1 adžubej (adjoubeï)2 Aleksej Ivanovič (1924-1993)




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NESMEÂNOV Aleksandr Nikolaevič (1899-1980)

Né en 1899 à Moscou d’un père directeur d’école et d’une mère enseignante, il achève sa scolarité au gymnase en 1917 et entre aussitôt au département des sciences naturelles de la Faculté de physique et mathématiques de l’université de Moscou. Diplômé en 1922 de physique-chimie, étudiant de Nikolaj Zelinskij (1861-1953), il reste à la chaire de chimie organique de ce dernier et y fait carrière. Il reçoit en 1930 le titre de docent, puis le grade de doktor ès sciences chimiques, et le titre de professeur en 1934. La même année, il fonde le Laboratoire de chimie organique de MGU et commence à collaborer à l’Institut de chimie organique de l’AN SSSR, créé lui aussi en 1934. Cinq ans plus tard, il est élu simultanément membre correspondant, et directeur de ce dernier institut. Elu académicien de plein droit en 1943, entré au Parti en 1944, il enchaîne alors les postes à haute responsabilité : doyen de la Faculté de chimie de MGU (1945-1948) et académicien-secrétaire du département de chimie de l’AN SSSR (1946-1948), puis recteur de MGU (1948-1951)157. Ces trois années à la tête de la première université du pays sont marquées, selon la légende positive qui entoure cet « organisateur de la science » (organizator nauki), par son rôle dans l’attribution à MGU de nouveaux locaux, sur le Mont Lénine (un ensemble comportant notamment un des sept gratte-ciel staliniens de la ville). Dans des notes (destinées à la publication) sur un article dédié au « palais de la science » que représente le nouveau bâtiment principal, Nesmeânov insiste, en août 1952, sur l’importance, à ses yeux, du lien étroit entre les études et la recherche scientifique que permet l’organisation des nouveaux locaux :


On ne peut pas former un spécialiste possédant la méthode scientifique (et c’est lui seul qui sera nécessaire dans le futur) s’il n’a pas pris part directement au travail scientifique, comme on ne peut pas former un cordonnier qui ne saurait pas coudre des bottes. […] Par ailleurs il n’est nul terrain plus favorable au travail de recherche scientifique (…) qu’un VUZ ... où les conditions au niveau du personnel sont bien plus favorables que dans n’importe quel institut scientifique de l’académie Ces vérités élémentaires, semblerait-il, n’étaient pas claires pour tout un chacun. Le point de vue dominant était que si un VUZ donne dans les délais et dans les quantités demandées des diplômés avec de bonnes notes, alors tout est en ordre, et que les institutions scientifiques s’occupent de science. Mais dans un tel système les bonnes notes sont mises involontairement au fameux « bagage », aux « connaissances de petite fille » (devočkini znaniâ), pour l’apprentissage mort et sans objet (nikčemnoe) d’un matériau, avec une très faible aptitude à le retourner, à le mettre en pratique (primenit‘). Chez nous fonctionne désormais un aphorisme contraire au proverbe bien connu :

« Ce n’est pas la répétition qui est la mère du savoir, mais la mise en pratique (primenenie). La répétition est la marâtre du savoir. »158


Il est aussi président du comité des prix Staline (puis « d’État ») d’URSS (1947-1956). En février 1951, après la mort brutale du président de l’AN SSSR, le physicien Sergej Vavilov (1891-1951), il est désigné pour lui succéder et remporte sans surprise l’élection organisée dans ce but. Pendant ses dix ans de présidence, il procède à des réformes importantes comme la création de nouveaux instituts, l’amélioration de la planification des différents secteurs (avec la mise en place de huit départements en 1955). Mais il rencontre aussi des oppositions : celle des physiciens atomistes Tamm, Leontovič et Arcimovič qui, en octobre 1956, votent contre sa réélection (ils lui reprochent de n’avoir pas assez aidé les généticiens aux prises avec le lyssenkisme, en particulier Nikolaj Dubinin (1906-1998)), et surtout, de l’autre côté, celle de Khrouchtchev, qui tente alors d‘imposer une refonte complète de l’Académie159. La résistance de Nesmeânov a raison de la détermination du Premier secrétaire, mais au terme de son second mandat, il est remplacé par le mathématicien et physicien (mécanique) Mstislav Keldyš (1911-1978), en avril 1961. De 1963 à 1975, il retrouve des responsabilités importantes à l’AN SSSR, comme académicien-secrétaire du Département de chimie générale et technique.

Nesmeânov a plusieurs fois abordé la question de la formation des cadres scientifiques, au cours des années 1950 : en février 1953, lors d’une séance au Présidium, il affirme :


nous n’avons pas besoin de gens moyens (serednâki) qui travaillent « comme il faut » (« ničego »). Ils créent une atmosphère grise, médiocre dans l’académie, ils éteignent la pensée créatrice et l’avidité de la recherche, ils abaissent l’immunité face à l’ignorance.160
La dénonciation de la multiplication des gens « gris » à l’Académie est aussi, à la même époque et dans les années suivantes, un leitmotiv du collègue, et parfois adversaire de Nesmeânov dans les discussions au sommet de l’institution, qu’est Nikolaj Semënov161.

Un autre trait de la personnalité publique de Nesmeânov est l’attachement qu’il manifeste, à plusieurs reprises, à la forme de la discussion pour résoudre les conflits et les contradictions existant dans les domaines scientifiques, mais aussi sur un certain nombre de questions de société. Dans son rapport à la réunion de l’appareil du CC du PCUS de décembre 1956 « sur la situation et les perspectives de la science soviétique pour les 5-6 prochaines années », il déclare que « les discussions libres dans la science sont bénéfiques et capables d’éclairer la situation »162. Quelques jours plus tard, il conclut son intervention à l’Assemblée générale de l’AN SSSR en des termes très proches :


En général, il convient de dire que les tentatives d’établir comme officiels les jugements de la majorité ou des voix les plus fortes, ne sont pas bénéfiques à la science. Les discussions libres sont indispensables, fondées sur une argumentation démonstrative scientifique, mais en cas de dispute c’est la vérification expérimentale, dans les conditions de commissions spécialement créées, représentant toutes les opinions, [qui doit trancher].163
Cette remarque, qui s’applique en premier lieu à la situation dans la biologie soviétique, vaut comme une règle générale, en accord avec l’idée très répandue, en cette époque de « Dégel », selon laquelle une libre discussion permet de lever les malentendus et de résoudre les problèmes concrets, à tous les niveaux164. Nesmeânov intervient aussi hors de son champ de compétence, non seulement à l’attention du monde extérieur, en participant au congrès des partisans de la paix dès l’appel de Stockholm de 1950, mais aussi sur des questions intérieures à l’Union soviétique : en juillet 1957 et janvier 1959, il signe deux articles consacrés à la protection de la nature165. Au début des années 1950, il s’est d’ailleurs illustré dans la Société panrusse de défense de la nature (VOOP)166. Dans ces conditions, il n’est pas étonnant de trouver Nesmeânov au premier rang de la contestation des savants sur certains points de la réforme de l’enseignement de 1958. Il est l’un des plus virulents à s’exprimer lors de la réunion du 19 septembre 1958 ; surtout, il signe dans la Literaturnaâ gazeta, le 20 décembre, un article très critique à l’égard du projet officiel, à partir d’une position scientifique – s’appuyant sur la physiologie du cerveau humain. Il était déjà intervenu pour soutenir l’idée de « différenciation » de l’enseignement secondaire, défendue notamment par Nikolaj Gončarov. En revanche, il n’aborde cette discussion à aucun moment lorsqu’il préside les séances du Présidium de l’AN SSSR. Parallèlement, de 1947 à 1962, il est député au Soviet suprême d’URSS.
NOVIKOV Ivan Ivanovič (1916-)

Diplômé de l’université de Moscou en 1939, il travaille ensuite, pendant et après la guerre, dans différentes institutions scientifiques de la Marine soviétique, jusqu’en 1948 (et entre au Parti en 1944). De 1948 à 1950, il enseigne la physique à l’Institut énergétique de Moscou (MEI), où il devient professeur, en 1949 – il y rencontre peut-être, alors, Valentin Fabrikant et le jeune Andreï Sakharov. Il reçoit le prix d’État en 1951 puis en 1953, pour ses travaux en thermodynamique. Il entre alors à l’Institut d’ingénierie physique de Moscou (MIFI), pour en devenir le directeur en 1956, à quarante ans. Cette année-là, il prend également la tête de la revue L’énergie atomique, ses principaux travaux portant sur la dynamique des gaz, et d’autres questions liées à l’énergie nucléaire. En 1957, il devient en outre le directeur du tout nouvel Institut de physique thermique de Novossibirsk, à l’invitation de Mihail Lavrent’ev. Un an plus tard, il est élu membre correspondant de l’AN SSSR (il avait déjà été adjoint du secrétaire scientifique du Présidium, de 1954 à 1956). A la réunion des savants le 19 septembre 1958, il critique fortement le projet khrouchtchévien.

Paradoxalement, le nom de Novikov est aujourd’hui oublié, y compris dans les travaux portant sur l’histoire des physiciens dans les années 1950.
NUŽIN Mihail Tihonovič (1914-1983)

Après être entré à l’Institut d’aviation de Kazan, il se réoriente et obtient son diplôme de la Faculté de physique et mathématiques de l’université de cette même ville. Sa thèse de kandidat en mécanique est interrompue par le service militaire, puis la guerre : elle n’est soutenue qu’en 1947. Mais la suite de sa carrière est plus rapide : en 1954, à 39 ans, il soutient une thèse de doktor et est nommé directement recteur de l’université de Kazan, poste qu’il conserve jusqu’en 1979. Sous sa direction, le VUZ connaît un développement rapide dans le domaine des sciences exactes : sont créées la Faculté de mécanique et mathématiques, et celle de mathématiques calculatoires et de cybernétique. En 1958, il intervient lors de la réunion des directeurs de VUZ organisée au MVO SSSR, pour défendre la légitimité des universités de province, et prôner un renforcement des pôles universitaires dans le pays. Il soutient également l’instauration d’une spécialisation en physique et mathématiques à l’école secondaire n°31 de Kazan, en 1961.



En 2004, un buste de Nužin a été inauguré à Kazan, cinquante ans après sa prise de fonction au poste de recteur de l’université.
PETROVSKIJ Ivan Gregorevič (1901-1973)

Né dans la famille d’un commerçant de la province d’Orel, à l’Ouest de la Russie, il est scolarisé au lycée technique (real’noe učiliŝe) de sa ville, où il reçoit des notes excellentes, sauf en mathématiques. Or c’est la première discipline qu’il choisit, en 1917, en entrant à l’université de Moscou. Cependant, la Révolution puis la Guerre civile le forcent à quitter la capitale pour rejoindre sa famille à Elisavetgrad (actuelle Kirovograd, en Ukraine), où il s’inscrit à l’Institut de mécanique et de construction de machines. Rentré à Moscou en 1922, il reprend ses études à MGU, puis rédige une thèse sous la direction de Dmitrij Egorov (1869-1931). Il fréquente alors aussi le groupe des élèves de Nikolaj Luzin (1883-1950) ou « Luzitaniâ », dont font partie, entre autres, Pavel Aleksandrov, Andrej Kolmogorov et Mihail Lavrent’ev167. Son titre de kandidat reçu en 1930, Petrovskij travaille à MGU, où il connaît une promotion rapide, puisqu’il est nommé professeur en 1933, avant d’obtenir le grade de doktor sans avoir soutenu de thèse. Ses travaux portent sur des domaines très variés, principalement les équations différentielles et la théorie des probabilités. De 1940 à 1944, Petrovskij dirige la Faculté de mécanique et mathématiques ; ses travaux sur la diffusion des ondes lui valent d’être élu membre correspondant de l’APN en 1943, puis académicien en 1946. La même année, il reçoit le prix Staline (suivi d’un autre en 1952). Il cumule alors les postes de responsabilité : académicien-secrétaire du Département des sciences physiques et mathématiques de l’AN SSSR de 1949 à 1951, il prend alors la tête de la chaire d’équations différentielles de MGU. Surtout, sur décision du Politburo du CC du PCUS, il est nommé recteur de MGU, en mai 1951 : il succède ainsi à Aleksandr Nesmeânov, élu président de l’AN SSSR. Cette promotion est d’autant plus surprenante que Petrovskij n’est pas membre du Parti – à la différence de ses prédécesseurs. Recteur pendant 22 ans de la première université du pays, tout en siégeant au Présidium de l’AN SSSR à partir de 1953, Petrovskij a laissé l’impression d’un chercheur brillant, mais aussi d’un pédagogue soucieux de transmettre son savoir, auteur de nombreux manuels. D’après le témoignage d’Andreï Sakharov, il défend à la fin de l’ère stalinienne enseignants et étudiants contre les accusations d’obséquiosité face à l’Occident (à l’époque de la campagne contre la cybernétique), et lutte contre l’antisémitisme168. Il reprend le dossier de la construction des nouveaux bâtiments de MGU, lancé par son prédécesseur Nesmeânov, et c’est lui qui inaugure le building stalinien du Mont Lénine (actuel Mont des Moineaux), en septembre 1953. Lors des réunions au MVO, il se met peu en avant pour défendre des positions divergentes de la ligne officielle. En revanche, il insiste souvent sur les besoins des universités sur le plan de la recherche scientifique et de la formation des jeunes chercheurs : c’est le cas en février 1957169. En septembre 1958, s’il reste silencieux lors de la réunion au CC du PCUS, il critique vivement le projet présenté par Vâčeslav Elûtin, trois jours plus tard, aux directeurs de VUZ du pays : appuyé par Aleksandr Aleksandrov, Petrovskij préconise le maintien d’écoles secondaires de jour, et met en garde contre l’obligation d’un stage dans la production, avant les études supérieures. Au début des années 1960, il participe d’ailleurs à l’élaboration de plusieurs mesures corrigeant certains effets de la réforme : l’organisation de cours de formation continue pour les enseignants de mathématiques du secondaire, et surtout la création de l’école-internat de physique et mathématiques de MGU, sous le patronage d’Andrej Kolmogorov. Parallèlement, il a été député du Soviet suprême d’URSS de 1962 à 1973 (et membre du Présidium à partir de 1966).

D’après Vladimir Dimov, le CC du PCUS aurait tenté de limiter la marge de manœuvre de Petrovskij, en s’appuyant sur le prorecteur E.M. Sergeev, qui ne cachait pas son ambition de prendre sa place. Celui-ci essaya de concentrer entre ses mains les leviers administratifs et financiers du pouvoir au sein de l’université. En janvier 1973, Petrovskij connaît une mort tragique : il succombe à une crise cardiaque, alors qu’il venait de se faire refuser l’accès à l’immeuble du CC du PCUS sur la Vieille Place, à Moscou, faute de carte du Parti170.


POLÂNSKIJ Dmitrij Stepanovič (1917-…)

Né dans une famille paysanne du Donbass (région d’où est originaire Khrouchtchev), il entre au Komsomol en 1931, et commence à travailler comme ouvrier l’année suivante. Il étudie ensuite, de 1935 à 1939, à l’Institut agricole de Kharkov. Membre du Parti depuis 1939, il travaille dans l’appareil régional du Komsomol, est mobilisé, puis démobilisé, et reprend des études, cette fois à l’Ecole supérieure du Parti à Moscou. Après la guerre, il travaille à la direction des cadres du CC du PCUS, de 1945 à 1949. En 1949, il est nommé deuxième secrétaire du CC de l’obkom de Crimée, puis président du comité exécutif de Crimée de 1952 à décembre 1953. A cette date, il accède au poste de premier secrétaire dans plusieurs obkom et rajkom du PCUS, ce qui lui permet d’entrer au CC du PCUS lors du XXe Congrès. 1958 lui apporte une double promotion : élu député au Soviet suprême, il est aussi nommé à la tête du gouvernement de RSFSR, le 31 mars, et surtout membre candidat du Présidium du CC du PCUS, en juin. Cette année-là, il fait partie des nouvelles personnalités ayant leur notice biographique (et leur photographie) dans le dernier tome de la Grande encyclopédie soviétique171. Il reste à la tête du CM de RSFSR jusqu’en 1962, fonction qui lui permet d’exercer un contrôle sur toutes les réformes adoptées durant cette période pour sa république. Parallèlement, il est donc membre candidat (1958-1960) puis à part entière du Présidium du CC du PCUS. Après 1962, il devient vice-premier ministre d’URSS, et finit sa carrière gouvernementale au poste de ministre de l’agriculture d’URSS, de 1973 à 1976. Ensuite il occupe différents emplois dans la diplomatie. Pendant cette période, il est resté membre du Présidium (après 1966 : du Politburo) du CC du PCUS jusqu’à 1976. Il est mentionné par le chercheur Nikolaj Mitrohin comme étant l’un des hauts dirigeants russes ayant des idées nationalistes172.


PROKOF’EV Mihail Alekseevič (1910-1999)

Né dans un village de la région de Smolensk dans une famille paysanne, il travaille comme moniteur pionnier puis comme presseur à l’usine chimique Derbenev à Moscou. Il fait alors des études à la Faculté de chimie de MGU, dont il sort en 1935, avant de servir dans l’Armée rouge. En 1940, après trois ans de préparation d’une thèse à MGU, il y devient directeur adjoint de l’Institut de chimie. Membre du Parti depuis 1941, il combat dans la marine de guerre, puis reprend son poste à MGU en 1946. De 1948 à 1951, il est secrétaire du partkom de MGU, au pire moment des campagnes contre « l’obséquiosité (nizkopoklonstvo) et la servilité devant l’Occident » et le « cosmopolitisme ». Ensuite il devient le chef de la Direction principale des universités dans les Ministères de l’Enseignement supérieur (1951-1953) puis de la Culture (1953-1954) d’URSS. De 1954 à 1959, il est ministre adjoint de l’Enseignement supérieur, conservant ce poste après la refonte administrative, devenant premier adjoint du ministre de l’Enseignement supérieur et secondaire spécial d’URSS, de 1959 à mai 1966, sous la direction de l’indétrônable Vâčeslav Elûtin qu’il aura secondé pendant douze ans. Durant cette période, il entre à l’APN directement comme académicien (1965). Parallèlement, il fonde puis dirige la chaire de chimie et des unions naturelles de MGU, de 1961 à 1984.

En mai 1966, il obtient à son tour un ministère, celui de l’Instruction, d’abord pour la RSFSR, puis, en décembre 1966, pour toute l’URSS – ce dernier, nouvellement créé, remplaçant le précédent. Il y reste jusqu’à son départ à la retraite en 1984 (un an avant Elûtin), à 74 ans. Il devient après cette date « professeur-consultant » à MGU, ayant obtenu un grade de doktor en chimie pour ses travaux sur les biopolymères, et étant entré à l’AN SSSR comme membre correspondant (1966). Parallèlement, sa position dans l’appareil lui a permis d’être élu au Soviet suprême d’URSS de 1966 à 1986 et de siéger au Comité central du PCUS de 1971 à 1986. C’est donc plus un « administrateur » qu’un « spécialiste », malgré ses titres scientifiques.
RUMÂNCEV Aleksej Matveevič (1905-1993)

Né dans un village de la province de Kostroma, dans une famille paysanne, il étudie à l’Institut de l’économie nationale de Kharkov, dont il sort diplômé en 1926. Il enseigne tout en effectuant alors un doctorat à l’Institut de recherche scientifique d’économie et d’organisation de l’industrie du Conseil de l’économie nationale d’Ukraine. Il effectue d’abord une carrière de chercheur, puis, après 1943, d’administrateur dans l’appareil local et régional du Parti, dans lequel il est entré en 1940. Puis il retourne à l’enseignement et à la recherche : en 1949 il dirige une chaire à l’Institut polytechnique de Kharkov, et en 1950 il est nommé directeur de l’Institut d’économie de l’AN USSR. En 1952, sur ordre de Staline (qui cherche sans doute à remplacer les économistes qu’il a récemment limogés ou fait supprimer, comme Nikolaj Voznesenskij), il est appelé dans l’appareil du CC du PCUS à Moscou : il y dirige le Département des sciences économiques et historiques, puis, de 1953 à 1955, le département unifié de la science et de la culture – avant de laisser son poste à Vladimir Kirillin. A ce titre, il joue un rôle important dans l’actualité du monde scientifique de la période : réhabilitations et réintégrations de savants, luttes d’influence dans les universités et les AN. En particulier, il rédige plusieurs rapports au printemps-été 1954 sur l’état d’esprit des étudiants de MGU et de l’Institut de littérature lors de la campagne orchestrée par le Parti contre la revue Novyj mir de Tvardovskij, et plus précisément contre le célèbre article « De la sincérité en littérature » de Pomerancev173. Puis, de 1955 à 1958, il est rédacteur en chef de la revue Kommunist. Il occupe les mêmes fonctions, à partir de cette date, dans Problèmes de la paix et du socialisme, nouvel organe des partis communistes et ouvriers destiné à traiter des questions du mouvement socialiste mondial et en particulier des relations entre le PCUS et les « partis frères » d’Europe de l’Est. Il y travaille, à Prague (Tchécoslovaquie), jusqu’en 1964, date à laquelle il est promu rédacteur en chef de la Pravda. Mais il ne reste qu’un an à ce poste, avant de perdre toutes ses fonctions, sauf dans des institutions scientifiques : vice-président de l’AN SSSR de 1967 à 1971, et, après la purge de 1968, directeur du nouvel Institut des recherches sociales concrètes (fondé pour permettre aux sociologues de s’émanciper quelque peu de la tutelle des idéologues qui régnaient à l’Institut de philosophie de l’AN SSSR)174. Il y reste jusqu’au 15 mai 1971, date de son départ à la retraite. : il est alors remplacé par Mihail Rutkevič, attaché à reprendre la lutte contre les influences de la « sociologie bourgeoise ». Parallèlement, Rumâncev a été membre du CC du PCUS de 1952 à 1976 sans interruption, et député du Soviet suprême d’URSS des 4ème et 5ème mandatures (de 1954 à 1962).


SAHAROV (SAKHAROV) Andrej Dmitrievič (1921-1989)

La vie de la figure la plus célèbre de la dissidence scientifique en URSS a fait l’objet de nombreux travaux, qu’il est impossible de résumer ici. Nous nous bornerons à rappeler quelques éléments qui concernent sa formation, et le rapport entre activité scientifique et enseignement, notamment dans les années cinquante. Nous évoquerons d’abord son père, qui avait étudié à l’Institut médical puis à la Faculté de physique-mathématiques de l’Université de Moscou, à la veille de la Première guerre mondiale. Après la guerre et la révolution d’Octobre, il avait enseigné la physique à l’Institut des professeurs rouges dans la capitale, puis à l’Université de Sverdlovsk (actuellement : Ekaterinbourg) et, pendant vingt-cinq ans, à l’Institut pédagogique « Bubnov » de Moscou (devenu, après l’arrestation de Bubnov en 1937, MGPI « Lénine »). Pour une raison inconnue de son fils, Dmitrij Sakharov dut quitter cet institut au début des années cinquante et finir sa carrière à l’Institut pédagogique de l’oblast’ de Moscou « Krupskaâ » (MOPI)175. Durant toute sa vie, il écrivit ouvrages de vulgarisation et manuels, qui constituaient la ressource principale de la famille, notamment un recueil d’exercices de physique qui fut édité treize fois, et un manuel à l’usage des étudiants de tehnikum, que son fils Andreï a contribué à moderniser en 1964, puis en 1974 – mais cette fois l’activité politique du dissident empêcha la réédition.

Les années de formation d’Andreï Sakharov sont paradoxales : d’un côté, il raconte que son père était opposé au phénomène des « enfants prodiges » (vunderkindstvo en russe)176. De l’autre, il évoque la « concurrence féroce » qui existait entre lui et ses camarades, et les élèves de l’école voisine à Moscou, école « du Kremlin » réservée aux enfants de hauts dirigeants177. A l’école, il réussit bien sauf pour les leçons de « travail » (trud) ; au point que ses parents le retirent de l’école et le préparent tout à la fois aux examens de 5e et de 6e à la maison, avec des institutrices qui viennent à domicile. Il peut ainsi entrer directement en 7e l’année suivante : « Papa voulait utiliser l’année gagnée pour que je travaille comme laborantin avant le VUZ, mais en 1938 l’âge du service militaire changea, l’entrée en VUZ devint très difficile, et ce plan s’écroula »178. Il y parvient malgré tout, grâce à sa médaille d’or obtenue pour ses bons résultats en dernière année (10e), avec un seul autre élève de son école. A l’automne 1938 il entre donc à la Faculté de physique de MGU, comme il le rappelle dans ses mémoires :
Ce n’est que plus tard que j’entendis parler mes camarades des terribles examens d’entrée, du concours immense ; je pense que je n’aurais probablement pas réussi cette sélection cruelle et souvent injuste qui exigeait en plus des qualités psychologiques que je ne possédais pas. Parmi les candidats reçus au concours il y avait dans notre groupe deux jeunes gens qui avaient travaillé deux ans avant le VUZ à l’usine automobile « Staline » (désormais « Lihačev ». Bien sûr, le stage de travail leur donnait certains avantages, mais tous les deux étaient eux-mêmes très capables et travailleurs, organisés179.
Après des études brillantes, malgré les bouleversements de la guerre et de l’évacuation, il est pris en aspirantura par le physicien Igor’ Tamm, qui connaît ses parents, et qu’Andreï a rencontré une fois en faisant de l’alpinisme, ce qui aurait d’après lui « probablement joué un rôle ». C’est en enseignant à l’Institut énergétique de Moscou (MEI) qu’il dit avoir appris véritablement la physique nucléaire, aidé notamment par Valentin Fabrikant ( il a pu y côtoyer Ivan Novikov) . Il enseigne aussi six mois à l’école du soir ouvrière de l’Institut d’Igor Kurčatov (1903-1960), une expérience difficile (« J’ai peur de ne pas avoir été un enseignant valable »).

Sakharov est l’un des signataires de la « Lettre des physiciens », jointe à celle dite « des trois cents » biologistes, qui demandent et obtiennent, en 1955, que le pouvoir mette fin au règne de Lyssenko dans la biologie en URSS180. Sakharov n’a pas de contacts directs avec Nikita Khrouchtchev – plus tard, il se souviendra d’avoir dit en 1956, en parlant du Premier secrétaire : « Il me plaît beaucoup ! Après tout, il diffère énormément de Staline »181. C’est à ce moment qu’il prend conscience des risques que fait courir à la planète la poursuite des essais nucléaires, et qu’il décide d’utiliser ses relations pour tenter d’y mettre fin182. Parallèlement à cet engagement extra-scientifique, c’est son ami Âkov Zel’dovič, physicien autodidacte, élève du chimiste Nikolaj Semënov, qui l’aurait poussé à intervenir, en 1958, dans le débat public sur la réforme de l’enseignement. Depuis longtemps, les deux hommes entretenaient des conversations sur des thèmes sociaux-politiques (« obŝestvennye »). De fait, ils signent ensemble un article, en novembre 1958, défendant l’idée de créer des écoles spéciales en sciences et en mathématiques : ce faisant ils prennent le contre-pied de l’opinion de nombreux savants, mais pas de Semënov auquel ils font implicitement référence183. Dans ses mémoires, Sakharov précise :


Durant ces années, il y eut encore quelques débats socio-politiques, vers lesquels m’attira Zel’dovič, ma participation y étant relativement passive. [...] A l‘époque on ne faisait que discuter la question de savoir si [des écoles spéciales] étaient nécessaires ou contredisaient à quelques principes sociaux ou pédagogiques. Zel’dovič et moi écrivîmes et adressâmes aux Izvestia une note dans laquelle nous défendions l’idée de telles écoles (nous apportions des arguments assez évidents en leur faveur, et esquivions la discussion avec nos opposants, laissant toutes les objections sans réponse).
A la différence de Zel’dovič, Sakharov ne s’impliqua pas davantage dans le débat sur l’enseignement du début des années 1960 : il ne siégea pas dans la Commission de réforme des programmes de 1964, et ne semble pas avoir été lié au lancement des écoles-internats de physique et mathématiques, à la même époque.
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