1 adžubej (adjoubeï)2 Aleksej Ivanovič (1924-1993)




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- Sergej Petrovič Kapica, né en Angleterre en 1928
Après des études à l’Institut d’aviation de Moscou (1949), il travaille à l’Institut des problèmes physiques de l’AN SSSR, fondé par son père, dès 1953, et enseigne à l’Institut physico-technique de Moscou (MFTI), où il dirige la chaire de physique générale de 1965 à 1998. A partir des années 1970, il se consacre à la vulgarisation de la science, en animant une émission de télévision célèbre, « Évident mais incroyable (Očevidnoe – neveroâtnoe) » (de 1973 au début des années 1990) et en dirigeant plusieurs publications et collections dans ce domaine. Il est aussi académicien de l’Académie des sciences exactes de Russie (RAEN), depuis 1990.
- Andrej Petrovič Kapica, né en Angleterre en1931
Après des études à la Faculté de géographie de MGU au début des années 1950, il se spécialise dans la géomorphologie de l’Antarctique, où il effectue quatre expéditions, à partir de la fin des années 1950. Parallèlement, il fait carrière à MGU à partir de 1953 : à 35 ans, il est nommé professeur et doyen de la Faculté de géographie (1966-1970). De 1967 à 1969, il dirige l’expédition de géophysique de l’AN SSSR en Afrique, avant d’en être élu, en 1970, membre correspondant, et de recevoir en 1971 un prix d’État pour sa participation à l’Atlas de l’Antarctique (1969). En 1987, il fonde la chaire d’exploitation rationnelle de la nature (racional’nogo prirodopol’zovaniâ) à la Faculté de géographie de MGU ; dans les années 1990 et 2000 il est connu pour ses prises de position iconoclastes dans la communauté scientifique, en particulier sur le réchauffement climatique (il nie l’impact des activités humaines sur ce dernier).
KAZ’MIN Nikolaj Dmitrievič (1904-1963)

Membre du Parti depuis 1928, il y entame une carrière qui va le conduire, pendant la période stalinienne, de l’obkom d’Ivanovo (dont il est secrétaire en 1939) à l’appareil central. Pour ce faire il passe par la direction des cours de Leningrad près le CC du PCUS (école pour les cadres du Parti), puis soutient, en 1946, une thèse de kandidat à l’Académie des sciences sociales près le CC du PCUS. En 1948, il entre dans l’appareil du CC du PCUS, comme chef de secteur du travail d’agitation de masse au Département de propagande et agitation. En 1949, lors de l’« Affaire » qui décime les cadres de cette ville et le ministre de l’Instruction Voznesenskij, il repart pour Leningrad diriger le Département de la propagande de l’obkom du Parti, jusqu’en 1955 (il en devient secrétaire en 1953). Il intervient à ce titre dans la surveillance des écrivains de cette ville (notamment Anna Akhmatova et Mikhaïl Zochtchenko)101. Après août 1955, il revient à Moscou, nommé à la tête du Département des écoles du CC du PCUS (où il succède à Vasilij Derbinov) ; il n’y reste qu’un an, avant de laisser la place à Vladimir Kirillin et de prendre, en 1956, la direction du tout nouveau Département de la science, des écoles et de la culture du CC du PCUS pour la RSFSR, secondé par Derbinov. Il la conserve jusqu’en 1961, date à laquelle il quitte ce poste, supprimé, pour se voir confier, en guise de courte retraite, la direction du Musée central Lénine (actuel Musée historique sur la place Rouge).

Il intervient une première fois dans la discussion de la réforme en prenant la parole de la discussion au CC du PCUS en mai 1957, suite à l’intervention de Nikita Khrouchtchev, pour appuyer les propositions de ce dernier102. En mai 1958, il se rend, à l’invitation d’Aleksej Larionov, à la « réunion » (rassemblant 1200 personnes) organisée par ce dernier dans son fief du Comité d’oblast’ de Riazan, et consacrée à l’expérience de travail à la production des élèves des écoles secondaires. Par la suite, il joue un rôle de premier plan dans le déroulement et la portée des réunions qui ont lieu du 16 au 27 septembre à l’Otdel nauki du CC du PCUS. Membre de la commission chargée d’élaborer le projet des Thèses, puis le texte de loi de la réforme, il joue un rôle actif, poursuivant ses rapports à sa hiérarchie sur les débats en cours en RSFSR. Exprimant rarement, en bon travailleur du Parti, sa position personnelle, il est ferme face aux savants réunis le 19 septembre, leur reprochant de ne pas tenir compte des aspirations du « peuple » en matière d’enseignement. Il semble avoir été le partisan d’une polytechnisation modérée, mais débouchant à terme sur une transformation sociale profonde : en octobre, il signe dans la Pravda un article appelant les responsables à redoubler d’efforts pour développer les écoles-internats, mais ensuite il reste en retrait pendant toute la « discussion générale », tout comme Kirillin.
KIRILLIN Vladimir Alekseevič (1913-1999)

Fils d’un médecin moscovite, il travaille d’abord comme ajusteur monteur (slesar‘), et commence en 1931 des études supérieures « sans rupture avec la production », selon la formule consacrée à l’époque soviétique, dans l’un des plus prestigieux instituts supérieurs de la capitale, l’Institut énergétique de Moscou (MEI). Il en sort diplômé en 1936, et membre du Parti (depuis 1932 ou 1937, suivant les versions de sa biographie). Il travaille alors à la centrale hydro-électrique de Kachirie puis fait son service militaire dans la marine. Il obtient ensuite un emploi d’ingénieur qui lui permet de soutenir une thèse (sur les propriétés thermiques des gaz) et de revenir, comme enseignant cette fois, au MEI. Combattant en 1941-1943, il reprend son travail de recherche et obtient le grade de doktor ès sciences techniques en 1951. Sa thèse, portant sur les propriétés thermiques de l’eau et de la vapeur, lui vaut la même année le prix Staline, et il obtient logiquement le titre de professeur en 1952. Il faut peut-être trouver l’explication de ce succès, en plus de ses compétences, dans les fonctions qu’il exerce parallèlement depuis 1943 : secrétaire du partkom, puis directeur adjoint de son institut (de 1951 à 1954), il est dès lors devenu un administrateur autant qu’un chercheur : sa carrière paraît liée à celle de l’épouse de Georgij Malenkov, Valeriâ Golubcova, qui dirige le MEI de 1941 à 1952103.

Kirillin a peut-être aussi été remarqué par Mihail Pervuhin, un autre protégé de Malenkov, d’une dizaine d‘années son aîné, qui a dirigé la centrale de Kachirie en 1936-1937 (au moment où Kirillin y a travaillé), puis a détenu plusieurs portefeuilles industriels après la guerre, tout en étant membre du Présidium du CC du PCUS de 1952 à juin 1957. Après la mort de Staline, Kirillin, élu membre correspondant de l’AN SSSR (1953), accède à des responsabilités importantes dans les institutions étatiques : d’abord ministre adjoint de l’Enseignement supérieur et vice-président de la Commission supérieure d’attestation (VAK) (1954-1955), il se voit confier la vice-présidence du Comité d’Etat pour la nouvelle technologie du CM d’URSS (Gostehnika) durant quelques mois, en 1955. Parallèlement, il crée et dirige la chaire d’ingénierie et de physique thermique du MEI (de 1954 à 1982). Surtout, il est de 1955 à 1963 à la tête du Département de la science et des VUZ (il y succède à Aleksej Rumâncev), devenu en mai 1956 Département de la science, des VUZ et des écoles du CC du PCUS (y succédant à Nikolaj Kaz’min)104.

Son rôle dans la réforme scolaire et universitaire est fondamental, et à l’image de sa première intervention dans les débats, lors de la discussion au CC du PCUS avec Khrouchtchev lui-même, en mai 1957 : Kirillin oppose au Premier secrétaire le risque d’un affaiblissement de la formation des étudiants en sciences, et ce dernier, irrité, répond qu’il ne s’occupe pas des exceptions, mais du « système » tout entier ; Kirillin ne répond pas105. La suite montre qu’il a permis aux universitaires et aux scientifiques de corriger fortement le projet khrouchtchévien. En 1958, il jouit par ailleurs d’une certaine autorité scientifique : il fait partie des nouvelles personnalités ayant leur notice biographique dans le dernier tome de la Grande encyclopédie soviétique106. Au début des années 1960, il quitte son poste de chef de Département pour un autre moins stratégique, mais plus prestigieux car plus visible : celui de vice-président de l’AN SSSR (1963-1965), un an après en être devenu membre de plein droit (1962) tout en prenant la tête de la société « Znanie » chargée de diffuser savoirs et connaissances dans la population (1963-1966). Après la chute de Khrouchtchev, il atteint le sommet de sa carrière avec le rang de vice-Premier ministre d’URSS que lui procure la présidence du Comité d’État pour la science et la technique (successeur du Gostehnika), qu’il conservera aussi longtemps que son supérieur direct, Kosygin, de 1965 à 1980 – en étant parallèlement membre du CC du PCUS de 1966 à 1981, et député au Soviet suprême (cinq mandats de 1962 à 1984). Certains observateurs, dont le correspondant du Times, virent dans son départ du Comité d’État pour la science et la technique, annoncé le même jour que l’arrestation de son voisin de datcha Andreï Sakharov (début d’un long exil intérieur dans la ville de Gorki), un limogeage traduisant la victoire des partisans d’une ligne dure contre les dissidents107. En 1979, alors que la direction du pays avait apparemment abandonné l’idée de réformes importantes dans l’économie depuis la fin des années soixante, il passe pour l’instigateur d’une tentative d’introduction d’innovations dans ce domaine. Mais son rapport est alors rejeté par les hauts dirigeants108. Un an plus tard, il est mis à la retraite, alors qu’il est relativement jeune par rapport à la moyenne en ces temps de gérontocratie.

Ce personnage à la brillante carrière d’administrateur paraît donc être aussi un savant authentique, son profil de « spécialiste » étant confirmé par ses travaux scientifiques : au nombre de 160 environ, ils lui ont valu, ainsi qu’à ses collègues, de nombreux prix, pour leurs applications dans la production et le transport de l’énergie (ainsi le prix Lénine reçu en 1959 avec M.P. Vukalovič et A.E. Šejndlin). Mais c’est aussi un homme d’appareil et de pouvoir, qui a atteint, grâce à diverses protections, le sommet institutionnel de la science et de l’Etat. Proche de Kosygin si on en croit sa carrière, Kirillin a un profil de technocrate, parvenu à des postes élevés grâce à ses mérites intellectuels, et ne dédaignant pas les responsabilités purement administratives pour faire valoir ses vues fondées sur une approche technicienne des problèmes. Sa gestion de la préparation de la réforme de 1958, et notamment l’organisation de réunions avec les représentants de différents groupes et institutions de la société et de l’Etat, en septembre, montre qu’il a voulu canaliser les réticences d’origines diverses pour contrer le projet initial jugé dangereux pour la stabilité du système scolaire, universitaire et scientifique du pays. Un témoignage publié en 2005 en Russie le décrit ainsi :
Il parlait avec une grande aisance, et toujours sans « antisèches ». Il jouissait d’une immense, inégalable autorité dans le monde scientifique, et avait des relations très chaleureuses avec les gens qui formaient la fine fleur de la science de notre pays.109
KOLMOGOROV Andrej Nikolaevič (1903-1987)

Né à Tambov, dans la famille d’un agronome, devenu avec la révolution d’Octobre un collaborateur du commissariat du peuple aux Cultures agraires (zemledelie), Kolmogorov s’installe en 1910 à Moscou, où il entre au lycée privé d’E.A. Repman (devenu ensuite l’école secondaire n°23 de la capitale). La qualité des enseignants et l’organisation originale des cours (le jeune Kolmogorov a même, un moment, la possibilité de suivre des cours de mathématiques dans la classe supérieure à la sienne) en font un des meilleurs établissements scolaires de Russie à l’époque, d’après ses biographes110. En 1942, il épousera sa camarade de lycée Anna Egorova, fille d’un historien célèbre. A la fin de ses études secondaires, le jeune Kolmogorov doit travailler pour gagner sa vie – on est en pleine Guerre civile, et son père vient de mourir : en 1920 il s’engage comme bibliothécaire dans un train du Glavpolitprosvet, pendant quelques mois (sur la ligne Moscou-Ekaterinbourg). Mais au cours de l’été 1920, il reçoit son certificat de fin d’études (sans avoir à passer d’examen, ce qui suscite une grande frustration pour lui), et décide de poursuivre des études : l’inscription n’étant à cette époque qu’une formalité, il s’inscrit à MGU, d’abord à la Faculté d’histoire. Mais, au bout de quelques mois, il décide de devenir metallurg (spécialiste en métallurgie) – une profession alors promise à un meilleur avenir que celle de savant. Il entre donc à la Faculté de métallurgie de l’institut Mendeleïev de technologie chimique (après un simple entretien avec le recteur), et simultanément à la Faculté de physique et mathématiques de MGU. Au bout de deux mois, l’intérêt pour les mathématiques est plus fort que tout, et il abandonne l’institut Mendeleïev. Ses maîtres sont Vâčeslav Stepanov (1889-1950), et surtout Nikolaj Luzin (1883-1950), futur académicien, victime d’une campagne publique de dénigrement, au début des années 1930, en raison de ses convictions politiques hostiles au régime. Autour de lui se constitue un groupe d’étudiants, qui s’appellent entre eux « luzitaniâ » : en font partie, notamment, Pavel Aleksandrov (qui enseigne déjà à la faculté) et Mihail Lavrent’ev.



En 1931, après deux voyages qui le conduisent, avec Pavel Aleksandrov, à Göttingen et Paris, Kolmogorov est nommé professeur à MGU (à l’âge de 28 ans), et prend la tête de la toute nouvelle chaire de théorie des probabilités ; huit ans plus tard, il est élu académicien de l’AN USSSR. Si ses contacts avec l’étranger sont désormais limités, sa renommée internationale reste intacte, ce qui lui permet de maintenir une correspondance avec le mathématicien français Maurice Fréchet. De 1938 à 1960, il dirige l’institut Steklov de mathématiques de l’AN SSSR à Moscou. Durant cette période, très productive sur le plan scientifique, il s’impose comme chef de file des mathématiques soviétiques. Ne dédaignant pas la vulgarisation scientifique, il est, avec Ivan Bardin, un des rédacteurs en chef de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958), et l’auteur en 1952 d’une brochure rééditée plusieurs fois, distribuée comme prix à de nombreux écoliers soviétiques : « Sur la profession de mathématicien ». En 1954, il devient chef du département de mathématiques et doyen de la Faculté de mécanique et mathématiques de MGU ; vu la charge administrative que lui imposent ces nouvelles fonctions, il les quitte en 1956 et en 1958, non sans avoir introduit un certain nombre d’innovations dans l’enseignement des mathématiques de la première université du pays. Cette année-là, il enseigne un semestre à l’université de Paris ; c’est à son retour que commence la « discussion générale » sur l’enseignement. Kolmogorov y prend part à deux reprises : le 19 septembre, lors de la réunion des « savants » à l’Otdel nauki, il défend un point de vue nuancé, critiquant les risques de l’interruption des études, mais acceptant l’idée de créer des « écoles spéciales » pour les enfants doués en sciences. Puis, le 10 décembre, il publie une tribune dans l’organe syndical Trud (Le travail), où il reprend les mêmes arguments, et prend la défense du système méritocratique existant (l’existence des médailles dans le secondaire, en particulier). Au début des années 1960, il s’exprime à plusieurs reprises en faveur de la création d’écoles qu’il appelle « scientifiques », mais aussi en faveur de la différenciation du secondaire111. Impliqué dans l’organisation des olympiades de mathématiques depuis les années 1930 (il préside le comité organisateur des éditions moscovites de 1937, 1951, 1963 et 1975), Kolmogorov contribue à l’instauration d’olympiades au niveau de toute la Russie (1961), puis de toute l’Union (1967) – il en présidera le jury à quatre reprises dans les années suivantes. Il est surtout la cheville ouvrière de l’école-internat de mathématiques et de physique près l’université de Moscou, qui ouvre ses portes en septembre 1963, quelques mois après celle de Novossibirsk, créée à l’initiative de Mihail Lavrent’ev. Kolmogorov la dirige et l’anime, avec plusieurs de ses collègues de MGU : il entend accepter en priorité des enfants « de la périphérie », n’ayant pas accès aux VUZ centraux. A plusieurs reprises, il défend publiquement son institution, notamment en 1970-1971, face à Piotr Kapica qui critique ce type d’établissement112. En octobre 1989, l’école, appelée depuis longtemps « internat de Kolmogorov » par ses anciens élèves, reçoit officiellement le nom de Kolmogorov, décédé deux ans plus tôt.

Parallèlement, il prend la direction de la sous-coumission des mathématiques dans la réforme des programmes lancée, à partir de 1964, sous la tutelle du mathématicien et pédagogue Aleksej Markuševič, redevenu alors vice-président de l’APN. C’est le début de l’épopée de la réforme dite « Kolmogorov », qui aboutit, au terme de nombreuses discussions, à un début d’application puis à un retrait au cours des années 1970113. En 1966, Kolomogorov est élu académicien de l’APN, pour ses fonctions dans la réforme des programmes ; par ailleurs il dirige le département de mathématiques de la revue de vulgarisation Kvant (Quanta), fondée en 1970.



KOROLËV Fëdor Filippovič (1898-1971)

Fils de paysan, il étudie dans un séminaire rural pour instituteurs en Biélorussie, puis enseigne dans un SSUZ local. Pendant la Guerre civile, il se retrouve à Moscou, où il suit les cours scientifico-pédagogiques de MGU. Puis il enseigne à l’Académie « Krupskaâ » d’éducation communiste (comme Aleksej Leont’ev, Aleksandr Arsen’ev et Nikolaï Gončarov), tout en publiant plusieurs travaux sur le mouvement des Pionniers. Actif dans le courant de la « pédologie » soviétique, il disparaît pendant dix ans après la condamnation de cette discipline, en 1936114. Il revient en 1947 à la recherche pédagogique, comme simple collaborateur scientifique. Ses ennuis ne sont pas terminés puisqu’il passe quelques mois dans les caves de la Lubânka (siège de la police politique à Moscou) en 1952-1953. Il retrouve des postes de responsabilité, cette fois dans l’appareil de l’APN, à la fin des années 1950. Après avoir été l’un des rédacteurs-consultants de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (1949-1958), il obtient alors, à soixante ans passés, le grade de doktor (1959) et le titre de professeur (1961). Surtout, il dirige l’Institut de théorie et d’histoire de la pédagogie de 1960 à 1965, année où il est, enfin, élu académicien, et membre du Présidium de l’APN. S’il ne semble pas avoir joué de rôle dans les débats de cette période, se consacrant à des travaux historiques, il est aussi, de 1963 à 1971, rédacteur en chef de la principale revue de l’APN, Pédagogie soviétique (Sovetskaâ Pedagogika). Il ressort alors de l’oubli plusieurs pédagogues victimes des répressions staliniennes, comme Al’bert Pinkevič (1884-1937) et Mojsej Pistrak (1888-1937), et contribue à la remise en lumière des années 1917-1920, par ses articles sur cette période (publiés en 1954-1955).

En novembre 1957, il signe également un article important sur l’enseignement supérieur soviétique pendant la guerre civile115. Cette publication survient au moment où la politique de sélection des étudiants à l’entrée en VUZ renoue avec l’esprit des premières mesures du régime. Mais lors de la préparation de la réforme de 1958, il n’intervient dans aucun débat, public ou interne. En revanche il continue ses travaux sur l’histoire de la pédagogie et des méthodes d’enseignement : il est notamment l’auteur d’ouvrages sur l’école dans les années du Grand tournant (1959), et dans les années 1920 (1961) – ce dernier livre évoquant avec réserve les idées les plus radicales de « l’école unique du travail »116. Korolëv sera aussi une des rares grandes figures de l’APN à prendre ouvertement la défense de Vasilij Suhomlinskij lors de sa mise à l’index par l’APN pour « humanisme abstrait », en 1968117.
KOSYGIN (KOSSYGUINE) Aleksej Nikolaevič (1904-1980)

Fils d’un ouvrier de Saint-Pétersbourg, il fait des études secondaires spéciales au tehnikum coopératif de Leningrad puis travaille en Sibérie dans le secteur de la consommation, de 1924 à 1930. Entré au Parti en 1927, il reprend alors des études supérieures, à l’Institut textile de Leningrad, dont il est diplômé en 1935. Il travaille alors comme responsable de chaîne dans une fabrique, avant de devenir, en 1937, directeur de l’usine de filature et de tissage « Octobre ». En juillet 1938, il quitte ce poste pour celui de chef du Département de l’industrie et des transports à l’obkom du Parti de Leningrad. La Grande Terreur a donc favorisé sa carrière dans l’appareil régional, à un rythme impressionnant : à 34 ans il est président du comité exécutif (l’équivalent de maire) de la ville de Leningrad (octobre 1938-janvier 1939), puis, nommé commissaire du peuple à l’Industrie textile d’URSS (janvier 1939-avril 1940). Commence alors une longue ascension, qui le mènera jusqu’au sommet de l’appareil d’État : de 1940 à mars 1953 chef du gouvernement adjoint d’URSS, tout en présidant le Sovnarkom de RSFSR (juin 1943-mars 1946), ministre des Finances d’URSS (février-décembre 1948), puis ministre de l’Industrie légère (puis des Biens industriels de grande consommation) d’URSS (décembre 1948-1954).

Parallèlement, il est entré en 1939 au CC (il y siègera 41 ans), et en 1948 au Politburo du PCUS, qu’il quitte en octobre 1952. De décembre 1953 à décembre 1956, il est à nouveau premier ministre adjoint d’URSS. En décembre 1956, il devient premier adjoint du président de la Commission économique d’État du CM d’URSS, puis en mai 1957 premier adjoint du Gosplan d’URSS. De juillet 1957 à mai 1960, il est à nouveau premier ministre adjoint d’URSS, et remplace Iosif Kuz’min à la tête du Gosplan d’URSS de mars 1959 à mai 1960. A cette date, il devient le premier adjoint du chef du gouvernement soviétique, et parallèlement retrouve un siège au Présidium du CC du PCUS. C’est lui qui annonce à Aleksandr Nesmeânov qu’il est invité à ne pas renouveler sa candidature à la présidence de l’AN SSSR, au profit de Mihail Keldyš, en mai1961118. Sa participation à l’éviction de Khrouchtchev en octobre 1964 lui permet de remplacer ce dernier à la tête du CM d’URSS, jusqu’à sa mort en 1980.

Dans les années 1950, Kosygin apparaît à plusieurs reprises dans les documents qui concernent le décompte des institutions scientifiques et de leur personnel en URSS, dès 1955119. Il y a là un centre d’intérêt qu’il partage avec Vladimir Kirillin, qui sera ensuite chargé sous son gouvernement de la coordination de la recherche et de l’innovation dans tout le pays. Surtout, en 1958 il signe de nombreux décrets concernant l’enseignement supérieur, qu’il s’agisse de la création de l’université de Novossibirsk, ou de rallonges pour les quotas d’admission en études « en rupture avec la production ». Tout cela confirme l’image de technocrate qui lui est attachée en Occident, depuis la tentative de réforme économique de 1965 lancée à son instigation par l’économiste Evsej Liberman (1897-1983).


KOZLOV Frol Romanovič (1908-1965)

Né dans une famille paysanne de la province de Riazan, il entre en Parti très jeune, à dix-huit ans, et parvient à faire des études au prestigieux Institut polytechnique de Leningrad, dont il est diplômé en 1936 – un an après Aleksej Kosygin. Comme ce dernier, il bénéficie dans sa carrière de l’appel de nouveaux dirigeants créé par la Grande Terreur, mais moins rapidement. Kozlov travaille dans l’appareil du Parti à partir de 1939 : secrétaire de gorkom pendant la guerre, il est ensuite promu, de 1944 à 1947, à la Direction des cadres du Comité central. A partir de 1949, il gravit les échelons dans l’appareil de la ville, puis de la région de Leningrad, pour finir premier secrétaire de l’obkom, un an après avoir été élu au CC du PCUS, en 1953. Sa fidélité à Khrouchtchev, et la chute du « groupe anti-Parti » le ramènent à Moscou en juin 1957 : il entre au Présidium du CC du PCUS, et obtient parallèlement le poste de premier ministre de RSFSR (1957-1958), puis de premier vice-premier ministre d’URSS (1958-1960). En 1958, il fait partie des nouveaux dignitaires ayant droit à un portrait photographique en pleine page, dans le dernier tome de la deuxième édition de la Grande encyclopédie soviétique (avec Averkij Aristov, Leonid Brejnev et Nuritdin Muhitdinov, entre autres)120. En mai 1960, il entre au secrétariat du CC du PCUS, qu’il ne quitte plus jusqu’à sa retraite, en novembre 1964 – liée non à la chute de Khrouchtchev, dont il avait paru un moment être un concurrent sérieux, mais à la maladie qui l’emporte deux mois plus tard, à l’âge de 56 ans.

Son intervention dans les questions d’enseignement se limite, pour notre période, à quelques décrets qu’il a signés ou co-signés, à la tête du CM d’URSS, notamment pour le supérieur.
KUKIN Dmitrij Mihajlovič (1908-1983)

Né dans un village de la région d’Orlov, il entre à l’âge de 18 ans, à la fin de la NEP, dans l’appareil du Komsomol, puis travaille comme ouvrier dans une usine de Rostov-sur-le-Don. Grâce à son appartenance au Komsomol puis au Parti, il bénéficie des chances offertes aux enfants des milieux populaires pour faire des études, comme d’autres vydvižency. Il étudie alors l’histoire à l’Institut pédagogique de Krasnodar, puis à MGU, et obtient le grade de kandidat dans cette discipline, à l’AN de Biélorussie, en 1936. De 1938 à 1954, il enseigne, dirige la chaire d’histoire du PCUS (sans le grade de doktor), puis est directeur adjoint de l’Académie militaro-politique « Lénine ». Il est ensuite recruté dans l’appareil du CC du PCUS à Moscou : il y travaille de 1954 à 1962, comme instructeur et comme chef adjoint du Département de la science, des VUZ et des écoles, sous l’autorité de Vladimir Kirillin. Il quitte ensuite l’appareil, pour un poste toujours lié aux questions d’idéologie : directeur adjoint de l’Institut du marxisme-léninisme près le CC du PCUS, de 1962 à 1973 ; en 1964, il est élu membre correspondant de l’AN SSSR. A 65 ans il devient professeur à l’Académie des sciences sociales près le CC du PCUS, un autre haut lieu de la formation idéologique des cadres du Parti. Il publie alors plusieurs travaux sur l’histoire du PCUS.

Son rôle dans la préparation et la discussion de la réforme de 1958 est important : en dépit de l’orientation idéologique de sa formation (en histoire du PCUS, discipline officielle par excellence), il a une expérience de recherche et d’enseignement qui le rattache à la fois au groupe des « spécialistes » (en sciences humaines) et à celui des « administrateurs ». Il suit l’avis de Kirillin dans de nombreuses notes qui expriment la modération du Département face aux propositions radicales venues des Réserves du travail et du Komsomol.
KUZIN Nikolaj Pavlovič (1907-1982)

Enseignant du secondaire depuis 1927, après une formation à la Seconde université de Moscou, dont il est sorti diplômé en 1929, il travaille dans différents VUZ et instituts de recherche, avant d’entrer dans l’appareil du CC du Parti en 1943.

Au milieu des années 1950, il devient chef du secteur des écoles au Département de la science, des VUZ et des écoles du CC du PCUS (de 1957 à 1959 en tout cas), sous l’autorité de Kirillin. Kuzin s’occupe en particulier du décret de février 1957 sur l’entraînement des jeunes dans la production, avec F. Puzyrev… C’est lui qui demande les informations sur le nombre d’élèves finissant leur scolarité complète pour les années 1953-1957, chiffres qui seront repris par Nikita Khrouchtchev dans son discours au XIIe Congrès du Komsomol le 18 avril 1958121.
KUZ’MIN Iosif Iosifovič (1910-1996)

Né à Astrakhan d’un père fonctionnaire, il commence à travailler à l’âge de 16 ans à la fabrique de menuiserie d’Astrakhan, puis comme ajusteur monteur dans une centrale électrique. Entré au Parti en 1930, il obtient ainsi la possibilité de faire des études, de 1933 à 1937, à l’Académie militaro-électrotechnique « Budennyj » de Leningrad. Puis il est embauché à l’usine photoélectrique de Moscou comme ingénieur, et il y prend aussi les fonctions de secrétaire du partkom. En 1940 il est nommé délégué de la Commission de contrôle du Parti près le CC du PCUS pour la région de Kujbyšev (ex-Samara). Il est président adjoint de cette même instance de 1940 à 1946. En 1947 il entre au Bureau de l’agriculture et des réserves près le CM d’URSS ; il en est le président adjoint de 1950 à 1952, date à laquelle il entre dans l’appareil du CC du PCUS comme chef adjoint puis chef du Département de l’industrie et des transports (1952-1954), enfin chef du très important Département de la « construction de machines », qui comprend notamment les industries d’armement (1954-1957). En 1957, il est promu à un poste dans l’appareil d’État, cette fois en pleine lumière, avec rang de vice-premier ministre d’URSS : il s’agit de la direction du Gosplan d’URSS. Il l’occupe de mai 1957 à mars 1959, et joue à ce titre un rôle dans l’élaboration de mesures visant à remédier au problème de main-d’œuvre en URSS. En 1958, il fait partie des nouvelles personnalités ayant leur notice biographique dans le dernier tome de la Grande encyclopédie soviétique122. Il signe plusieurs notes de son administration sur la question de la réforme de l’enseignement, et il est sollicité par Genrih Zelenko en octobre 1958 : celui-ci demande que le Gosplan fixe comme orientation pour le plan septennal le développement des établissements du GUTR.

De mars 1959 à avril 1960, Kuz’min, remplacé au Gosplan par Aleksej Kosygin, préside le Conseil d’État scientifico-économique d’URSS, avec le rang de ministre d’URSS. Cette période voit aussi le sommet de sa carrière au Parti, où il est membre de la Commission centrale de révision de 1956 à 1962, tout en étant député du Soviet suprême d’URSS de 1958 à 1962. Puis sa carrière prend une direction nouvelle, dans la diplomatie : il est fait ambassadeur d’URSS en Suisse, poste qu’il occupe de 1960 à 1963. Après cette date et jusqu’à sa retraite en 1972, il est expert-consultant et expert du Département des organisations économiques internationales du MID.
LARIONOV Aleksej Nikolaevič (1907-1960)

Fils d’un paysan de la province d’Arkhangelsk, à 17 ans il entre au Komsomol et gravit les étapes successives du cursus honorum d’un vydviženec, au profil d’« administrateur » et d’idéologue du Parti. Il étudie en effet à l’Institut des professeurs rouges de Moscou, dans les années 1930 (comme Dmitrij Šepilov, Leonid Il’ičëv et Mihail Souslov), pourvoyeur d’élites dirigeantes pour le Parti, et devient d‘ailleurs directement premier secrétaire de l‘obkom de Iaroslav, puis, dans les années 1940, chef adjoint du Département des cadres du CC du VKP(b).

D’après l’historienne Nina Bulgakova, c’est Staline en personne qui aurait déclaré, face au retard de développement de l’oblast’ de Riazan, qui avait été créée en 1937 : « Jusqu’à quand tolèrerons-nous ce trou sans fond à côté de Moscou ? Envoyez là-bas un secrétaire compétent ! »123. Alors âgé de 41 ans, Aleksej Larionov se retrouve premier secrétaire de l’obkom en novembre 1948. Il place ses hommes aux postes clefs de l’administration, et élabore une stratégie de développement volontariste, donnant la priorité à l’industrie lourde, conformément à l’orientation dominante au temps du dernier plan stalinien. La construction de quarante entreprises majeures dans ce domaine, de 1949 à 1958, témoigne de cet effort, même s’il est difficile de connaître l’efficacité réelle de ces investissements.

En 1958, l’oblast’ de Riazan obtient la première place du pays pour les rendements de lait : elle est décorée en mars de l’ordre de Lénine, pour avoir dépassé le plan en agriculture. Il faut replacer cette performance dans le contexte de l’époque : l’année précédente, en mai 1957, lors d’une session du Soviet suprême d’URSS, Nikita Khrouchtchev avait publiquement annoncé l’objectif de rattraper les Etats-Unis d’Amérique pour la production de viande, de lait et de beurre par habitant, en l’espace de trois ou quatre ans124. Fort de sa victoire sur le « groupe anti-Parti », ce dernier réitère sa promesse en novembre 1957, lors de la célébration des quarante ans de la révolution d’Octobre125. Le Plénum du CC du PCUS de décembre 1958 en fait un objectif officiel. Larionov, qui est à bien des égards un émule de Khrouchtchev, imitant son style, multipliant discours et déplacements sur le terrain, met sa région au premier plan dans cette campagne. Lorsqu’il s’agit de fixer des objectifs pour l’année suivante, il défend celui d’y multiplier par 2,4, et « peut-être par trois », la production de viande. Cet enthousiasme reçoit bien évidemment le soutien de Khrouchtchev et de son entourage, mais suscite aussi des critiques auxquelles Larionov répond dès janvier 1959 : « Il y a des gens qui disent que c’est de l’aventurisme, mais ils peuvent bien dire, il y a du lait dans l’oblast’. A présent l’affaire est plus difficile qu’avec le lait, mais on peut y arriver. Avec ceux qui doutent, il faut s’expliquer et s’opposer. »126 Ce jusqu’au-boutisme débouche sur une catastrophe agricole et des manipulations, puisque le cheptel est décimé par l’abattage de toutes les bêtes possibles, alors que d’autres sont achetées clandestinement aux paysans des régions voisines et importées. Au prix de quelques tricheries supplémentaires, et d’un endettement massif des kolkhozes, le « plan » est finalement officiellement rempli (triplement par rapport à 1958) en décembre 1959, et en janvier 1960 Larionov est fait Héros du travail socialiste, et d’autres décorations sont attribuées à 3481 personnes de son oblast’127.

Mais sa gloire est de courte durée : les stratagèmes utilisés et l’ampleur du désastre sont rapidement révélés en haut lieu, où certains dirigeants, depuis le début, considéraient la campagne de viande de Riazan comme une aventure insensée. Ils sont confirmés dans leur intuition par les nombreuses lettres qui parviennent au CC du PCUS et au CM d’URSS, écrites par des kolkhoziens et des habitants révoltés contre leurs dirigeants régionaux et locaux. Le Buro RSFSR met à jour les erreurs commises et décide de remplacer l’équipe dirigeante : un nouveau premier secrétaire de l’obkom est élu le 30 septembre 1960. Quelques jours plus tôt, le 22 septembre, Larionov se suicide.

Les initiatives de Larionov dans le domaine de l’enseignement sont moins connues, mais tout aussi significatives de son désir de plaire au pouvoir central en suivant au plus près la ligne politique et idéologique proclamée à Moscou. Ainsi, dès 1952, le personnel enseignant de l’école secondaire de Troekurovo gagne une renommée nationale pour avoir su mettre fin au redoublement – un problème important dans l’après-guerre, alors que les conditions de vie difficiles et le manque de moyens gênaient considérablement la scolarité128. Et en 1956, dans la lignée du XXe Congrès, une autre école de l’oblast’ introduit dans ses programmes une formation polytechnique qui prévoit le travail des élèves des grandes classes dans la production. Certes elle n’est pas la première – d’autres ont lancé des expériences similaires dans les régions de Kalinin (actuellement Tver), de Stavropol et en Ukraine (voir chapitre 2).

Au printemps 1958, Larionov en personne s’implique dans la campagne en faveur de la réforme : le 23 mai, un mois après le discours de Khrouchtchev au XIIIe Congrès du Komsomol, il organise dans son oblast’ une « réunion » qui rassemble 1200 personnes, dont quelques hauts responsables de la direction centrale (Ivan Kairov, Nikolaj Kaz’min et M.P. Kašin, entre autres) et des représentants de la presse, comme le rédacteur en chef de la Pravda, Pavel Satûkov. Y est célébrée l’expérience du travail à la production pratiquée dans les écoles de la région. Cette manifestation est relatée par Larionov lui-même dans une lettre adressée à Khrouchtchev au mois d’août, que ce dernier transmet au Département de la science, des VUZ et des écoles du CC du PCUS mais aussi à sa collègue Ekaterina Furceva. On peut voir un résultat de cette propagande intensive dans le fait que l’exemple de Riazan est mentionné par plusieurs interventions dans la presse lors du débat de l’automne et de l’hiver 1958. Khrouchtchev lui-même cite publiquement « l’exemple de l’oblast’ de Riazan » dans son discours au Congrès des enseignants de RSFSR, le 9 juillet 1960 : il vante le travail des écoles qui « ont su éduquer dans la jeunesse l’amour du travail physique, l’intérêt pour l’agriculture »129.
LAVRENT’EV Mihail Alekseevič (1900-1980)130

Né à Kazan, il étudie pendant la Guerre civile à l’université de Moscou, dont il sort diplômé en mathématiques en 1922, après avoir été l’élève de Nikolaj Luzin (1883-1950), en compagnie de Pavel Aleksandrov et Andrej Kolmogorov, notamment. De 1921 à 1940, il enseigne dans différents VUZ de la capitale, tout en poursuivant des recherches qui lui valent le grade de doktor ès sciences physiques, mathématiques et techniques (il est professeur à MGU de 1931 à 1941, puis à nouveau de 1951 à 1957). Académicien de l’AN USSR (1939) puis de l’AN SSSR (1946), il occupe des fonctions administratives importantes dans le domaine scientifique : en 1945-1948 il est vice-président de l’AN USSR, et de 1950 à 1953, directeur de l’Institut de mécanique fine et de technique de calcul [informatique]. Entré au Parti en 1952, il est aussi, en 1951-1953 puis en 1954-1957, académicien-secrétaire du Département des sciences physiques et mathématiques. Il enseigne aussi quelques années à l’Institut physico-technique de Moscou (MFTI). En 1957 il obtient, avec son ami Sergej Hristianovič, la création du Département de Sibérie de l’Académie des sciences (SO AN SSSR), qu’il dirige jusqu’en 1975, avec le rang de vice-président de l’AN SSSR. Parallèlement, il dirige l’Institut d’hydrodynamique installé à Novossibirsk, dans la « Cité académique » (Akademgorodok) qu’il a fondée. Lauréat de nombreux prix et récompenses, il est aussi député du Soviet suprême d’URSS de 1958 à sa mort, et membre candidat du CC du PCUS de 1961 (avec, entre autres, Nikolaj Semënov) à 1976.

Sa participation au débat sur la réforme de 1958 est, dans un premier temps, discrète : présent lors de la réunion du 19 septembre à l’Otdel nauki, il ne prend pas la parole, d’après le sténogramme. Ce silence s’explique sans doute par le fait qu’il vient alors d’obtenir du gouvernement soviétique un statut spécifique et des moyens exceptionnels pour l’université de Novossibirsk, alors en cours d’installation. En revanche, il contribue à la « discussion générale » en publiant le 25 novembre, dans la Pravda, un article critiquant les « écoles pour enfants doués » proposées par Zel’dovič et Sakharov, pour des raisons morales (il ne faut pas « distinguer un groupe privilégié d’enfants prodiges (vunderkindy) ») et idéologiques (elles contrediraient un « principe du communisme », l’absence de « frontière étanche entre travail physique et intellectuel »)131. Selon lui, il faut plutôt encourager l’ensemble des élèves à développer leur créativité, notamment en augmentant les tirages des revues Le jeune physicien, Le jeune mathématicien, Le jeune biologiste, Le jeune mécanicien, etc.

Cette prise de position publique est, comme l’a remarqué John Dunstan, contradictoire avec son rôle ultérieur dans la naissance de filières d’excellence ; en partie seulement, car la sélection qui s’y opère n’est pas celle des « enfants prodiges », mais le résultat d’un concours ouvert à tous, et organisé par les scientifiques eux-mêmes, et non par l’administration scolaire132. Il s’agit d’abord des olympiades de mathématiques, qui existaient déjà dans de nombreuses grandes villes de RSFSR, depuis 1934, mais que Lavrent’ev étend en 1961 à toute la Sibérie, avant d’ouvrir, en 1962, une école d’été pour jeunes mathématiciens à Novossibirsk. Puis, en 1963, il crée la première école-internat spécialisée en physique et en mathématiques du pays, au cœur de l’Akademgorodok. Propagandiste inlassable de l’enseignement différencié, en particulier destiné aux jeunes talents en sciences, il publie de nombreux articles dans ce sens, tout au long des années 1960 et 1970, défendant en même temps le caractère « démocratique » des écoles-internats de physique et de mathématiques, dont le recrutement va bien au-delà des centres urbains. En 1981, l’école-internat de Novossibirsk est baptisée officiellement du nom de Lavrent’ev.


LEONTOVIČ Mihail Aleksandrovič (1903-1981)

Il est né à Saint-Pétersbourg dans la famille d’un enseignant de l’université de Kiev, le physiologiste Aleksandr Vasil’evič Leontovič (1869-1943) (lui-même fils du savant en mécanique V.L. Kirpičev), devenu académicien de l’AN USSR en 1929. Le jeune Leontovič travaille dès l’âge de 17 ans dans la Commission de recherche sur l’anomalie magnétique de Koursk, et parallèlement étudie au département de physique de la Faculté de physique et de mathématiques de MGU, dont il sort diplômé en 1923. Il rédige une thèse sous la direction de Leonid Mandel’štam, et obtient le titre de kandidat en 1928. Il travaille alors comme chercheur à l’Institut de physique de MGU, où il obtient le titre de doktor et le titre de professeur en 1935. En 1939, il est élu membre correspondant de l’AN SSSR, puis, en 1946, académicien – depuis 1934 il travaille à l’Institut de physique de l’académie ; après son évacuation à Kazan en 1941, il revient à Moscou en 1942, pour contribuer par ses travaux en radiolocation à l’effort de guerre technologique. Parallèlement, il dirige de 1940 à 1946 la chaire d’optique de la Faculté de physique de MGU, publiant ses cours en physique statistique et en thermodynamique. De 1946 à 1954, il enseigne au prestigieux Institut d’ingénierie physique de Moscou (MIFI), y dirigeant la chaire de physique théorique à partir de 1949. Parallèlement, de 1951 à sa mort, il travaille à l’étude des réactions thermonucléaires contrôlées à l’Institut de l’énergie atomique de l’AN SSSR. Dans les dernières années du stalinisme, il prend la défense de collègues attaqués pour des raisons idéologiques, à travers la publication des travaux de Leonid Mandel’štam (1879-1944).

De 1955 à 1971, il est à nouveau professeur à MGU, détenant la chaire d’électrodynamique et de théorie quantique. L’étendue de ses centres d’intérêts scientifiques en fait une figure reconnue dans sa communauté, de même que sa contribution décisive à la mise au point de la bombe H soviétique, en 1953 grâce à ses travaux en physique du plasma. Lors de la réunion du 19 septembre 1958 à l’Otdel nauki, il se prononce pour le maintien de l’école secondaire existante, soutenant les points de vue de ses collègues Sergej Sobolëv et Sergej Hristianovič. Par la suite, il n’intervient plus dans le débat public sur les questions d’enseignement. Son fils Aleksandr Mihajlovič, diplômé de la Faculté de physique de MGU en 1950, enseigne à l’école-internat de physique et mathématiques ouverte à l’initiative d’Andrej Kolmogorov en 1963, à Moscou.
LEONT’EV Aleksej Nikolaevič (1903-1979)133

Après des études à la Faculté des sciences sociales de MGU, il rencontre le psychologue Lev Vygotskij (1896-1934), grande figure de la recherche en défectologie (dont il dirige l’institut du Narkompros à partir de 1925), et théoricien du mécanisme de l’apprentissage chez l’enfant. Leont’ev devient un de ses disciples, reprenant sa conception originale, d’inspiration marxiste, de l’influence sur la personnalité de facteurs comme l’époque historique, les valeurs culturelles et le milieu environnant. Il travaille à l’Institut de psychologie (1924-1927), puis à l’Académie Krupskaâ d’éducation communiste (1927-1931), comme Fëdor Korolëv. Malgré la campagne de dénigrement pour « antimarxisme » qui a précédé et suivi la mort de Vygotskij, ses disciples, regroupés en une véritable école du nom de vygotčane, continuèrent à travailler dans les directions tracées par son œuvre. Leont’ev s’intéresse pour sa part aux grandes catégories que sont l’action, la conscience et la personnalité. Mais il sait aussi adopter la phraséologie soviétique pour donner à ses ouvrages et à ses articles le label idéologique correct, après la guerre notamment. En 1936, après un passage par des VUZ en Ukraine, il revient à l’Institut de psychologie, où il travaille jusqu’à 1963. En 1941, il obtient le grade de doktor, et entre également, en 1943, dans l’appareil de l’APN, qui vient d’être créée – tout en travaillant dans un hôpital près de Sverdlovsk (Ekaterinbourg) pendant la guerre.

En 1947, alors que la campagne contre le « cosmopolitisme » contraint son collègue Sergej Rubinštein (1889-1960) à quitter ses fonctions et ses titres dans la sphère académique, Leont’ev le remplace comme principal représentant officiel de la psychologie soviétique, pour trois décennies134. A partir de la chaire à laquelle il lui a succédé, en 1950, il fonde le Département (1963), puis la Faculté (1966) de psychologie de MGU, qu’il dirige jusqu’à sa mort. Il jouit alors d’une reconnaissance à la fois scientifique et institutionnelle, étant académicien-secrétaire du département de psychologie et membre du Présidium de l’APN, de 1950 à 1957. C’est alors qu’il intervient dans la discussion publique sur la réforme au milieu du mois de novembre 1958 : il signe avec le vice-président Nikolaj Gončarov un article sur la différenciation de l’enseignement secondaire qui a un fort retentissement, dans la presse135. Pourtant, alors qu’il est devenu vice-président de l’APN (de 1959 à 1961), il ne semble plus intervenir directement dans le débat sur l’enseignement, qui aboutit à la victoire des « différentialistes » : Leont’ev revient sur ses positions, et met en doute la nécessité de prendre en compte la diversité des profils des élèves136. Il se consacre à ses travaux en psychologie, alors que cette discipline connaît un certain renouveau, après des années de stagnation.
LYSENKO (LYSSENKO) Trofim Dmitrievič (1898-1976)

Biologiste et agronome, académicien de l’AN USSR (1934), de l’ Académie Lénine des sciences agricoles de toute l’Union (désormais : VASHNIL) (1935) et de l’AN SSSR (1939). De 1938 à 1955 puis en 1961-1962 il préside la VASHNIL. A partir de 1938 il est le directeur scientifique de la Base de recherche expérimentale de l’AN SSSR de Gorki Leninskie (dans l’oblast’ de Moscou), et de 1940 à 1965 il est aussi à la tête de l’Institut de génétique de l’AN SSSR, et il favorise l’ascension de son ancien assistant Vsevolod Stoletov, devenu ministre de l’Enseignement supérieur de 1951 à 1954 puis, pour la RSFSR, de 1959 à 1972.

En août 1948, il atteint le sommet de son influence, par le discours qu’il prononce lors de la session de la VASHNIL : il y annonce, avec le soutien de Staline qui a lu le texte auparavant, des purges dans la biologie mais aussi dans d’autres sciences, afin de lutter contre « l’obséquiosité (nizkopoklonstvo) et la servilité devant l’Occident »137. La période 1953-1955 est plus délicate pour lui : en effet le chef du gouvernement Georgij Malenkov, qui partage avec Khrouchtchev la direction du pays, le considère comme un charlatan138. Surtout, la lettre dite « des trois cents » biologistes, auxquels s’ajoute une liste de physiciens de premier rang (parmi lesquels Igor’ Tamm, Piotr Kapica, Lev Landau et Andrej Sakharov), demande et obtient, en 1955, son départ de la tête de la VASHNIL139. Mais la protection de Khrouchtchev lui évite une disgrâce complète, et lui permet même de retrouver son poste en 1961. Après 1966, ayant perdu l’appui de son protecteur Khrouchthev, Lyssenko n’est plus que chef de laboratoire à la base de « Gorki Leninskie ». Il finit sa vie dans un relatif isolement, mais en conservant son titre d’académicien.
MACKEVIČ Vladimir Vladimirovič (1909-1998)

Né dans un village de la région ukrainienne de Zaporoji, fils d'agronome, il parvient malgré ces origines bourgeoises à étudier lui-même à l'institut zootechnique de Kharkov, dont il est diplômé en 1932. Il commence alors une carrière d’enseignant et d’administrateur en VUZ et en SSUZ. Entré au parti quelques années plus tard (1939), il gravit très rapidement les échelons hiérarchiques et se trouve en 1946 ministre adjoint puis ministre de l’élevage, et ensuite de l’agriculture en Ukraine, jusqu’à devenir le premier vice-premier ministre adjoint de cette république, en 1952. Son ascension se déplace alors à Moscou, conformément au cursus honorum soviétique et probablement grâce à des relations nouées avec Nikita Khrouchtchev lorsque celui-ci dirigeait l’Ukraine : Mackevič est premier adjoint du ministre de l’agriculture d’URSS de 1953-1955, puis ministre jusqu’en 1960, cumulant avec la vice-présidence du Gosplan d’URSS après 1957. Cette année-là, il prend part à la discussion lors de la réunion du 29 mai au Comité central où Khrouchtchev expose pour la première fois les grandes lignes de sa « perestroïka » de l’enseignement secondaire et supérieur, pour aller dans le sens du Premier secrétaire, citant sa propre expérience d'étudiant en rapport avec la pratique. Pourtant, quelques mois plus tôt, un document interne du Parti le met en cause pour avoir favorisé sa fille au concours d’entrée à l’université de Moscou...

En 1961, il est brutalement rétrogradé à la tête du Celinnyj kraj, ou « région des Terres vierges », vaste entité territoriale située au Kazakhstan dont la gestion et les privilèges qui y sont liées n’ont pas grand-chose à voir avec ceux d’un grand ministère. Mais il retrouve la tête de l’agriculture soviétique en 1965, quelques mois après le limogeage de Khrouchtchev. En 1973, nouvelle disgrâce : à 64 ans, Mackevič est nommé ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire en Tchétchénie, poste qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 1980. Il fut délégué de cinq congrès du PCUS (du 20ème au 24ème) et membre du CC du PCUS de 1956 à 1961 puis de 1966 à 1976, mais aussi député au Soviet suprême d’URSS de 1950 à 1974, et titulaire de nombreuses décorations dont quatre fois l’ordre de Lénine.

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