUS. Après 1967, il devient le numéro deux du gouvernement ukrainien, poste qu’il occupe jusqu’en 1981. Relégué, sous Andropov, à la direction de l’association « Znanie », il est mis à la retraite en 1988, en pleine Perestroïka.

Il appartient, d’après Nikolaj Mitrohin, au « groupe de Šelepin », connu pour ses vues nationalistes au sein de l’appareil du Parti187. Sa vision du rôle du Komsomol dans les années 1950 est sans ambiguïté :
Le Komsomol était toujours obéissant. Aussi longtemps que j’y ai travaillé, notre tâche principale était de tout faire comme le Parti l’avait dit.188
Présent lors de la réunion du 25 septembre 1958 à l’Otdel nauki, il n’intervient pas, mais interrompt à deux reprises Zelenko, émettant une objection sur la capacité de travail intellectuel et « productif » des jeunes. Ces propos tranchent avec la position officielle de son organisation, dont le Bureau du CC adopte le 26 septembre un décret proche de la vision radicale de la réforme, portée par le chef du GUTR.
SKATKIN Mihail Nikolaevič (1900-1991)

Fils d’un médecin de zemstvo de la région de Moscou, issu d’une famille nombreuse, il fait des études au prestigieux lycée privé G. Šelaputin de la capitale, et devient à 19 ans, en pleine guerre civile, instituteur dans une école maternelle. De 1925 à 1930, il travaille à la 1ère Station expérimentale d’enseignement du Narkompros, sous les ordres du pédagogue Stanislas Šackij (1878-1934), dont il devient le disciple. Après 1930, il entre à l’Institut de pédagogie soviétique de MGU, puis à l’Institut des programmes et des méthodes et à l’Institut d’enseignement polytechnique, qui existe sous ce nom de 1931 à 1937 (voir chapitre 1). Skatkin se spécialise dans les méthodes d’enseignement des sciences dans les petites classes, et écrit des manuels qui font autorité jusqu’aux années 1960 et même au-delà. De la fin des années 1930 au début des années 1940, il est semble-t-il relégué à des tâches subalternes en raison de son appartenance passée au groupe des pédagogues novateurs – sans être directement victime des répressions de 1937.

En 1945, il entre dans le système de l’APN récemment créée, et en 1950 il en est élu membre correspondant, se faisant de plus en plus le propagandiste des théories officielles. Il est un des rédacteurs-consultants de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958). En avril 1951 il répond violemment à son collègue Pavel Šimbirëv, lequel critiquait certaines idées d’Anton Makarenko comme inapplicables, dans un article de la Literaturnaâ gazeta189. Il parvient d’autant mieux à retrouver une position éminente dans l’appareil, que les idées qu’il avait soutenues autrefois reviennent au goût du jour. En janvier 1953, on le trouve à la tête de la commission interne chargée d’élaborer des propositions pour la polytechnisation de l’école, tâche dont il s’acquitte avec application, réunissant théoriciens, praticiens et représentants du monde scolaire et des entreprises. Pourtant, en janvier 1954, un des intervenants, enseignant du secondaire, V. Korotov, émet ouvertement des doutes sur le bien-fondé du choix de Skatkin à ce poste, sous-entendant que sa compétence scientifique est contestée :
C’est agréable qu’on invite un enseignant à une séance de ce type. Mais quand je suis arrivé à la réunion, je me suis étonné d’y voir si peu de monde. Le président de séance est cette personne contre laquelle ont été formulées toutes les remarques critiques de fond. Il en découle une situation assez étrange. Apparemment il va falloir que le cam[arade] Skatkin dise le mot de la fin au terme de notre séance, or cela est pour le moins curieux.190
Skatkin répond simplement, quelques minutes plus tard : « Je dois m’excuser auprès de l’assistance de ne pas être à ma place ici comme président ».

De fait, il lui faudra attendre 35 ans après son élection comme membre correspondant, avant d’être élu académicien de l’APN, à l’âge de 85 ans, à la veille de la Perestroïka. Alors qu’il aurait dû s’affirmer comme un des inspirateurs de la réforme de 1958, il semble progressivement mis à l’écart. Peut-être faut-il y voir le résultat de machinations internes à l’APN, comme l’affirme un de ses jeunes collègues, Leonid Zankov, en 1964191? Skatkin a en effet été mis en cause à l’automne 1958 pour avoir fait commander par la bibliothèque de l’APN une brochure antisoviétique sur l’instruction polytechnique en URSS192. Il est aussi, avec Šapovalenko, le co-auteur, en mars 1959, d’un rapport accusateur à l’encontre de certains de ses collègues de l’APN, accusés de ne pas fournir de véritable travail et de cumuler les rémunérations. Ce texte vise particulièrement Gončarov, Leont’ev et Verzilin, trois intervenants du débat hostiles à la professionnalisation totale du secondaire, et partisans de la « différenciation », dont les thèses finissent par s’imposer au milieu des années 1960. Par la suite, Skatkin semble se replier sur ses activités de chercheur : auteur d’un traité sur Les fondements didactiques du lien entre l’instruction et le travail des élèves (1960)193, il publie d’autres ouvrages généraux et recueils d’articles dans les années soixante-dix et 1980, ainsi que des manuels sur l’enseignement des sciences et l’étude de la nature (prirodovedenie) à l’école maternelle. Il se veut l’héritier des théories de Stanislas Šackij et, au-delà, de Léon Tolstoï, selon lesquelles le « lien avec la vie » ne se limite pas à l’apprentissage d’un travail à la production, et renvoie plus largement au rapport au monde environnant et à la nature194.


SMIRNOV Vasilij Sergeevič (1915-1973)

Né à Petrograd, orphelin de père à six ans, il est élevé par sa mère et son frère, devenu au début des années trente chef du département des écoles et de la science de l’oblast’ de Saratov. Mais ce dernier est arrêté et fusillé en 1936, lors de la Grande terreur (avant d’être réhabilité après la guerre). Auparavant, Vasilij Smirnov, qui a commencé à travailler comme manœuvre à 15 ans, est entré à la Faculté ouvrière (rabfak) de l’Institut polytechnique de l’Oural, ce qui lui permet d’y étudier à la Faculté métallurgique. Diplômé en 1937, on l’envoie travailler dans plusieurs usines métallurgiques ; il s’inscrit en même temps en aspirantura : il devient kandidat à la veille de la guerre. Pendant le conflit, il travaille dans le secteur vital de la construction de chars, dans une usine de la région de Perm’, ce qui lui vaut d’être renvoyé du front, où il a voulu combattre. Fin 1941, parallèlement à son emploi, il occupe la chaire du travail des métaux par pression de l’Institut polytechnique de l’Oural, avant d’en être nommé docent. Au même moment, il participe à la mise au point de la production des lances-roquettes « Katioucha », qui jouèrent un rôle décisif dans les victoires de l’Armée rouge. Après la guerre, ses recherches lui valent d’obtenir le grade de doktor, à 33 ans, à l’Institut de l’acier et des alliages de Moscou. En 1949, il est invité à travailler dans sa ville natale, au prestigieux institut polytechnique de Leningrad, dont il devient professeur l’année suivante, puis directeur, en mars 1956. Il y fonde l’un des séminaires de recherche les plus dynamiques du pays, dans son domaine, et ouvre plusieurs facultés nouvelles ; parallèlement, il continue d’enseigner dans sa spécialité, recevant fréquemment étudiants et doctorants, tout en publiant de nombreux articles de vulgarisation scientifique.

Le 22 septembre 1958, il intervient lors de la réunion des directeurs de VUZ au MVO SSSR, pour se rallier au point de vue d’Aleksandr Aleksandrov et d’Ivan Petrovskij : son discours, qui met en doute l’efficacité, dans la formation des ingénieurs, des études du soir et par correspondance, est publié en partie dans le Vestnik vysšej školy. En 1960, il est élu membre correspondant de l’AN SSSR, et reçoit par la suite de nombreuses distinctions. Parallèlement, il est élu président du conseil d’oblast’ du Conseil des sociétés scientifiques et techniques de toute l’Union, regroupant savants et ingénieurs « novateurs » du pays, mais aussi président adjoint du Conseil mondial de la Paix, et délégué au XXIIe Congrès du PCUS, en février 1961. A cette époque, sa position a changé : en juillet, il défend, lors d’une réunion publique au Kremlin, la nécessité d’organiser une partie des études « sans rupture avec la production »195. Il siège aussi plusieurs années aux comités de ville et d’oblast’ du Parti de Leningrad, avant d’être élu, en 1970, député du Soviet suprême de RSFSR.
SOBOLËV Sergej L’vovič (1908-1989)

Né à Saint-Pétersbourg, il étudie à la fin des années vingt à la Faculté de physique et de mathématiques de l’université de Leningrad, et se spécialise dans les mathématiques calculatoires. Il est notamment formé par le mathématicien Boris Delone (1890-1980), initiateur des premières olympiades dans cette discipline en 1934196. Sobolëv travaille d’abord comme géophysicien à l’Institut de sismologie. Avec l’académicien Vladimir Smirnov (1887-1974), il découvre une méthode de calcul pour les ondes qui a des applications en géophysique comme en physique mathématique. En 1933, il est élu membre correspondant de l’AN SSSR, et l’année suivante il prend la tête d’un département de l’institut Steklov de mathématiques de l’AN SSSR. Il est élu académicien en 1939, à l’âge de 31 ans – c’est alors le plus jeune du pays. Dans les années 1940, il continue dans le domaine de l’analyse fonctionnelle et des mathématiques calculatoires pour la physique. Il travaille même quelques années à l’Institut de l’énergie atomique auprès d’Igor’ Kurčatov (1903-1960), principal coordinateur scientifique du projet atomique soviétique, avant de revenir à son domaine de prédilection, où il a déjà acquis une renommée mondiale. Au début des années 1950, sa carrière d’enseignant le conduit à la capitale, où il dirige la chaire de mathématiques calculatoires de la Faculté de mécanique et de mathématiques de MGU, qui avait été fondée trois ans auparavant. En 1955, il est l’un des initiateurs de la création du centre de calcul de MGU, déployant une importante activité épistolaire vers le CM d’URSS et le Gosplan, pour obtenir les moyens nécessaires197. Il prend une part active dans l’utilisation des premiers ordinateurs pour les mathématiques calculatoires – il s’engage aussi publiquement pour la défense de la cybernétique, lavée, cette année-là, de l’accusation d’être une « fausse science » (ou une « science bourgeoise »)198. En 1956, lors d’un séminaire, il met sur pied un groupe de travail pour imaginer un petit ordinateur utilisable par les laboratoires des instituts. En 1957, avec son ami et collègue Mihail Lavrent’ev, il participe aux débuts de la « Cité académique » de Novossibirsk : il quitte alors la chaire de mathématiques calculatoires de MGU, en 1958, pour se consacrer à la direction de l’Institut de mathématiques du SO AN SSSR, qu’il conserve jusqu’à 1983. C’est lui qui, quelques années plus tard, invite Aleksandr Aleksandrov à le rejoindre – et à enseigner à l’université de Novossibirsk nouvellement créée. Il joue aussi un rôle fondamental dans la création et le fonctionnement de l’école-internat de physique et de mathématiques ouverte en septembre 1963, à l’initiative de Lavrent’ev.

Il intervient lors de la réunion du 19 septembre, en faveur du maintien de la continuité des études, mais aussi contre la création d’écoles spéciales – position qu’il a déjà défendue dans un article publié dans la Pravda quelques jours plus tôt. Malgré cette position de principe, il est quelques années plus tard, avec Lavrent’ev, un des organisateurs de l’école physico-mathématique de Novossibirsk199. En 1960, il prend la défense des travaux en économétrie de Kantorovitch – venu travailler à ses côtés –, accusé de s’écarter du « marxisme-léninisme » et de faire l’apologie du capitalisme.
STAROVSKIJ Vladimir Nikonovič (1905-1975)

Membre du Parti depuis 1939. Né d’un père instituteur de l’actuelle république des Komi (au nord de la Russie), il entre très tôt, en 1919, dans l’administration statistique de son district, puis de son oblast’. Il a ensuite la possibilité d’étudier à la Faculté de droit de l’Université d’État de Moscou (n°1), et soutient une thèse de kandidat à l’institut d’économie de RANION. Parallèlement il s’est embauché comme statisticien au Conseil de l’économie nationale d’URSS, puis à la Direction statistique centrale d’URSS (CSU SSSR) en 1926. C’est là qu’il fait carrière jusqu’à la fin de sa vie. Partisan de la ligne officielle prônant une « statistique socialiste », il est chargé du recensement de 1939, après l’épuration sanglante de son administration suite au recensement censuré de 1937.Il parvient à y échapper grâce à une « capacité d’adaptation permanente »200. En récompense, il accède à la direction de la CSU SSSR. Entre 1941 et 1948, il cumule cette fonction avec le poste de vice-président du Gosplan d’URSS, mais surtout il devient le chef (načal’nik) à la plus grande longévité de la CSU SSSR : d’octobre 1940 à août 1975, avec le rang de ministre d’URSS après 1957.

A cette carrière exceptionnelle s’ajoutent des activités d’enseignant (il a été nommé professeur en 1934) et de chercheur : il reçoit le grade de doktor ès sciences économiques en 1940, et est élu membre correspondant de l’AN SSSR en 1958. Mais il ne sera jamais élu académicien. D’après Alain Blum et Martine Mespoulet, « sa compétence […] ne fait pas de doute, même si ses ouvrages ne se distinguent pas par une grande acuité du raisonnement statistique »201.

Parallèlement, signe de sa position élevée dans l’appareil du Parti-État au cours des années soixante, et même s’il ne s’agit que de fonctions honorifiques, il est membre de la Commission centrale de révision du PCUS lors du XXIIe Congrès (de 1961 à sa mort), et député du Soviet suprême d’URSS de 1962 à 1974.


STOLETOV Vsevolod Nikolaevič (1907-1989)

Né dans une famille « petite bourgeoise » de la province de Vladimir, il compense son origine sociale en s’engageant dès l’âge de 17 ans au Département local du politprosvet, utilisant semble-t-il sa bonne formation initiale – mais sans pouvoir faire d’études supérieures. Il enseigne dans l’organisation de liquidation de l’analphabétisme (likbez) puis devient secrétaire de Département. A partir de 1926, il travaille dans l’édition à Moscou : comme secrétaire technique de la revue Les voies de l’agriculture (1926-1929), puis comme secrétaire principal de rédaction (1929-1933) et secrétaire de travail (rabočij sekretar’) de la revue La reconstruction socialiste de l’agriculture. Sa trace se perd alors quelques années, puis on le retrouve en 1938-1939 successivement rédacteur de la revue La culture du coton soviétique, et responsable de la rédaction des ouvrages sur les cultures végétales de la maison d’édition Sel’hozgiz (Éditions agricoles). Parallèlement, il suit des études par correspondances et réussit en 1931 à être diplômé de l’Académie agricole Timirâzev de Moscou. Ses compétences le font remarquer par le président de la VASHNIL, le biologiste officiel Trofim Lyssenko, qui en fait son assistant de 1939 à 1941. A ce moment, en 1940, il entre au Parti, ce qui lui permet de poursuivre une carrière administrative dans la sphère scientifique, grâce à son nouveau protecteur : en 1941, sans aucun titre ou grade, et sans travail de recherche véritable, il est nommé collaborateur, puis rapidement secrétaire scientifique de l’Institut de génétique de l’AN SSSR, avant d’en devenir le directeur adjoint pour le travail scientifique de 1945 à 1948 – au moment où le lyssenkisme, s’impose pour longtemps en URSS, pour le grand malheur de la génétique et des généticiens soviétiques202. En novembre 1947, Stoletov prend une part directe à cette entreprise, en publiant dans la Literaturnaâ gazeta un article soutenant les thèses lyssenkistes203. De 1948 à 1950, succédant à Vasilij Nemčinov, il dirige l’Académie agricole de Moscou où il avait étudié – poste qui fait de lui un membre à part entière de l’establishment scientifique. Ainsi la période de l’après-guerre, sombre pour de nombreux domaines scientifiques, a-t-elle permis à Stoletov de réaliser une sorte de revanche sociale sur les années 1920, quand il avait été privé du droit d’étudier du fait de ses origines « petites bourgeoises ». Il est même l’un des rédacteurs en chef de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958). Surtout, en 1951, il devient, à 44 ans, ministre adjoint de l’agriculture, chef du Département principal de propagande agricole. Mais presque aussitôt, il change d’administration et devient ministre de l’Enseignement supérieur d’URSS, succédant à Sergej Kaftanov, un autre promu des années 1930. Il conserve ce poste de février 1951 à mars 1954204, date à laquelle il est relégué au rang de premier adjoint, sous l’autorité de Vâčeslav Elûtin. Stoletov est aussi membre candidat du CC du PCUS lors du XIXe Congrès en 1952 – fonction non reconduite en 1956.

Mais la carrière de Stoletov, comme celle de Lyssenko, se poursuit au-delà du XXe Congrès. Ayant obtenu le grade de doktor en biologie en 1958 (pour des travaux sur la génétique et sur la « sélection », vraisemblablement d’inspiration lyssenkiste), il conserve le poste de premier adjoint au MVSSO SSSR jusqu’en 1959, date à laquelle il est nommé à la tête du MVSSO RSFSR nouvellement créé : or cette instance a récupéré la majeure partie des VUZ du pays. Si Elûtin continue de commander au MVSSO SSSR, Stoletov, lui, dirige le MVSSO RSFSR de 1959 à 1972, période durant laquelle il est confronté à l’application de la réforme, mais aussi à ses ajustements successifs. Le fait qu’il reste en poste après l’éviction de Khrouchtchev prouve qu’il conserve la confiance de la nouvelle équipe dirigeante. Il termine sa carrière à des postes liés surtout à son entregent et à ses compétences politico-administratives : il est en effet président de l’APN (qui a pris la dimension de l’URSS en 1966) de 1972 à 1981 – il en était devenu membre en 1968, ayant publié quelques brochures de propagande sur l’enseignement supérieur et secondaire spécial –, et parallèlement président du Présidium de la Société soviétique pour les liens culturels avec les compatriotes de l’étranger ( « Patrie »), de 1975 à 1984. A 77 ans, il prend sa retraite.


SUHOMLINSKIJ Vasilij Aleksandrovič (1918-1970)205

Issu d’une famille paysanne ukrainienne, il fait des études à l’Institut pédagogique de Poltava, dont il sort diplômé en 1938. Pendant et après la guerre, il travaille dans plusieurs écoles, avant d’être nommé, en 1948, directeur de l’école secondaire de Pavlyš, dans l’oblast’ de Kirovograd (Ukraine). S’inspirant notamment de l’exemple de l’école n°58 de Krasnodar, qui porte le nom d’Anton Makarenko et que dirige depuis 1943 Fëdor Brûhoveckij, Suhomlinskij favorise un système d’études accordant une large place à l’instruction polytechnique et au travail dans la production, mais pour les élèves des dernières classes seulement206. Fort de cette expérience, et de son grade de kandidat ès sciences pédagogiques, il intervient dans le débat sur la polytechnisation de l’enseignement dès 1956, en écrivant dans la revue Partijnaâ Žizn’, en réponse à Vasilij Derbinov, une défense de son expérience et de celle des écoles d’Ukraine207. Cet article contribue sans doute à le faire connaître au niveau national, et en 1957 il est élu membre correspondant de l’APN. En 1958, il reçoit le titre honorifique de « maître émérite d’Ukraine ». Mais deux ans après sa passation d’armes avec Derbinov, les positions sont inversées : Suhomlinskij intervient à plusieurs reprises dans l’élaboration de la réforme, mais pour critiquer la professionnalisation excessive de l’école secondaire. Il est d’abord l’auteur d’une lettre adressée à Nikita Khrouchtchev en juillet 1958, dans laquelle l’historien Aleksandr Pyžikov voit une source d’inspiration directe pour la loi du 24 décembre. Ce texte, sur le fond assez réservé quant aux orientations prises par la réorganisation de l’enseignement secondaire, vise plutôt à corriger le projet khrouchtchévien208. Suhomlinskij réitère ses objections (notamment le souci de ne pas faire du travail manuel une contrainte) lors de la réunion organisée par le Département du CC du PCUS, où il se montre très sévère à l’égard de la variante initiale de la réforme, défendue par Genrih Zelenko. Il reprend le même discours critique lors de l’assemblée générale de l’APN, le 25 novembre 1958 : il met en doute le bien-fondé de l’extension des cours du soir et par correspondance pour la seconde étape du secondaire. L’absence de contribution écrite, de sa part, au débat national dans la presse, confirme cette position réservée vis-à-vis du projet khrouchtchévien.

Néanmoins son nom reste associé à la recherche sur l’enseignement polytechnique, et partant, à la politique de ces années. En 1959 est d’ailleurs publié un de ses premiers travaux d’importance, L’éducation de la relation communiste au travail209. Mais dans l’ensemble, ses travaux théoriques, publiés dans les années soixante (dont le recueil Études sur l’éducation communiste, 1967 et Je donne mon cœur aux enfants, 1969), sont consacrés à la psychologie de l’enfant et aux formes d’éducation collectives et individuelles. Posant comme but à l’école communiste la formation de « personnalités pensantes », son œuvre se situe à la limite de la ligne officielle en matière pédagogique, ce qui explique sans doute qu’il ne fut jamais élu académicien de l’APN. En 1968, même s’il est décoré comme « Héros du travail socialiste », il est attaqué pour « humanisme abstrait ». Cet événement n’est peut-être pas étranger à la maladie qui l’emporte deux ans plus tard, alors qu’il n’a que 52 ans. Après sa mort, vu la renommée de ses travaux (en URSS comme au niveau international), les autorités font de son école, en 1975, un musée pédagogique (un an plus tôt, le gouvernement de la République d’Ukraine lui avait attribué le « prix d’État » à titre posthume). Dans les années 1980, il reste une figure très populaire, figurant au programme des instituts pédagogiques. Deux recueils d’articles et de travaux ont assuré cette popularité De l’éducation (1973) et Pas seulement par la raison, mais par le cœur, paru à la fin de la Perestroïka (1990).
SUSLOV (SOUSLOV) Mihail Andreevič (1902-1982)

Né dans un village de la province de Saratov, dans une famille paysanne, il entre au Parti dès la fin de la Guerre civile, en 1921, et profite des chances offertes aux ressortissants du prolétariat pour faire des études supérieures, à l’Institut d’économie nationale  Plekhanov à Moscou, puis à l’institut économique des professeurs rouges. A sa sortie, en 1929, il enseigne lui-même pendant deux ans, avant d’entrer en 1931 dans l’appareil du CC du PCUS, puis à l’Inspection ouvrière et paysanne (RKI), qui devient la Commission de contrôle soviétique près le Sovnarkom SSSR. A partir de 1937, il est envoyé dans différentes instances régionales du Parti : à Rostov, puis Ordžonikidze, avant d’être nommé en 1944 à la tête du Bureau du CC du VKP(b) pour la Lituanie (alors en pleine soviétisation). Parallèlement, de 1945 à 1947, il dirige le Département international du Comité central. Surtout, de 1947 à sa mort, il est secrétaire du CC du VKP(b)/PCUS – soit pendant trente-cinq années. Rédacteur en chef de la Pravda de 1949 à 1951, il entre ensuite au Politburo, où il siège de 1952 à 1982, sauf deux ans d’interruption après la mort de Staline – tout en étant élu député pendant dix mandatures de suite au Soviet suprême, dont il a été membre du Présidium de 1950 à 1954. La liste de ses postes successifs suggère qu’il s’agit d’un pur « administrateur », malgré sa formation initiale d’économiste.

Avant d’être un des artisans de la chute de Khrouchtchev en octobre 1964, Suslov a su gagner sa confiance, en tant que spécialiste des questions « idéologiques » – il a ainsi remplacé Dmitrij Šepilov, disgracié en 1957. Il passe aussi pour un sévère censeur, y compris pendant la période du « Dégel ». On le voit à l’œuvre dans le texte de loi de la réforme de 1958, qu’il est, avec Muhitdinov, chargé de relire. La même année, il se voit confier la direction de la Commission idéologique du CC du PCUS.
ŠAPOVALENKO Sergej Georgevič (1903-1988)

Né dans un village d’Ukraine, il commence à travailler à l’école expérimentale de Gluha en 1922 : cette situation lui permet de reprendre des études à la fin des années 1920, d’abord aux cours de formation pédagogique de l’université de Moscou (en chimie), puis à l’Institut de l’éducation nationale de Gluha, dont il est diplômé en 1933. A cette époque, il travaille à l’Institut d’enseignement polytechnique, créé en 1931. Après quelques années passées à l’Institut pédagogique de Rostov-sur-le-Don, il revient dans la capitale en 1944, à l’Institut des méthodes d’enseignement de la nouvelle APN. Sans avoir de grade universitaire, il en est élu membre correspondant en 1950, et obtient en 1955 la direction de son institut, succédant à Mihail Mel’nikov : il est donc en première ligne pour élaborer et mettre en œuvre la relance timide de la polytechnisation. Dans les mois qui précèdent le lancement de la réforme de 1958, Šapovalenko en est d’ailleurs l’un des partisans les plus actifs à l’APN, proposant même de soumettre au CC du PCUS un projet de décret sur la question, en mars 1957. En mai 1957, il est l’auteur d’un rapport consacré à la situation de l’instruction polytechnique en RSFSR, jugé sévèrement par le théoricien Aleksej Kalašnikov, qui lui reproche d’avoir une vision étriquée de la polytechnisation, au détriment des intérêts de l’enfant210. Mais le soutien de Kairov à son approche modérée le protège contre toute contestation ; si son nom n’apparaît pas dans les travaux préparatoires de la réforme, il a probablement été sollicité par le président de l’APN pour la rédaction des Thèses puis de la loi du 24 décembre, étant l’auteur de plusieurs brochures sur la question polytechnique211. Mais il n’intervient pas lors de l’assemblée générale du 25 novembre.



Quelques mois après l’adoption de la réforme, Šapovalenko semble à la recherche d’appuis haut placés : en mars 1959, il écrit avec Mihail Skatkin une lettre au CC du PCUS signalant des irrégularités dans le fonctionnement de l’APN212. Cette dénonciation vise surtout Gončarov, Leont’ev et Verzilin, trois intervenants du débat hostiles à la professionnalisation du secondaire, et partisans de la « différenciation ». Pourtant Šapovalenko ne semble pas avoir obtenu l’effet escompté : dans un premier temps, en 1960, il perd la direction de son institut, et se voit relégué dans celui du matériel scolaire et des moyens techniques d’enseignement, moins prestigieux. Il obtient néanmoins le grade de doktor en sciences pédagogiques en 1964, ce qui lui permet, quatre ans plus tard, d’être élu académicien de l’APN, tout en dirigeant son institut de 1965 à 1986.
ŠELEPIN Aleksandr Nikolaevič (1918-1994)

Né à Voronej d’un père fonctionnaire, il étudie à l’Institut d’histoire, de philosophie et de littérature de Moscou (MIFLI) dès sa fondation (en 1931, à partir des facultés de sciences humaines de MGU alors en pleine restructuration). En 1939-1940, il combat dans la guerre contre la Finlande comme commissaire d’escadron. A cette date il entre au Parti, et dès lors sa carrière se déroule dans l’appareil du Komsomol, d’abord au gorkom de Moscou (1940-1943), puis au Comité central dont il est secrétaire en 1943, puis Premier secrétaire en 1952-58. C’est alors qu’il entre au CC du PCUS, où il restera 24 ans (de 1952 à 1976), tout en étant pendant 25 ans député du Soviet suprême (de 1954 à 1979). En tant que dirigeant des Jeunesses communistes, il donne son avis, et émet des propositions, à plusieurs reprises, sur les projets de mesures décidées au CC du PCUS à propos de l’enseignement secondaire général, secondaire spécial, et supérieur. En 1956 il est partisan de la fermeté face à l’agitation ponctuelle qui touche le milieu étudiant, et ses propositions influencent la rédaction de la Lettre du CC du PCUS de décembre ; on le voit même défendre en mai 1957, à la tribune du Soviet suprême, un projet de polytechnisation de l’enseignement, qui n’aboutit pas encore. En avril 1958, au moment du lancement de la réforme scolaire, il est nommé chef du Département des organes du Parti du CC du PCUS pour les républiques. Dans les documents concernant la préparation de la loi du 24 décembre, son nom n’apparaît pas une seule fois. En décembre 1958, tournant décisif dans sa carrière d’apparatchik multiple, il accède au poste de président du KGB. Son passage relativement bref (trois ans) à la tête des organes de sécurité d’État n’en fait pas un personnage clef du Comité central du PCUS, même s’il en devient secrétaire en octobre 1961. Comme beaucoup de ses collègues promus grâce à Khrouchtchev, il n’hésite pas à voter la destitution de ce dernier en octobre 1964, se montrant un des accusateurs les plus zélés de son ancien protecteur (qui l’avait fait, en 1962, président du Comité de contrôle du Parti du CC du PCUS et du CM d’URSS, avec le rang de vice-premier ministre)213. Il entre alors au Présidium (redevenu Politburo en 1966) du CC du PCUS. Mais en 1967, il est écarté du secrétariat du CC du PCUS pour un poste sans réelle influence, celui de président de l’Union des syndicats, où il reste aussi jusqu’à 1975. A cette date, ayant perdu toute fonction au Parti, il prend la tête du Comité d’État pour l’enseignement professionnel et technique – appellation qui a remplacé en 1959 le terme de « Réserves du travail » – devenant ainsi un successeur de Genrih Zelenko dont il partageait les vues sur la professionnalisation, semble-t-il, dans les années 1950. Les questions d’enseignement, si on excepte les dernières années, tiennent donc une place ténue dans la carrière de Šelepin, malgré son intervention de 1956 devant le Soviet suprême. Šelepin incarne, à partir du début des années soixante surtout, des positions nationalistes – au point qu’on peut voir en lui un leader de cette tendance dans l’appareil du Parti et de l’État (URSS et RSFSR)214. D’après l’historien Rudol’f Pihoâ, il aurait été la cheville ouvrière de l’éviction de Khrouchtchev en octobre 1964215.
ŠEPILOV Dmitrij Trofimovič (1905-1995)

Né à Achkhabad (Turkménistan), de père ouvrier, il obtient à dix-sept ans, grâce aux dispositions favorisant l’inscription des enfants du prolétariat, la possibilité de s’inscrire à la Faculté de droit de MGU, au Département judiciaire. Il en sort diplômé en 1926, année de son entrée au Parti. Il travaille alors dans les organes judiciaires en Iakoutie (comme procureur), puis dans le ressort de la région occidentale à Smolensk (comme assistant du procureur). En 1929 sa carrière se recentre sur le système d’enseignement supérieur du Parti : collaborateur scientifique de l’Institut de la technique de gouvernement du narkom de l’Inspection ouvrière et paysanne d’URSS, il suit lui-même les cours de l’Institut des professeurs rouges de 1931 à 1933 (comme Leonid Il’ičëv, Aleksej Larionov et Mihail Souslov un peu plus tard), tout en travaillant comme secrétaire de rédaction de la revue Sur le front agraire, et comme maître de conférences à la chaire d’économie politique de l’Institut agropédagogique de Moscou. En ces années de collectivisation forcée de l’agriculture et de « dékoulakisation » massive, il se retrouve au Département politique d’un sovkhoze en Sibérie pendant deux ans (1933-1935) – sans doute une disgrâce temporaire. Mais cet éloignement du pouvoir central est sans lendemain, puisqu’à son retour il devient l’adjoint du chef du secteur de la science agricole du Département de la science du CC du PCUS, tout en enseignant à l’Institut des professeurs rouges. Il occupe d’autres fonctions dans l’enseignement supérieur et la recherche, à la faveur de la Grande Terreur : à partir de 1937 il est secrétaire scientifique à l’Institut d’économie de l’AN SSSR et enseigne à l’Institut du commerce coopératif soviétique de Moscou, ainsi qu’à l’École supérieure du Parti près le CC du VKP(b). Il soutient alors une thèse de doktor ès sciences économiques, et reçoit le titre de professeur (1939).

Pendant la guerre, il sert comme chef de Département politique de plusieurs armées, ce qui lui permet en 1946 d’être nommé adjoint du Département de propagande et agitation de la Direction politique centrale des Forces armées d’URSS, puis rédacteur de la Pravda en 1946-1947. Il entre alors à nouveau dans l’appareil central du Parti, à la direction de propagande et agitation, avant de retrouver la direction de la Pravda de 1952 à 1956. Il a ainsi la réputation d’un idéologue passé sans accroc de la fin du stalinisme à la nouvelle ère qui s’ouvre en 1953. On le retrouve en première ligne en décembre 1954 lors de la condamnation des premiers signes du « Dégel » en littérature, avec le départ d’Aleksandr Tvardovskij de la direction de la revue emblématique de l’ouverture, Novyj Mir (après la publication de l’article de Pomerancev « De la sincérité en littérature »)216. Pourtant Šepilov assiste Khrouchtchev lors de la préparation du XXe Congrès du PCUS : il l’aide à mettre la dernière main au texte du Rapport secret, quelques jours avant sa lecture217.

En juin 1956, il succède à Molotov comme ministre des Affaires étrangères, mais reste seulement quelques mois à ce poste. En revanche, de juillet 1955 à juin 1957 il est secrétaire du CC du PCUS (sauf une courte interruption de décembre 1956 à février 1957), ce qui lui permet de jouer un rôle dans plusieurs discussions internes importantes, notamment sur les réformes de l’enseignement. Mais il est écarté de toutes ses responsabilités, et exclu du CC du PCUS (où il était entré en 1952), lors de l’affaire du « groupe anti-Parti » auquel, comme membre candidat du Présidium, il est accusé de s’être « associé ». Il est alors nommé directeur de l’Institut d’économie de l’AN de Kirghizie et finit sa vie professionnelle au Département d’édition scientifique de la Direction principale des archives près le CM d’URSS (de 1960 à 1982). Exclu du Parti en 1962, comme Molotov, il sera réintégré en 1976.



Membre correspondant de l’AN SSSR de 1953 à 1960, député du Soviet suprême d’URSS de 1950 à 1958, Šepilov a joué un rôle dans la genèse de la réforme de l’enseignement en tant que secrétaire du CC du PCUS. En mars 1957, il soutient la position modérée du Département de la science, des VUZ et des écoles, incarnée par Kirillin et son subordonné Dmitrij Kukin.
ŠIMBIRËV Pavel Nikolaevič (1883-1960)

Né dans une famille paysanne de la province de Moscou, il étudie dans un séminaire pour instituteurs et travaille comme instituteur de zemstvo dans son district natal dès 1904 (suivant le même parcours que Mihail Mel’nikov, de quatre ans son cadet). Syndicaliste, il profite des nouvelles perspectives de carrière à la fin de la guerre civile : il devient directeur du tehnikum pédagogique Profintern de Moscou en 1921, puis entre au Département de l’instruction publique de Moscou. En 1931, il s’oriente vers la recherche en science pédagogique : il prend la direction de l’Institut de recherche de planification et d’organisation de l’instruction publique, qu’il conserve pendant cinq ans. Parallèlement, il enseigne les sciences sociales à l’Université communiste et à l’Institut d’histoire, de philosophie et de littérature de Moscou. Il rédige alors le premier manuel soviétique de pédagogie à l’usage des étudiants des tehnikum pédagogiques (1934) et est nommé professeur (1935) avant même d’être doktor. En décembre 1936, il prend la tête de l’Institut pédagogique de Kirov, dans l’Oural : cette relégation loin de la capitale semble liée aux purges qui frappent alors le monde pédagogique218. En mars 1938 sa trace se perd dans le système d’enseignement soviétique : il est probable que, son titre de doktor en poche, il continue d’enseigner voire conserve sa chaire de pédagogie à Kirov. Il publie d’ailleurs un nouveau manuel pour les collèges pédagogiques (1940), suivi d’un autre pour les instituts de formation des maîtres avec I.T. Ogorodnikov (1946). Dans le premier ouvrage, sanctionnant le tournant théorique opéré au cours des années trente, il fait de l’enseignant « la figure centrale dans l’école et dans le processus d’instruction », chargée aussi de l’éducation de « dizaines de millions de bâtisseurs du communisme »219. A la même époque, il fait partie, avec dans une moindre mesure Solomon Rives, des pédagogues qui critiquent le culte naissant des idées de Makarenko220. Il rentre alors dans la capitale, obtenant la chaire de pédagogie du MOPI « Krupskaâ ». L’apogée de sa carrière administrative se situe de 1946 à 1949, lorsqu’il dirige le Département des VUZ pédagogiques au Minpros RSFSR. Ce retour en grâce implique aussi l’obligation d’être un zélé détracteur des théories « anciennes » qui peuvent subsister dans les écrits d’autres pédagogues formés avant la révolution. Ainsi, Šimbirëv signe en 1949 une recension accusatrice d’un livre d’histoire de l’école en RSFSR, œuvre de deux pédagogues qui sont parmi les derniers représentants de l’université prérévolutionnaire, N.A. Konstantinov et E.N. Medynskij221. Mais la même année, il laisse sa place à Alekesj Arsen’ev. Revenu à l’enseignement, il publie, avec I.T. Ogorodnikov, un manuel de pédagogie pour les instituts pédagogiques (1954). L’année suivante, Šimbirëv est fait membre correspondant de l’APN – une élection tardive, vu son cursus et ses décorations, dont les médailles « pour excellence au travail » et K.D. Ušinskij. Il est l’un des rédacteurs-consultants de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958).

Il participe, en 1958, aux débats sur la réforme de l’enseignement : il intervient en particulier lors de l’Assemblée générale de l’APN RSFSR, le 25 novembre. Contre son successeur Alekesj Arsen’ev, il soutient son jeune collègue Vasilij Suhomlinskij (de trente-cinq ans son cadet), dans une intervention mentionnée dans la Pravda pour sa teneur critique222. Il dénonce en particulier la baisse de niveau déjà constatée à l’entrée en VUZ, expliquant que les physiciens, mais aussi les représentants des sciences humaines, sont inquiets de la réforme en préparation. Il intervient également, mais de façon plus mesurée, au plénum du Conseil des méthodes scolaires du Minpros RSFSR. Un mois plus tard, il est l’un des co-signataires, avec son collègue de l’APN I. Andronov, et d’autres enseignants du MOPI – le chimiste D. Râbšikovm, le physicien V. Nozdrev, et A. Kozačenko – d’une tribune proposant des réformes dans les instituts pédagogiques223.


STRUMILIN Stanislas Gustavovič (1877-1874)

Ce personnage d’origine noble, à la longévité hors du commun, a commencé sa vie publique comme économiste au service du mouvement ouvrier russe dès l’âge de vingt ans, en 1897, puis dans les rangs menchéviks après la scission de 1903 : pour cela, il fait exception à l'époque khrouchtchévienne. Diplômé de l’Institut Polytechnique de Petrograd en 1914 où il a étudié la statistique, il est entré au Parti bolchevik en 1923, après avoir commencé une longue carrière au Gosplan - interrompue de 1937 à 1943, période pendant laquelle il subit vraisemblablement une mise à l’écart liée à son passé non conforme. En 1932, il a même été nommé vice-directeur de la Direction des statistiques du Gosplan, pour sa double formation d’économiste et de statisticien224. Élu académicien en 1931, il a également enseigné à MGU de 1921 à 1923, ainsi qu'à l'institut économique « Plehanov » en 1929-1930 puis à l'Institut économique d'État de Moscou (1931-1950). De 1948 à 1952, il dirige le secteur d'histoire économique de l’institut d’économie de l’AN SSSR, et de 1948 à sa mort il enseigne aussi à l'Académie des sciences sociales auprès du CC du PCUS, un lieu de formation des élites de l’appareil du Parti-État. Présenté dans ses biographies officielles comme « l’auteur de plus de 700 travaux scientifiques », il a des compétences étendues, et a participé à l’élaboration de la planification quinquennale en URSS, tout en étant également reconnu à l’étranger, dans les pays « frères » (membre des académies des sciences de Pologne et de Roumanie). Il a reçu le Prix Staline en 1942 et le Prix Lénine en 1958, et a été décoré trois fois de l’ordre de Lénine, entre autres.

Strumilin assiste à la réunion des « savants » organisée par l'Otdel nauki du CC du PCUS le 19 septembre 1958, mais il ne semble pas être intervenu dans les débats. En revanche, il publie au moins un article sur la question scolaire, en 1960, pour défendre le principe de la généralisation des écoles-internats. Puis, quelques années plus tard, il prend le contrepied du projet khrouchtchévien : le vieil académicien (il a alors 87 ans) argumente, en avril 1964, en faveur d’un retour à une conception générale de l’instruction secondaire, capable d’améliorer véritablement la productivité du travail : selon lui, « un an d’instruction scolaire donne, en moyenne, une qualification supérieure d’environ 2,6 fois à celle d’une année d’apprentissage en usine »225.

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